Partager

hameye.jpgLe Républicain : Monsieur le président, à l’occasion de la rentrée politique du MVD qui s’est tenue à Kati le week-end dernier, vous avez fait un diagnostic sans complaisance de la situation socioéconomique du pays qui, du reste, est négative. Qu’est-ce que vous proposez aux autorités pour un renversement de situation ?


Younouss Hamèye Dicko :
Nous avons dit que, pour la situation économique du pays, il faut un débat national sur l’économie. Moi, je n’ai jamais entendu, je n’ai jamais vu les responsables politiques qui se sont assis pour débattre de l’économie. J’ai vu que ça s’est passé, une fois dans le contexte électoral, entre le candidat Alpha et le candidat feu Mamadou Tiéoulé Konaté. Mais, je n’appelle pas ça un débat sur l’économie parce que c’est un débat de surenchère lorsque les candidats sont l’un en face de l’autre. C’est pour montrer qu’on connaît mieux l’économie que l’autre et qu’on a de meilleures solutions que l’autre. Mais vous pouvez avoir de meilleures solutions que l’autre sans que ces solutions marchent.
A l’épreuve, ces solutions peuvent être aléatoires. Donc, nous proposons un véritable débat sur l’économie. Ceci pour harmoniser, comme nous l’avons dit, l’ensemble des problèmes du pays. C’est-à-dire, vous ne pouvez pas faire des dépenses sur l’éducation sans déséquilibrer les autres secteurs de l’économie ou les autres secteurs vitaux du pays. Vous devez donc savoir ce dont vous disposez et comment vous en disposez. Il faut un débat sur l’économie et un plan de développement du pays. Parce qu’il n’y a jamais eu aussi un débat sur le développement du pays. Et je regrette, chacun vient, il donne son programme. Mais ça ne suffit pas.
Il faut qu’il y ait des débats. Même celui qui va présider, celui qui va être député, celui qui va être ministre, il est important qu’il ait des idées sur l’économie, qu’il ait des idées sur le développement. Et seule le débat permet ça. Et ici au Mali, il n’y a pas de débat sur l’économie. On ne connaît pas comment l’économie va évoluer au Mali. On sait seulement qu’on va demander des aides à gauche et à droite, mais il faut se faire un point de vue, il faut se faire une religion économique, il faut se faire une religion de développement pour pouvoir gérer un pays et le faire avancer du point de vue économique.

Vous avez placé votre rentrée politique sous le signe de la paix et du développement durable. Le pays connaît aujourd’hui des troubles depuis deux ans dans son septentrion. Quelles sont, selon vous, les conditions de la paix au Mali ?

Les conditions de la paix au Mali, de mon point de vue, ne sont pas inconnues. La paix a toujours des paramètres pour exister. La paix exige qu’on se parle, qu’on discute. En même temps, il faut éviter les dérapages parce que ici, si vous voulez, nous ne sommes pas en guerre contre un pays étranger. Nous sommes en guerre contre nous-mêmes, entre nous mêmes. C’est-à-dire, quelle que soit la violence de notre position, quelle que soit la passion d’utiliser notre force, nous devons ménager les uns et les autres. Parce que vous qui êtes rebelle, vous avez une famille et votre famille n’a rien à voir là dans. Elle n’est pas rebelle.
Donc, il faut la protéger comme n’importe qui. Maintenant, le problème qui est réel, c’est qu’il faut qu’en ce qui concerne cette lutte, ce qu’on peut appeler une rébellion interne, il faut éviter les excès. C’est-à-dire il ne faut pas poser de mines dans ce pays, il ne faut pas prendre des otages. Cela ne peut pas être accepté et cela ne peut pas amener la paix. On a vu ces problèmes-là partout, mais les gens ne posent pas de mines. On pose des mines pour un pays ennemi, pour des soldats ennemis. Dans chaque cas, nous sommes des cousins, nous sommes des frères. Donc la pose de mines, la prise d’otages, c’est inacceptable. Et tant que cela continue, il n’y aura pas de paix. C’est évident. C’est inacceptable.
Les conditions de la paix, c’est simple. Le Mali doit se défendre, défendre son intégrité territoriale, défendre son territoire, défendre ses valeurs. Mais en même temps le Mali doit être souple vis-à-vis de ses enfants égarés et vis-à-vis des familles des uns et des autres. Mais, on ne peut pas accepter la prise d’otages et la pose de mines dans ce pays qui est le nôtre.


Quel est votre point de vue concernant la gestion actuelle de la crise d’autant plus que des voix prônent d’explorer aussi l’expertise interne (nationale) en matière de médiation, c’est-à-dire l’implication des partis politiques dans la gestion de cette crise?


La rébellion n’a pas commencé cette année et la négociation doit être interne. Je ne crois pas qu’on puisse traiter le problème malien ailleurs qu’au Mali. Et si, la négociation était est interne, il y a longtemps qu’on aura fini. Tu a accepté de négocier et tu ne peux pas me chasser ! Le négociateur devient ton arrière pays. Donc, c’est ça la situation. Surtout si le négociateur est à la frontière. Donc, nous pensons que la négociation doit être interne, quelles que soient la fraternité et l’amitié que nous avons pour ces pays-là. Nous ne pouvons pas avoir plus d’amitié, plus de fraternité pour eux que pour nous-mêmes.

Propos recueillis par Seydou Coulibaly

Le Républicain du 09 juillet 2008