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Il jouait de presque tous les instruments de musique. Et s’est illustré comme l’un des meilleurs danseurs des Ballets maliens

jpg_zani.jpgC’est un de ses artistes les plus illustres que notre pays vient de perdre en la personne de Zani Diabaté, guitariste émérite du Super Djata Band, et célèbre danseur des Ballets maliens. Il est décédé mardi à Paris des suites d’une longue maladie. Son corps sera rapatrié dans les prochains jours. Zani Diabaté était un véritable homme orchestre. Au sein de son groupe, le Super Djata Band, il jouait de presque tous les instruments de musique – tant modernes que traditionnels – couramment utilisés dans notre pays : le bara, le balafon, le djembé, les guitares sèche et électrique, la batterie, pour ne citer que ceux-ci.

Il s’est également illustré au sein des Ballets maliens comme l’un des meilleurs danseurs et maître danseur de notre pays. Zani Diabaté est né en 1949 à Bamako. Son père qui jouait du balafon, séjournait longuement à Bamako où il animait la cour du chef de canton et de la famille fondatrice, Maridjè Niaré. Très jeune, il accompagnait déjà son père au bara. C’est à la demande du Commissaire à la jeunesse de l’époque, Jules Traoré, que Zani a pu rester à Bamako, car son père voulait le ramener au Burkina, explique N’Tji Diakité, chorégraphe et ancien directeur des Ballets maliens. Avec les enfants de Madou Badian Kouyaté, il crée à Niaréla un petit orchestre, dénommé « Harmonica jazz », au début des années 1960.

Le bon musicien qu’il était sera repéré et appelé à l’Orchestre national, sous la houlette du chef d’orchestre Panka Dembélé. On raconte qu’il était si petit à l’époque, qu’on le plaçait sur un tabouret pour lui permettre de jouer de la tumba, l’instrument auquel il était affecté dans un premier temps. Fort de l’expérience acquise dans cette formation, il transforme l’ « Harmonica jazz » en Diata band en 1969-1970, un nom typiquement malien. Ce changement de nom visait à se conformer à la mode du retour à nos valeurs traditionnelles. Le Djata band commence alors à travailler sur notre folklore.

Il s’installe alors au village Kibaru, symbole de cette réappropriation culturelle, avec ses cases rondes au toit de chaume. L’orchestre y assure l’animation en permanence, parallèlement à ses nombreuses tournées à l’intérieur du pays. Certains estiment d’ailleurs que c’est là-bas qu’il engrange ses plus grands succès. Dans le Super Djata Band, Zani Diabaté a beaucoup travaillé avec des artistes comme Daouda « Flany » Sangaré (chant lead), Aliou Fané (chant), Mamadou « Johnny » Diabaté (chant), Dounanké Koita (guitare). Au total, cet illustre orchestre sort trois albums qui sont : « Zani Diabaté & the Super Djata Band » (années 1970), en 1988 « Ni Zani Mana » et « Kolon Ni kolongala ». Parallèlement, il poursuit sa carrière de danseur.

Ainsi depuis 1963, il continue de danser et de faire danser au sein du Ballet. L’homme est marqué par sa première tournée aux Etats-Unis en 1972 avec les Ballets maliens. 77 représentations dans différents États, en deux mois de séjour. C’est la première fois qu’une troupe africaine est aussi sollicitée au pays de l’Oncle Sam. En 1976, Zani participe au Festival des arts nègres à Lagos au Nigeria ; en 1985 ce fut le Festival panafricain de la jeunesse à Tripoli (Libye). En 1990, les Ballets maliens sont invités au Festival international de musique et de danse de Kuopio en Finlande ; la même année, ils se produisent au Festival international de danse de Fort de France en Martinique.

Zani fait également partie de la grande délégation malienne qui se rend au « New-Orlean’s jazz fest » en 1997 aux USA. Les Ballets maliens animent l’exposition universelle du siècle à Lisbonne, au Portugal en 1999, la cérémonie d’ouverture du Sommet de l’OUA d’Algérie en 2000, et l’exposition de Hanovre en Allemagne en 2000.

En 2008, Zani fait partie de la célèbre tournée au Japon, puis en 2008 au Festival « V Tambour du Monde » dans l’État de Miranda au Venezuela. Zani Diabaté est médaillé d’or du folklore au Théâtre des Nations à Paris en 1963. Il a aussi reçu, en 1966, le Premier prix au Festival mondial des Arts nègres à Dakar.

Malgré sa retraite en 2006, Zani Diabaté a continué à prêter main forte au ballet malien. C’est ainsi qu’il prit part à la dernière mise en scène de « Soundjata, l’épopée manding » présenté en avant- première le 26 novembre dernier au Palais de la culture. Il laisse une veuve et cinq orphelins dont Boubacar Diabaté, dont le talent de joueur de djembé est de plus en plus célébré au Mali et à l’extérieur, notamment aux USA. Dors en paix Zani.

Youssouf Doumbia

Essor du 06 Janvier 2011.