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Samedi 9 août, le président de l’URD, Younoussi Touré, a cru devoir inviter la presse à un spectacle grandiose au CICB où, manifestement, il était le seul acteur et le seul metteur en scène. Ce fut d’abord la tenue d’une conférence de presse où il a nié, envers et contre tout, toute crise au sein du parti de la poignée de main puis l’organisation d’une conférence-débat où il a fustigé, contre toute attente, la gestion du régime.

A y regarder de près, cette sortie médiatique, si elle donne l’impression de coller à l’air du temps, ne se justifie que par la hantise du premier responsable de l’URD face aux velléités de cassure qui menacent le parti. Réaction tardive parce que l’école, la vie chère, la crise du nord, le déficit croissant du Trésor public, tout le monde en a parlé ou presque.

Il fallait donc des motivations personnelles pour pousser le chef de l’URD à sortir de sa léthargie habituelle. Peu Désert, sinon discret et effacé, qu’est-ce qui pousse Younoussi Touré à reprendre du poil de la bête, loin du deuxième congrès ordinaire de l’URD ? Pourtant, à ce qu’on sache, son grand rival, Oumar Ibrahim Touré, est, pour l’heure motus et bouche cousue.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Une telle réaction tardive, surtout si elle est commanditée par le mentor du parti basé à Ouaga, signifie qu’à l’URD le feu couve sous la cendre et qu’on est loin de l’unité retrouvée. Aussi, Younoussi joue t-il bien son rôle de faire-valoir même s’il sait qu’il ne peut cacher la lune avec sa main.

Il est fidèle en cela aux procédés classiques utilisés par les responsables politiques maliens qui parlent d’épiphénomène quand leur parti va à vau-l’eau. C’est la tactique du hérisson qui consiste à se ramasser quand arrive le danger, la politique de l’autruche qui consiste à enfouir sa tête sous le sable pour ne pas voir le péril tandis que d’autres diront que c’est voir l’arbre et non la forêt.

Younoussi, samedi dernier, a excellé dans le saupoudrage et le camouflage. Pour lui, en effet, à l’URD tout baigne dans l’huile, ici on vit dans le meilleur des mondes possibles.

Dès lors, il lui fallait chercher des boucs-émissaires : « les clans, c’est la presse. L’URD est une et indivisible », a-t-il dit, mais pour aussitôt se dédire : « celui qui dit que dans un congrès tout le monde pense la même chose, celui-là ment. Il y a des sensibilités, des façons de voir différentes sans être divergentes au point de mettre en cause le parti ».

Les journalistes-fossoyeurs de partis et fabricants de clans, y a-t-il meilleur moyen de noyer le poisson de la division dans l’eau ? Comme si ceux-ci avaient suscité la candidature du phénomène Oumar Ibrahim Touré au poste de président de l’URD, provoqué l’éternelle absence des ministres du parti aux réunions du conseil exécutif, amené le président de la commission de contrôle à claquer la porte, limogé la chargée de communication du ministre de la Santé etc.

Tout ce beau monde a-t-il été essoufflé par le parcours-marathon du parti de la poignée de main qui n’a pourtant que cinq ans d’existence ? Younoussi l’affirme, péremptoire : « à un moment ou à un autre, c’est évident que tout le monde ne peut suivre l’allure du parti« . Une allure époustouflante qui risque de laisser à quai, dans les années à venir, beaucoup de déçus du « soumisme » tout simplement par manque de démocratie au sein du parti.

Une tare congénitale chez les partis politiques maliens et dont le deuxième congrès ordinaire de l’URD a été la grande victime. Lorsqu’un seul homme a exercé son diktat à tous les congressistes en mettant largement la main à la poche, en tuant dans l’œuf toutes les ambitions, même les plus légitimes.

Face à la détermination de Soumaïla Cissé de briguer la magistrature suprême en 2012, Oumar Ibrahim Touré est apparu comme la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. Pour un temps, la raison l’a emporté sur le cœur mais pour autant l’URD est-elle à l’abri d’une secousse tellurique ? Le président Younoussi Touré ne peut jurer de rien.


Oumar SINANTA

13 Août 2008