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Ils sont environ une cinquantaine de personnalités politiques, historiens, ambassadeurs, professeurs d’université, chercheurs, politologues à prendre part à l’atelier sur « les transitions pacifiques et démocratiques en Afrique ». Dans l’entretien ci-dessous, le Pr. Younouss Hamèye Dicko, président du Rassemblement pour le développement et la solidarité (RDS) et participant à l’atelier estime que la transition au Mali a été une réussite contrairement à d’autres pays et parle de la responsabilité des partis politiques .

Les Echos : Peut-on dire que les transitions pacifiques et démocratiques sont le fondement de la démocratie sur le continent africain ?

Younouss Hamèye Dicko : Je pense que si les transitions se font de façon pacifique et démocratique, on pourrait asseoir une véritable démocratie en Afrique. Mais il se trouve que beaucoup de transitions ne se font pas de façon pacifique et cela n’est pas le fait ou la faute des militaires. Il y a deux types de transitions. Celles qui se font à partir de régimes militaires vers des régimes civils démocratiques et les transitions qui se font de régime démocratique vers un autre régime démocratique. D’une manière générale, les premiers ne se font pas de manière pacifique. En général, ces transitions sont issues soit d’une mise à minorité du parti unique soit à partir d’une révolution populaire contre le parti unique ou d’un coup d’Etat. Mais on appelle transition, les régimes qui seraient établis entre le parti unique et le multipartisme, le régime militaire et le multipartisme.


Les Echos : Y a-t-il vraiment des transitions pacifiques et démocratiques qui peuvent servir d’exemple en Afrique ?

Y. H. D. : Il y a le Mali et le Bénin. Je pense que la transition au Mali a été une réussite. Lorsque le régime à parti unique est tombé, il y avait quelque chose de spécial au pouvoir composé de militaires et de civils. La transition malienne est atypique. Nous nous sommes retrouvés dans cette transition avec des militaires qui ont fait un coup d’Etat contre le régime précédent, mais qui étaient surveillés par les civils. Les organisations de la société civile surveillaient les militaires qui, d’une façon ou d’une autre, ne pouvaient continuer dans ce pouvoir qu’au prix d’un autre bain de sang. Tout le monde a été sage pour éviter ce bain de sang et se mettre d’accord sur un régime multipartite dont les balises ont été fixées par la Conférence nationale.


Les Echos : Le président de la République Amadou Toumani Touré qui a dirigé la transition au Mali a fait un témoignage. Quels commentaires faites-vous de cela ?

Y. H. D. : J’étais personnellement satisfait que ATT vienne faire un témoignage. Il a fait un exposé responsable de ce qui s’est passé. Sa présence à l’atelier a permis à nos camarades étrangers de comprendre les rapports qui existent entre le président et le peuple. Ce qui s’est passé en 1991 est une grosse épine qui a été ôtée du pied des Maliens parce qu’il y aurait eu beaucoup plus de morts si des hommes comme lui ne s’étaient pas levés pour mettre fin à cela. C’est pourquoi lorsque l’on fait les procès des militaires, il faut savoir de quel militaire il s’agit.

Les Echos : Qu’attendez-vous de l’atelier ?

Y. H. D. : J’attends de cet atelier que les esprits soient formés, que les gens comprennent la différence entre une transition mal faite et une bien faite, qu’ils comprennent quels sont les intérêts des peuples, les conditions pour établir une bonne démocratie, pour passer d’un système à un autre.


Propos recueillis par

Denis Koné

27 Novembre 2008