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Dans l’entretien ci-dessous, Youssouf Cissé, magistrat, candidat à l’élection présidentielle, invite les Maliens à accepter les résultats des élections. Il demande aux Maliens de ne suivre personne pour casser le pays.

Les Échos : Qu’est ce que vous pouvez dire sur la tenue de cette élection ?

Youssouf Cissé : Les gens sont partis aux élections en toute responsabilité. Tout le monde savait qu’elles étaient très difficiles. Les autorités ont dit ce qu’elles pensaient et qu’il fallait la tenir. Sur la préparation des élections, on s’est rendu compte qu’il y avait des difficultés. Contrairement à ce que l’on dit, on n’était pas très préparé. Mais, il faut penser que cela vaut mieux que de rester toujours dans l’incertitude. Le constat est qu’il faut améliorer les élections, tenir compte de ce qui n’a pas marché pour faire en sorte qu’il y ait des élections bien organisées aux législatives.

Quand il y a des gens qui sont privés de leur droit de vote parce que la faute en incombe à l’administration, il y a des questions à se poser. Je ne remets pas en cause les élections, mais

tant que le système permettra à des gens de faire pencher la balance à leur faveur, je crois qu’il faut toujours s’attendre à des problèmes. La transition aurait bien pu organiser les élections, mais elle a été très courte. Dorénavant, il faudrait que nous fassions en sorte qu’il puisse avoir des élections réellement crédibles. Le Sénégal l’a réussi. Ce n’est pas au-dessus de la force des Maliens.

Les Échos : Est-ce que vous êtes satisfaits du déroulement du scrutin du dimanche ?

Y.C. : Le scrutin s’est passé dans le calme. Mais, il y a des imperfections au niveau de l’organisation. Personne ne peut ignorer cela. Je suis satisfait, parce que j’ai voté tranquillement. Je souhaite que cela puisse permettre à mon pays de sortir de l’ornière. Je dis, quel que soit le président de la République, si le peuple n’est pas maître de son destin, ce président fera ce qu’il veut. Il faudrait que le peuple soit maître de son destin, qu’il puisse choisir librement son dirigeant et le révoquer si possible. Dans certains systèmes, quand ça ne va pas, le peuple a le moyen de faire chuter le président de la République. Nous devons avoir une presse fore et indépendante.

Les Échos : Quel commentaire faites-vous sur la mobilisation des électeurs ?

Y.C. : Les Maliens veulent le changement. On a vu des électeurs, des vielles personnes malades qui sont venues voter. Cela doit servir de leçon ou d’avertissement à la classe politique. Le peuple a envie du changement. Si vous faites en sorte que ce peuple qui a envie de changement n’ait pas droit au changement, parce que des élections n’ont pas pu bien s’organiser, vous n’êtes pas à l’abri de soubresauts. Faisons en sorte que les Maliens puissent réellement s’exprimer pendant les élections législative et communales.

Les Échos : Est-ce que vous êtes prêts à accepter les résultats ?

Y.C. : Quand le président Dioncounda a invité les candidats, j’ai été le premier parmi eux à dire que quels que soient les résultats, je vais les accepter. Parce que je pense, qu’au-delà de ma personne, il y a des milliers de Maliens qui sont en train de souffrir, que quand ils perdent une seule journée sans travailler, c’est toute une famille qui ne parvient pas à manger. Si je deviens président, ça me ferait plaisir. Mais, si je ne deviens pas président, je vais retourner à mon travail.

Les Échos : Quel conseil aux autres candidats et à la population ?

Y.C. : Je n’ai rien à dire aux candidats. Mais ce que je peux dire au peuple c’est de ne pas suivre des gens pour aller casser leur propre pays. Parce que tous les candidats, hormis 3 ou 5 ont les moyens de partir hors du pays quand ça n’ira pas au Mali. Le peuple ne doit suivre personne dans la dérive.

Les Échos : Qu’est ce que vous comptez faire dans l’avenir ?

Y.C. : Je suis magistrat, je suis un fonctionnaire de l’Etat. La Cour constitutionnelle a tranché la question, je suis un fonctionnaire, je n’ai pas de problème à ce niveau. Si je serais élu président, le problème allait se poser pour mon maintien dans le corps. Si je ne suis pas élu, je vais retourner travailler pour l’administration.

Propos recueillis par

Sidiki Doumbia

Les Échos du 31 Juillet 2013