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Face aux “tremblements“ de l’Histoire, il convient de rester modeste. Cependant, il y a seulement quelques mois, aucun média, aucun dirigeant, ni aucun homme, si prévoyant soit-il, n’aurait parié un dollar sur les chances de Barack Hussein Obama à l’élection présidentielle américaine.

En Janvier 2008, le “Financial Times“ soutenait que ce 4 Novembre 2008, sauf bouleversement majeur, c’est Hillary Clinton qui allait être la première femme élue à la tête des États Unis. De l’avis de l’excellent confrère, ce “bouleversement“ en question ne pouvait être qu’une victoire du candidat Républicain John MC Cain.

De l’’impensable…

Bouleversement, il y aura, mais pas dans le sens où l’endendait notre confrère du “Financial Times“. En effet, quelques mois plus tard, Barack Obama démentira la prédiction en devenant le candidat du parti démocrate, au grand dam des Républicains et de …Hillary Clinton. Obama franchissait ainsi le “passage obligé“ le plus dur de l’élection, entrant ainsi dans l’histoire politique américaine : c’est la première fois, en effet, qu’un non Blanc est choisi par les Démocrates pour les représenter à l’élection présidentielle.

Ce pas accompli par Obama est énorme, sinon miraculeux, surtout dans un pays où, il y pas un demi-siècle encore, un homme Noir risquait tout bonnement d’être lynché, pour avoir courtisé une femme Blanche. Aussi, selon le magnat de la Presse américaine, M. Ruppert Murdock, le phénomène Obama allait inévitablement déboucher sur un “raz de marée” électoral. Voilà donc réalisé ce qui était qualifié “d’impensable“ :
dès lors, il ne sert plus à rien de rêvasser sur ce fameux facteur racial.

Barack est Noir parce que notre société ne lui a pas donné le choix d’être autrement. Mais il est autant le fils de sa mère que celui de son père”, confiait le futur Vice-Président, Joe Biden. Comme pour signifier que de nos jours, que l’on soit Noir, Blanc ou Jaune, peu importe : tout ce qui importe, c’est la valeur intrinsèque.

Pour la première fois donc, un Métis Noir doit présider aux destinées des Etats Unis. Mais Obama est le citoyen d’un monde qui n’a jamais autant espéré en son Président, un monde qui risque donc de l’écraser sous le poids de ses attentes (et Dieu sait combien elles sont énormes), un monde qui risque aussi de le condamner, si jamais le nouveau Président décevait. Croisons donc les doigts et touchons du bois pour conjurer le sort…

Mais n’oublions pas que cet “OVNI“ de la politique (Obama) est le produit d’un système américain plus fort que les individus, d’un parti (démocrate) traditionnellement protectionniste, d’une crise financière historique sans précédent (excepté celle de 1930), et surtout, d’un héritage catastrophique.

En fait, les années George W. Bush ont tellement perverti la vision que le monde avait des États Unis que ce monde ne s’est pas aperçu à quel point la société américaine a progressé. Progressé jusqu’à élire un homme qui, de par son éducation et son itinéraire uniques, est sans doute le premier hôte de la Maison Blanche à prendre naturellement en compte le regard que le monde porte sur son pays.

En tout cas, ce constat est évident : de là où il repose désormais, au pays de “Nyasaye “ (le créateur du monde, selon la cosmogonie de l’ethnie des Luos du lac Victoria, au Kenya), le père Obama peut être fier de son fils.

A l’indispensable

“Si vous m’apportez votre voix, non seulement nous gagnerons l’élection, mais ensemble, nous changerons ce pays et nous changerons le monde“, promettait Obama, ce lundi 3 Novembre. C’est cette (extravagante?) promesse qu’il doit maintenant tenir. La première tâche herculéenne qui lui incombe sera alors de corriger et faire oublier les crimes, erreurs et autres bourdes de son prédécesseur.

Si le nouveau Président tient à redorer le blason des États Unis à l’étranger, il lui faudra alors entreprendre une révision radicale et complète des principes et pratiques de la politique étrangère de l’Administration Bush. Ce qui signifiera un rejet de l’unilatéralisme, du militarisme, des guerres “préventives“, de la brutale “guerre mondiale contre le terrorisme“, de toutes les horreurs et violations du droit national et international associées à Abou Graïb, à Guantanamo, et aux nombreux “trous noirs“ où les États Unis ont enterré des victimes le plus souvent innocentes de la vengeance sauvage qu’ils ont tirée du fameux “September Eleven” (11 Septembre).

Faire oublier l’ère Bush

Obama doit s’offrir l’extraordinaire possibilité de faire passer les États Unis de la guerre à la paix. Aussi est-on impatient de savoir qui il prendra comme Secrétaire d’Etat et comme Secrétaire à la Défense. Les premiers choix (parmi les milliers que son Administration aura à faire, dans les prochains jours) donneront donc une indication sur la politique qu’il compte mener.

Pour le monde arabo-musulman, la victoire d’Obama signifie la défaite des néo-conservateurs américains, ceux-là mêmes qui sont considérés comme les “architectes“ de la guerre d’Irak. Cette victoire consacre donc la fin définitive de la folie géopolitique de ces néo-conservateurs de vouloir “réformer“ le monde arabe par la force militaire, pour “garantir la sécurité des Etats Unis et d’Israël“.

C’est pour cette cause que ces néo-conservateurs ont soutenu le candidat Républicain, John MC cain, appuyés en cela par leurs nombreux organes de propagande : entre autres, l’American Enterprise Institute (AEI), Near East Policy, le Weekly Standard… Ils espéraient ainsi que la victoire de MC Cain leur donnerait la chance d’achever la tâche entreprise sous George W. Bush. Si cette entrepise avait réussi, c’en était fait des Etats Unis. Et l’on frémit même à l’idée…

Une attitude radicale tout autre

Ces pro-Israéliens purs et durs (lesdits néo-conservateurs) étaient convaincus que pour qu’Israël conserve son hégémonie régionale, il fallait que le monde arabo-musulman soit à genoux. D’où l’invasion et la destruction de l’Irak ; d’où une bruyante campagne médiatique en faveur d’une guerre américaine contre l’Irak ; d’où ces sanctions visant à ruiner l’économie irakienne. Le tout complété par l’isolement de la Syrie et la diabolisation de “terroristes“ du Hezbollah et du Hamas, qui osaient résister à l’agression et l’occupation israéliennes. Il était entendu que les Etats Unis et Israêl devaient inculquer, dans les esprits, l’idée qu’ils avaient en face d’eux un ennemi commun : le “terrorisme islamique“.

Mais à en juger d’après ses discours (et ses origines tiers-mondistes), la politique d’Obama sera et ne pourrait être que toute différente. ”L’amérique n’est pas en guerre contre l’Islam”, avait-il déclaré d’emblée. Aussi semble-t-il décidé à renouer des relations saines avec le monde arabo-musulman, et de se dégager ainsi du carcan stratégique et du fatras idéologique de cette “guerre contre le terrorisme“ de George W. Bush. Il n’est donc pas étonnant qu’Israêl ait été, à peu près, le seul pays où une importante majorité souhaitait la victoire du Républicain John MC Cain.


A propos du Proche et du Moyen-Orien

Dès lors, quelles devraient être les priorités d’Obama au Proche-Orient? Il lui faudrait d’abord tenir sa promesse de retirer les troupes américaines d’Irak, dans un délai de 16 mois. Et, au lieu d’envoyer des renforts dans le “bourbier“ de l’Afghanistan, il devrait plutôt négocier rapidement un cessez-le-feu et une fin du conflit avec les Talibans. Une négociation qui propose, aux Talibans, leur participation au gouvernement afghan, à condition qu’ils coupent tous leurs liens avec Al Qaïda. D’ici-là, les envois de missiles à partir du Pakistan doivent cesser, car ils servent qu’à déstabiliser le pays et exaspérer la haine contre les États Unis.

Obama doit également s’attaquer au règlement de l’interminable conflit israélo-arabe, plus rapidement et plus sérieusement qu’aucun Président américain ne l’a fait avant lui. Ce qui signifie une solution du problème israélo-palestinien, mais aussi une paix générale incluant la Syrie, le Liban et la totalité des pays arabes, sur la base du Plan de paix arabe de 2003, ou quelque chose d’approchant. “Nous espérons travailler avec la nouvelle Administration, pour faire avancer le processus de paix, en vue de parvenir à la stabilité au proche-Orient et dans le monde“, avait assuré le Président de l’Autorité palestine, M. Mahmoud Abbas.

En effet, seule la puissance américaine peut briser le cycle de violence au Moyen-Orient. Cependant, Obama sait que tout ce qui s’écartera d’une forte orientation pro-israélienne se heurtera à une opposition féroce. Et même si les néo-conservateurs, alliés de Bush, ne sont plus au pouvoir, ils n’ont pas désarmé pour autant. La tâche d’Obama sera donc de persuader les Israéliens que le moment est venu de faire la paix, même si cela implique la restitution des territoires palestiniens annexés par Israël en 1967.

A propos du Golfe

Avec l’Iran, il est impératif qu’Obama cherche une réconciliation qui s’est longtemps fait attendre, tout en garantissant à Israël que ses intérêts sécuritaires ne seront pas sacrifiés. Mais l’Iran veut lui aussi obtenir l’assurance qu’il ne sera pas attaqué : c’est à cette seule condition qu’il pourrait accepter de soumettre son programme nucléaire à une surveillance internationale. Un pas important serait ainsi franchi vers la stabilité régionale, en intégrant l’Iran à la région du Golfe, à travers un pacte sécuritaire Iran-Conseil de coopération du Golfe.

A plus long terme, Obama doit envisager le retrait des troupes américaines du Golfe et de se cantonner au rôle traditionnel des Etats Unis : continuer à protéger ses amis, sans se faire d’autres ennemis.

Une vision multilibérale

Mais à eux seuls, les Etats Unis ne peuvent pas régler tous les problèmes du monde : ils ne sont plus la seule super-puissance incontestée, mais seulement un pôle (même si c’est le plus important) d’un monde multicolore qui comprend l’Union Européenne (UE), la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud, et même les Arabes, s’ils arrivent un jour à former un front uni. Obama semble donc avoir compris qu’une politique authentiquement multilibérale sera nécessaire.

Ce qui implique une nouvelle architecture financière internationale. Il devra alors investir massivement dans l’infrastructure (aujourd’hui délabrée), les chemins de fer, les barrages, les écoles et les services de santé des États Unis.

Obama devra également s’occuper de la menace de changement climatique, de la crise alimentaire, de la pauvreté mondiale, de la recherche d’une énergie renouvelable, du scandale humanitaire des millions de réfugiés et des personnes déplacées.

Réussira-t-il sur tous ces fronts? Seul l’avenir pourra y répondre. En tout cas, à en juger par sa campagne présidentielle, l’approche politique d’Obama sera pragmatique, modérée et marquée par une volonté de conciliation.

Aussi a-t-il promis de prendre des Républicains dans son Administration. Il s’est dit pour le changement, et non pour la révolution. Mais les optimistes du Moyen-Orient, qui rêvent d’une nouvelle Amérique (honnête, pacifique, juste, et non soumise aux pressions de groupes d’intérêts particuliers) seraient bien inspirés de sa rappeler qu’Obama n’a promis que “le changement auquel on peut croire”, c’est-à-dire qu’Obama n’a pas promis l’utopie. (A suivre…)

Oumar DIAWARA (source J.A.)

25 Novembre 2008