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La Zambie avait annoncé une bonne nouvelle pour la démocratie en Afrique en élisant en août l’éternel opposant, Hakainde Hichilema. En cent jours, il a apaisé les investisseurs mais la rue lui reproche déjà de traîner sur la réduction de la corruption et de la pauvreté.

L’ampleur du raz-de-marée en faveur de « HH » avait surpris, la jeunesse zambienne s’était mobilisée en nombre pour débarrasser le pays du sortant, Edgar Lungu.

Le pays, deuxième producteur mondial de cuivre, avait été le premier du continent à faire défaut sur sa dette après le début de la pandémie. Son économie était en lambeaux, son bilan sur les droits de l’Homme pas brillant.

C’est dans ce contexte sinistré que « HH », comme le surnomment les Zambiens, a entamé des négociations de renflouement difficiles avec le Fonds monétaire international (FMI).

Il a promis de ressusciter l’économie, d’éradiquer la corruption, de faire revenir les investisseurs. Mais certains Zambiens râlent déjà.

« Le président est trop lent », grogne Martin Nawa, un vendeur de journaux de 30 ans à Lusaka, estimant pourtant que le régime précédent « cache encore ce qu’ils ont volé ».

« Il a seulement montré sa volonté de lutter contre la corruption, mais il n’arrivera à rien avec les mêmes fonctionnaires dans la police », souligne Brebner Changala, militant zambien des droits de l’Homme.

Homme d’affaires autodidacte, « HH » a présenté un budget fin octobre bien accueilli par investisseurs et créanciers – réformes fiscales, réduction des dépenses, transparence sur la dette.

Ces mesures « aideront à avancer dans la restructuration de la dette » et faciliteront les négociations avec le FMI qui ont repris en novembre, estime Aleix Montana, du cabinet d’analyse des risques Verisk Maplecroft.

Hichilema s’est abondamment exprimé sur les milliards de dollars de dette souveraine accumulés par son prédécesseur, affirmant qu’elle est largement sous-estimée, en particulier les sommes dues à la Chine.

Le président « a la cote auprès des investisseurs, notamment du secteur minier », après avoir permis la déduction des redevances minières de l’impôt sur les sociétés.

Le prix des obligations souveraines de la Zambie, qui a bondi après son élection, augmente encore.

– Liberté rendue, école gratuite –

Côté social, le président a rapidement augmenté le budget développement des collectivités et rendu l’école secondaire gratuite, une de ses promesses de campagne. Et il a congédié les cadres politiques corrompus qui contrôlaient les marchés et les gares routières sous Lungu.

En revanche, « la réduction proposée de subventions pour les engrais, l’électricité et le carburant risque d’avoir un effet plombant sur le budget des citoyens », note Nicole Beardsworth, analyste politique sud-africaine. Et l’inflation reste forte à plus de 20%.

« Le pays est sur la bonne trajectoire », assure l’économiste zambien Maambo Hamaundu, qui se dit « vraiment confiant ».

Sur le plan politique, Hichilema a gelé les comptes bancaires des proches collaborateurs de Lungu et confié des postes gouvernementaux à des technocrates.

Même ses détracteurs s’accordent à dire que le nouveau gouvernement est moins répressif. « Ce que les 100 jours ont fait pour nous, c’est nous rendre notre liberté, il faut lui reconnaître cela », dit M. Changala.

Mme Beardsworth note cependant « des nominations en pagaille » dans l’entourage présidentiel, laissant penser à une méfiance à l’égard de la fonction publique mais aussi à des « remerciements post-électoraux ».

Les Zambiens commentent aussi ses nombreux déplacements à l’étranger. Leur nouveau président est en tournée séduction, ils le préféreraient parfois plus présent à domicile.

À New York pour l’Assemblée générale des Nations Unies, il est aussi allé à Glasgow pour la COP26 et dans plusieurs pays voisins.

Sean Tembo, qui dirige un petit parti d’opposition, s’amuse à qualifier le nouveau président de « Vasco de Gama » de la Zambie, en référence au célèbre explorateur portugais.

« J’ai voyagé avec une délégation réduite » sur un vol commercial, s’est défendu Hichilema sur Twitter, marquant sa différence avec le jet présidentiel bondé de conseillers de son prédécesseur en déplacement.

Les attentes sont fortes, à la hauteur de l’espoir suscité. « Le mécontentement grandira s’il n’est pas en mesure de fournir des résultats tangibles. Ses électeurs attendent un vrai changement, vite », note M. Montana.

Source: L’Essor