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Les 27, 28 et 29 décembre prochains, la ville de Djenné célèbre le centenaire de sa grande mosquée, le plus grand ouvrage en terre au monde. Dans l’interview, ci-dessous, le chef de la Mission culturelle de Djénné, Yamoussa Fané, fait l’historique de cette mosquée et le point sur les préparatifs de ce grand événement qu’attendent impatiemment les Djénnenkés.


Les Echos : La ville de Djenné se prépare à un grand évènement à s’avoir le centenaire de sa mosquée, peut-on savoir la portée de cet évènement ?

Yamoussa Fané : Nous nous préparons en effet à célébrer le centenaire de la mosquée de Djenné, le plus grand ouvrage en terre au monde. Commencés le 1er octobre 1906, les travaux ont pris fin le 15 octobre 1907, soit un an moins deux semaines. Cet édifice fédérateur, le plus beau fleuron de l’architecture de terre et symbole de notre identité culturelle, a toujours attiré de nombreux touristes et mobilise tous les Djénnenkés toutes ethnies confondues lors de son crépissage annuel. La célébration de ce centenaire symbolise la vitalité de ce monument et sa meilleure conservation.

Les Echos : Où en sommes-nous avec les préparatifs ?

Y. F. : Les préparatifs vont bon train. La commission d’organisation est déjà mise en place ainsi que les différentes sous-commissions. Chaque sous-commission a fourni son budget. Les termes de référence sont prêts et très prochainement les membres de la commission d’organisation rencontreront les ressortissants de Djenné à Bamako et les autres partenaires. Il faut rappeler que depuis avril, les Djénnenkés de Bamako ont fait des gestes dès l’annonce de la célébration du centenaire de la mosquée de leur ville. Des promesses de soutien sont annoncées. Nous avons bon espoir qu’avec l’appui des uns et des autres et de tous les amoureux ou amis de Djenné, nous parviendrons à boucler le budget.


Les Echos : Pouvez-vous nous parler un peu de cette mosquée ?

Y. F. : La première mosquée a été construite en 1280 sur ordre du vingt sixième roi Koy Komboro lorsque ce dernier se convertit à l’islam. Il fit détruire son palais et fit construire à sa place la première mosquée de Djenné afin d’exprimer sa nouvelle foi. De cet édifice, ses successeurs ajoutèrent des tours et une enceinte. René Caillé, de passage à Djenné en 1828, décrit un bâtiment très bas dû au manque d’entretien consécutif aux effets de dix années de pluies. Voici ce qu’il écrit en substance : « il y a à Djenné une grande mosquée en terre, dominée par deux tours massives et peu élevées. Elle est grossièrement construite quoi qu’elle soit très grande. Elle est abandonnée à des milliers d’hirondelles qui y font constamment leurs nids. Ce qui y produit une odeur infecte et a fait perdre l’habitude de faire la prière dans une cour intérieure ».

Les conquérants français ne trouvèrent à la prise de Djenné, le 12 avril 1893, que les ruines de l’édifice du côté ouest de la place centrale. Détruite, modifiée et reconstruite à plusieurs reprises lors des différentes occupations de la ville (marocaine, peule, française), cette mosquée est le symbole de la noblesse du banco. Le chef peul et réformateur musulman, Sékou Ahmadou, en investissant la ville en 1819 fit construire une nouvelle mosquée, inaugurée le 27 septembre 1834.

L’ancienne mosquée fut laissée à l’abandon. Le marabout réformateur accéléra le délabrement de la mosquée en bouchant le système d’évacuation des eaux de pluie. La mosquée de Sékou Ahmadou devait rester en service jusqu’au 1er octobre 1907, année de finition de l’actuelle mosquée. L’actuelle mosquée fut érigée sur les ruines de la toute première mosquée de Djenné qui lui a servi de modèle. Le gouverneur colonial français William Ponty, accepte à la demande du marabout Almamy Sonfo de reconstruire à l’identique l’ancienne mosquée du roi Koy Komboro. Commencé le 15 octobre 1906, le nouvel édifice fut terminé le 1er octobre 1907 à peu près un an et moins deux semaines de travaux. La construction de la mosquée fut supervisée et dirigée par le chef de la corporation des maçons, Ismaïla Traoré.

Le nouvel édifice ainsi terminé pouvait contenir 1000 fidèles. Avec 90 piliers à l’intérieur et 104 trous d’aération, la mosquée s’élève au-dessus de la place du marché sur une butte d’environ 75 m sur 75 m, telle une statue sur un socle domine toute la ville. Les murs mesurent 40 à 60 cm d’épaisseur.

Exécuté par les maçons de Djenné, ce véritable chef d’œuvre architectural, symbole d’une architecture soudanienne réussie est inscrit en 1988 sur la liste du patrimoine mondial à l’instar du reste de la ville de Djenné. Ce fleuron de l’architecture de terre a positivement influencé les techniques de construction de toute l’Afrique de l’Ouest en témoignent les mosquées de Bobo-Dioulasso (Burkina Faso), Larabanga (au nord du Ghana), Kong et Odienné en Côte d’Ivoire et de nombreuses autres au Mali comme celles de Mopti, M’Pessoba, San, Niono.

Les Echos : Pour ce centenaire, s’agit-il de magnifier l’architecture de la plus grande maison en banco et par ricochet les maçons de Djenné aussi ?

Y. F. : L’objectif de la célébration du centenaire de la mosquée, le plus grand ouvrage en terre au monde et le fleuron de l’architecture de terre, est de magnifier en réalité cette architecture de terre et par ricochet le savoir-faire des Barry ou les maçons de Djenné, les garants de la pérennité de cette architecture de terre. La célébration du centenaire permettra aussi de contribuer à faire mieux connaître la mosquée de Djenné en général et la ville en particulier, d’approfondir l’histoire de la mosquée de Djenné, de sensibiliser sur la préservation de ce patrimoine architectural, de déterminer les stratégies de conservation et de valorisation de ce monument, de promouvoir l’architecture en terre de Djenné et de contribuer au développement touristique de la ville.


Les Echos : Djenné faisant partie du triangle d’or touristique du Mali, comment comptez-vous drainer les touristes étrangers et même maliens à cet événement ?

Y. F. : En effet, Djenné constitue avec le pays Dogon et Tombouctou, le triangle d’or du tourisme dans notre pays. La ville a reçu, en 2006, 15 000 touristes, toutes nationalités confondues. Et ce chiffre croit d’année en année. Ses implications économiques sont nombreuses et se traduisent par des créations d’emploi, des retombées sur l’hôtellerie, la restauration, l’artisanat et le petit commerce. Le tourisme contribue pour 30 % aux ressources internes de la Commune et à 60 % des ressources mobilisées en 2003 et 2004.

Pour l’événement, nous comptons sur une grande affluence des touristes étrangers et surtout les Maliens pour rehausser l’éclat de la célébration du centenaire de la mosquée. Pour y parvenir, la sous-commission presse aura pour tâche principale la médiatisation de l’évènement. Elle exploitera tous les canaux de communication surtout les Nouvelles technologies de l’information et de la communication (Internet) pour toucher le maximum de gens. A cela, il faut mettre à contribution les médias nationaux (presse écrite ou audiovisuelle) et étrangers (les radios et télévisions étrangères) pour drainer suffisamment de visiteurs. Les radios de proximité surtout celles du cercle doivent aussi jouer leur partition pour mieux sensibiliser les populations locales à adhérer à la célébration du centenaire de leur mosquée.

Les Echos : L’image de la ville de Djenné est un peu ternie depuis un certain temps. Comment allez-vous redorer cette image à travers cet évènement ?

Y. F. : L’image de la ville de Djenné a certes été ternie suite aux incidents survenus l’année dernière, plus précisément le 20 septembre 2006. Toutefois, cette page douloureuse a été tournée. Les populations sont revenues à de meilleurs sentiments suite aux différentes médiations. Les Djénnenkés ont fait la démonstration de leur cohésion lors du crépissage de la mosquée le 5 avril 2007 et le Maouloud (anniversaire de la naissance et du baptême du prophète Mohamed, PSL). La célébration de ces deux fêtes en communion a montré toute l’unité des populations face aux velléités séparatistes et bellicistes de certains. Aujourd’hui, la ville a renoué avec sa tradition d’hospitalité qui l’a toujours caractérisée.

Les Echos : Pour l’organisation de l’événement avez-vous les moyens de vos ambitions ?

Y. F. : Certes nous n’avons pas les moyens de nos ambitions. Nous comptons comme souligné plus haut sur les ressortissants de Djenné à travers le monde, l’Etat malien, les partenaires au développement et les nombreux amis à travers le monde. La commission d’organisation a enregistré des promesses de soutien financier. Elle doit bientôt se rendre à Bamako pour rencontrer les Djénnenkés et les potentiels bailleurs de fonds.

Les Echos : Un dernier message ?

Y. F. : Nous lançons d’abord un appel aux ressortissants de Djenné, partout où ils se trouvent à travers le monde afin qu’ils s’approprient cette célébration du centenaire de la mosquée de leur ville natale, leur identité en se mobilisant autour de l’évènement. A l’Etat et aux partenaires au développement et aux nombreux amis de Djenné, nous sollicitons leur accompagnement. Le dernier appel s’adresse aux populations de Djenné. La réussite de la célébration du centenaire de la mosquée dépendra de leur adhésion et de leur mobilisation autour de l’événement.

Lévy Dougnon

(Radio Jamana, Djenné)

21 septembre 2007.