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A une exceptionnelle majorité, les Américains viennent de porter une famille Noire à la Maison Blanche. Et ils paraissent fiers d’avoir ainsi démontré au monde qu’ils demeurent toujours la Nation “exceptionnelle et indispensable“ qu’ils se targuent d’être. La communauté des Afro-Américains, elle, est sur un nuage.

Quant aux citoyens des autres pays, qui nourrissent des sentiments ambivalents à l’endroit des Etats Unis, ils sont éberlués par l’exemple que cette Nation vient de donner au monde. En effet, après avoir fait, deux fois de suite, le mauvais choix sur George W. Bush (en 2000 et 2004), les Américains ont, cette fois, élu le plus compétent et le mieux organisé des candidats, celui qui a également su rassembler la meilleure équipe et proposer le programme le plus raisonnable. C’est du moins le constat du confrère et doyen, Béchir Ben Yahmed, de “Jeune Afrique“.

Contrairement à ce que prédisait une certaine… Hillary Clinton (qui est pourtant pressentie pour compter dans la future équipe de Barack Obama pour occuper le poste des Affaires Etrangèes), la majorité des électeurs n’ont pas tenu compte de la couleur de la peau des candidats. Et ils ont infligé le plus cinglant des démentis à cet autre “oiseau de mauvais augure“, le Président iranien, Mahmoud Ahmadinejad qui, il y a encore quelques mois, excluait catégoriquement que les Américains puissent installer une femme ou un Noir à la Maison Blanche.

Tout indique donc, au contraire, que si les Améicains n’avaient pas élu le candidat Noir, ils auraient choisi la femme Blanche, Hillary Clinton.


Des témoignages

C’est dire que cette prédiction à relent ostraciste du Président iranien était aux antipodes des témoignages et éloges (entre autres) de certaines grandes figures politiques du monde. “Votre victoire démontre que personne ne doit avoir peur de changer le monde pour le rendre meilleur”, déclarait Nelson Rolihlahla Mandéla le 5 Novembre 2008, soit au lendemain de la victoire d’Obama à l’élection présidentielle américaine.

“En tant qu’Africaine-Américaine, je suis particulièrement fière, car notre pays revient de loin“, constatait même la Secrétaire d’Etat, Condolezza Rice. “Le travail pour lequel mon père et ma mère se sont sacrifiés n’a pas été vain“, remarquait Bérénice King, fille du célèbre défunt Martin Luther King.

“La victoire de Barack Obama, c’est la victoire de notre pays“, affirmait le Président kenyan, Mwaï Kibaki. “Les Africains seront à la hauteur de cet évènement historique s’ils continuent la lutte pour le renforcement de la démocratie“, assurait l’ancien Président de la Commission de l’Union Africaine (UA), Alpha Oumar Konaré.

Dans la plupart des pays du monde, en Afrique tout particulièrement, la majorité des gens ont observé de loin, mais avec fascination, l’élection présidentielle américaine. Dans leurs coeurs et dans leurs esprits, ils ont voté Obama. Et ce faisant, ils envoyaient comme un “message“ à leurs dirigeants respectifs.

En fait, les dirigeants africains seraient bien avisés d’entendre : “Les Africains veulent un changement, non pas seulement aux Etats Unis, mais aussi chez eux“. Ils veulent des dirigeants et des entourages de dirigeants voués à servir leurs peuples, et non à se servir du pouvoir pour s’enrichir, comme c’est trop souvent le cas.

Une histoire de famille

A la fin des années 1950, la période coloniale tire vers sa fin. Et l’un après l’autre, les pays africains s’affranchissent du joug de leurs colonisateurs. On assista alors à un flux d’intellectuels africains partant en Occident pour parfire leurs études. C’est ainsi qu’après avoir achevé ses études secondaires dans son pays, un jeune kenyan, dont les parents ne sont ni riches, ni pauvres, traverse l’Océan. Il vient de bénéficier d’une modeste bourse et s’en va poursuivre ses études
universitaires dans “le grand pays des Blancs“ : les Etats Unis.

Arrivé en Amérique, il dépose ses valises à Hawaï où il entre à l’université. Il ne tarde pas à tomber amoureux d’une condisciple qu’il épouse : elle est Américaine, chrétienne et Blanche ; alors que lui est Africain, musulman et Noir. Pourtant, à cette époque, le mariage mixte était une exception, et même considéré comme… un délit dans plusieurs Etats de cette jeune Nation américaine où sévissait encore le racisme et où la ségrégation des Noirs était toujours en vigueur.

De cette union atypique (à l’époque) entre le jeune étudiant kenyan et sa compagne Blanche naîtra, le 4 Août 1961, à 19h 24 mn, à Hawaï, un garçon qu’on prénommera Barack Hussein. Le père franchit une autre étape : il quitte Hawaï pour poursuivre ses études à Cambridge, dans l’Etat du Massachussetts, ensuite dans la plus prestigieuse des universités américaines : Harvard. C’est là alors que le couple Obama se sépare, puis divorce…

Ses études terminées, le jeune Kenyan rentre chez lui en Afrique, laissant son fils dans le pays qui l’a vu naître. La mère et la grand-mêre maternelle de Barack se chargent alors de l’élever et lui donner une éducation. Elles s’en acquitteront à merveille.

Barack Obama ne reverra son père qu’une seule fois : lorsque des années plus tard, le haut fonctionnaire kenyan qu’Obama Père était devenu effectue un nouveau voyage aux Etat Unis et passe quelques jours auprès de son ancienne femme et de son fils. Il décédera quelques années après à Naïrobi (capitale du Kenya) au volant de la voiture qu’il conduisait, alors qu’il était sous l’emprise… de l’alcool. Etait-ce le résultat du chagrin dû à son divorce d’avec son ancienne femme, ou de l’éloignement qui le séparait de son fils?. On ne le saura jamais…

Toujours est-il que Ann, la mère d’Obama, l’oriente vers la prestigieuse université que son ancien mari avait fréquentée : Harvard. Ce qui n’étonnera personne par la suite. Mais en 1995, Ann mourra à son tour, victime d’un cancer. Et le jeune Barack Obama se retrouve doublement orphelin. C’est donc sa grand-mère maternelle qui suppléera à l’affection parentale qui lui manque, et qui continuera à prendre ses études en charge.

Après la réussite, l’espoir

Après ses études, Barack s’oriente vers la politique, se révèle aussitôt très doué et franchit ainsi les étapes à grandes enjambées. Ce qui le conduira, en moins de dix ans, à la plus haute marche du podium : à 47 ans, à l’issue d’une époustouflante campagne électorale, le voilà élu Président des Etats Unis d’Amérique.

Tout au long de cette “interminable“ joute électorale, Barack Obama aura révélé des dons d’orateur, d’organisateur et de fédérateur. Il aura surtout su capter de dévouement et l’enthousiasme de dizaines de milliers de jeunes Américains. Il reçevra ainsi, pour sa campagne, de petites sommes provenant des économies de plus de 3 millions de personnes. De petites sommes qui finiront par totaliser plus de 600 millions de dollars, un montant fabeulux que son équipe de campagne saura utiliser avec efficacité.

Il se dit beaucoup que dans son pays comme dans le monde, Barack Obama a soulevé tant d’espoirs (sensés ou insensés) qu’il ne pourra que décevoir. Il décevra, certes, mais seulement ceux qui attendent de lui qu’il soit ce qu’il n’est pas, ou qu’il donne ce qu’il ne peut donner.

Le 20 janvier 2009, Obama sera le Président de son pays dont il tentera de redresser l’économie et de défendre les intérêts à sa manière. Mais une manière qui sera forcément (et for heureusement) très différente de celle de George W. Bush. Barack Obama ne décevra pas ceux qui n’attendent pas de miracle de la part du 44è Président des Etats Unis. Ces derniers attendent seulement qu’il reste fidèle à l’image qu’il leur a donnée de lui. Ils attendent qu’il fasse vivre cette image, et qu’il tienne ses promesses faites à son pays et au monde.

Avant même d’être élu, Barack Obama avait déclaré qu’il ne voulait pas seulement être Président, mais un grand Président. Il peut le devenir ; et pour y parvenir, il dispose de quatre, voire huit ans. Si donc la chance, qui l’a si bien aidé jusque- là, ne le quitte pas, et si Dieu lui prête vie et santé, il lui suffira, pour s’assumer une belle réussite, de continuer à très bien s’entourer et de faire… tout le contraire de George W. Bush.

Aussi est-il opportun de rappeler qu’un autre homme politique avait suscité de si grands espoirs qu’on avait craint qu’il ne déçoive. Or non seulement il n’avait pas déçu, mais le pouvoir qu’il avait exercé l’a grandi. Car il avait su le quitter avec grâce et beauté ; et il est devenu une icône vivante dans son pays et pour le monde. Il est Noir lui aussi et s’appelle…Nelson Mandéla.
(A suivre…)


Oumar DIAWARA (Source : J.A.)

24 Novembre 2008