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Yeah Samaké voulait-il vraiment briguer la magistrature suprême ou profiter de la tribune que lui offrait la campagne électorale pour solder ses comptes ?

jpg_une-2066.jpgL’édile est plein de contradictions. Niankoro Yeah Samaké, maire de la Commune rurale de Ouéléssébougou, élu sur une liste Union pour la République et la démocratie (URD), le jeune Niankoro (il est né le 27 février 1969), avait suscité beaucoup d’espoir. Il a même porté le sobriquet d’Obama.

Car, comme le président américain, il venait des Etats-Unis. Comme lui, il était déjà un entrepreneur social au service d’une fondation américaine. Mais, la comparaison s’arrête là : l’Américain était un avocat émérite qui a choisi les causes sociales… Niankoro est en train de se battre pour prouver qu’il a plutôt démissionné et non qu’il a été viré par son employeur… pour cause de mauvaise gestion. En effet, il pourra tout assumer, sauf une « mauvaise gestion », lui qui, majestueusement, sur ses affiches de campagne appelait à tourner la page de 20 ans de mauvaise gestion.

Faux nuage ?

Niankoro a acquis ses lettres de noblesse en gagnant haut la main la mairie de Ouéléssébougou sous les couleurs de l’URD avec plus de 80 % des voix contre l’ancien maire qui postulait pour un troisième mandat. Ouéléssébougou était un modèle, car comptant parmi les cités maliennes les mieux administrées. Cependant, la polémique sur l’usage des fonds de la fondation américaine vient jeter une ombre sur cette question.

Très vite, il va claquer la porte de l’URD, s’insurger contre Soumaïla Cissé, pour finir par fonder son parti politique, le Parti de l’action civique et patriotique (PACP).

Yeah semble manquer de vision. Il a surfé un moment sur le label « américain », qui a vite atteint ses limites parce que lui-même n’ayant jamais réussi à faire autrement la politique et à montrer une autre façon d’être politique. Avec Cheick Modibo Diarra, avec qui il a co-animé des meetings, l’objectif a souvent été de juste montrer qu’ils ont la confiance des Américains, ce qui, aujourd’hui, ne paye plus. L’Amérique n’est amie à personne et est incapable de lecture.

Le maire de Ouéléssébougou se bat aujourd’hui avec ses démons intérieurs. De sa survie politique dépend sa capacité à s’ouvrir et à descendre de son (faux ?) nuage. Pour rebondir, il devra remettre en cause son modèle et revoir ses valeurs. Au prisme de ceux du terroir.

Alexis Kalambry

Les Echos du 28 Août 2013