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Depuis quelques semaines, une crise semble affecter les activités du syndicat national des travailleurs des administrations d’Etat. Pour en savoir plus, Le Prétoire a rencontré M.Yacouba Katilé, secrétaire général de la section syndicale des douanes, secrétaire général du syndicat national des travailleurs des administrations d’Etat.

Le Prétoire : Le Syntade traverse une certaine crise depuis quelques temps. Pouvez-vous nous dire exactement ce qui se passe ?

Yacouba Katilé: Je ne parlerai pas d’une crise dans le Syntade mais de la volonté de quelques éléments désireux d’hégémonie et de déni de la démocratie au sein du Syntade. Si en effet, il y a une règle sacro- sainte de démocratie, c’est bien la règle de la majorité, qui malheureusement est foulée au pied par des gens pour qui nous avions le plus grand respect à cause de leur âge.

Bref, au lieu de considérer que l’article 5 des statuts appellerait au conseil national du Syntade les délégués des Sections et des Divisions, on a voulu que ce soit l’ensemble des membres des bureaux des Sections soit environ 45 membres par Section à multiplier par 14.

Les Sections à Bamako ont pour équivalence les Divisions dans les Cercles. Faudrait-il aussi amener tous les membres des Bureaux des Divisions à raison de 30 à 35 membres par bureau pour 49 Divisions ? Nous serions alors environ 700 délégués pour le Conseil national, n’est- ce pas le comble de l’abus et du ridicule ? Alors que le Congrès, l’instance suprême convoquée par le Bureau sortant ne compte que 141 délégués.

C’est absolument en dehors de toute logique que l’article 5 a été mal interprété à ce congrès-ci. Il est vrai que pour créer une impression de crise, le Secrétaire Général sortant a érigé par-ci par-là des Sections, en rassemblant quelques personnes. Ce fut le cas des Surveillants de Prisons, qu’il n’a jamais voulu auparavant reconnaitre comme Section, quand il était encore le Secrétaire Général du Syntade.

Peut-on dire qu’aujourd’hui votre bureau issu du dernier congrès est dans la légitimité et la légalité ?

Cela ne souffre d’aucun doute. D’abord, on est allés en congrès sur convocation du Bureau sortant. Cela est conforme aux dispositions des statuts. C’est le Bureau sortant qui a fixé toutes les conditions de participation des membres, et de représentation des structures. Donc la légalité du congrès est établie.

Même si dans nos statuts, les conditions de la validité de la tenue du congrès n’ont pas été clairement définies en termes de majorité simple ou de majorité relative, la logique de démocratie voudrait qu’il y ait le plus grand nombre de délégués et de structures. Au moment d’aller à l’investiture du nouveau Bureau, le constat était la présence effective de 92 délégués sur 141 congressistes prévus. Cette statistique établit la légitimité du Bureau.

Ce n’est donc pas parce que 3 à 4 personnes de certaines sections ont fait défection et défendu la toute nouvelle interprétation de l’article 5 que la légitimité du Bureau est remise en question. Au demeurant, seules 03 Sections ne sont pas du tout représentées dans le nouveau Bureau. Celles de la DNCC (Direction nationale du commerce et de la concurrence, NDLR), de l’INPS (Institut national de prévoyance sociale, NDLR) et de l’Administration Générale.

Concrètement, qu’est ce que vous avez contre le bureau sortant notamment son secrétaire général ?

Cette question laisse supposer qu’il y a un conflit entre le nouveau Bureau national et le Bureau sortant. Non, il n’y a rien de tel. Sachez que nombre de membres de l’ancien Bureau, ayant mérité de la confiance du Congrès, ont été reconduits, souvent à leur anciens postes. Par rapport au secrétaire général, sortant, nos griefs ne sont pas des ressentiments personnels. Nos griefs portent sur son incapacité à diriger le Syntade.

Pendant tout le mandat qui a été indûment prolongé d’ailleurs, il n’a tenu aucune réunion ordinaire, aucun Conseil national. Il n’y a jamais eu de prises de contact avec les bases, jamais de bilan financier. Même de simples lettres circulaires pour informer les militants n’ont jamais été faites. Peut-on ou doit-on reconduire un tel homme, dont le « règne » est marqué par une série de carences ?

Le Syntade, ce sont les travailleurs des administrations d’Etat. A votre avis, quels sont les points qui opposent ce syndicat au gouvernement ?

Vous savez, les travailleurs du Syntade se trouvent dans la charnière du fonctionnement de l’Administration de notre pays, de ses finances, de sa diplomatie, de sa justice, de ses services d’ordre et de sécurité. Une telle responsabilité, dont le bon exercice conditionne le développement national de façon globale, peut être encore plus efficiente si les agents qui assurent les services, les activités bénéficient d’un minimum de quiétude morale et matérielle.

Si rien ne nous oppose de façon spectaculaire au Gouvernement, il reste que la volonté qui nous anime d’assurer aux travailleurs de l’Administration d’Etat de meilleures conditions de travail, de meilleurs statuts et plans de carrière, de meilleures primes et indemnités donc, va certainement entrainer quelques divergences que nous entendons surmonter dans un esprit de responsabilité, de dialogue social, plutôt que dans la discourtoisie, les intimidations, et la trahison des militants.

A votre avis, l’Untm (Union nationale des travailleurs du Mali), à laquelle appartient le Syntade, s’occupe-t-elle réellement des revendications de votre syndicat ?

Il y a eu, en toute sincérité des périodes où l’UNTM incarnait la volonté des travailleurs d’avoir de meilleures conditions d’existence. Mais force est de reconnaitre que depuis 2008 où contre toute logique, le bureau exécutif a signé des augmentations de salaires étalées sur 2009 et 2010, la centrale, malgré l’inflation qui étouffait les travailleurs et le peuple, brillait par trop de collaborations compromettantes avec le pouvoir. Je ne voudrai pas entrer dans les détails mais vous avez vu les vagues de levées des préavis de grève. Quant à nos revendications sectorielles, c’est le Syntade qui doit les défendre en réalité. Nous exonérons l’UNTM de cette charge.

Vous venez d’être élu à la tête du Syntade, quelles sont vos priorités parmi les revendications évoquées, en avez-vous de nouvelles ?

Pour tout vous dire, je n’apprécie pas la formulation de la question qui a tendance à donner beaucoup d’importance à la personne. Nous sommes une équipe, et nous travaillons collégialement. Cet effort de coudre les différents pans du Bureau et du Syntade est une priorité dont la réussite conditionne le succès des revendications. Je crois avoir levé le voile dans la 4ème question. Il reste que l’une de mes préoccupations est de faire en sorte que nos Ministres de tutelle par rapport à leur section syndicale respective, appliquent les dispositions d’Abuja de 1998, par rapport à l’effort d’éducation et de participation des Syndicats.

A la question de savoir si vous êtes l’homme de la situation, certains agents des douanes affirment que oui, et qu’il n’y a qu’à se référer à votre bilan en tant que secrétaire général de la section syndicale des douanes.

Pouvez-vous nous parler de ce bilan ?

Revenant à ce que je vous disais tantôt, je ne suis pas un adepte du culte de la personnalité. Tout ce qui a été fait à la Douane, depuis la hausse du taux du T.S (Travail supplémentaire, NDLR) aux travailleurs jusqu’au statut particulier, en passant par le plan de carrière, la résolution de la situation des contractuels, la fourniture d’équipements, est le fruit d’un travail collégial. Ce travail a été dirigé par le Bureau de la Section mais aussi et surtout par l’ensemble des travailleurs des services de Douanes, auxquels je rends un vibrant hommage. Il y a aussi la grande compréhension dont les Directeurs généraux et toute leur équipe ont su faire montre par rapport à nos revendications.

Pourtant les agents semblent divisés entre votre section et une autre qui, elle, est affilée à la Cstm (Confédération syndicale des travailleurs du Mali).
Là encore, c’est une minorité. Un des problèmes de la vie politique et associative du Mali, c’est la transposition facile des questions de personnes à des dimensions des organisations et associations. Si tout problème qu’on a avec un membre de l’exécutif doit déboucher sur la création d’une nouvelle structure, à combien de partis, de syndicats, d’associations assisterions-nous un jour ? Il faut aussi que les hommes politiques arrêtent d’interférer dans la vie des Syndicats.

Ambitionnez-vous, comme le disent certains de vos détracteurs, de prendre la place de Siaka Diakité à la tête de l’Untm ?

Je ne savais pas qu’une place électorale est une propriété privée. Quelqu’un a-t-il une place à l’UNTM ? Le Syndicat, c’est l’école de la démocratie, nul n’est indispensable, nulle place n’est attribuée pour la vie à quelqu’un. Là encore, on aborde le sujet comme si ma personne est plus importante que le Syntade qui est ma base. Non, cela est incorrect.

Réalisée par

Cheick TANDINA

Le Prétoire du 15 Août 2013