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L’entrepreneuriat demeure un élément clé pour le développement et l’épanouissement d’un pays. Aujourd’hui, le secteur de l’entrepreneuriat malien reste confronté à d’énormes difficultés. Yacouba Bouaré, manager associer du Groupe Repère, un cabinet de conseil et de formation, nous a accordé un entretien à travers lequel il nous donne d’amples informations sur ledit secteur. Il est également consultant spécialisé en gestion de projet et comptabilité des ONG, auditeur financier, formateur en entreprenariat et développeur d’outils de performance. Yacouba Bouaré a pour ambition d’impacter significativement la vie des gens qu’il forme et les voir évoluer. 

Quelle analyse faites-vous de l’évolution du secteur entrepreneurial malien? 

Yacouba Bouaré : Au Mali, le développement des micro-entreprises répond, avant tout, à un objectif de génération de revenus qui leur permet de subvenir au besoin des entrepreneurs ensuite aux besoins de la famille. Il y a en réalité plusieurs variables telles que le niveau de formation, l’ambition personnelle, le milieu de vie, le sexe, l’origine sociale, l’environnement économique, le contexte politique et institutionnel qui ont un impact sur le choix des jeunes d’être entrepreneur ou salarié chez un privé ou un employé de l’État. 

Une étude des perceptions des jeunes urbains et ruraux ; diplômés et non diplômés sur les Institutions étatiques de promotion de l’emploi jeune révèle que le simple fait de créer des programmes et des fonds financiers pour soutenir l’entreprenariat ne conduit pas automatiquement les jeunes à s’y engager. Il faudrait, par exemple, faire un travail de changement d’attitude des jeunes vis-à-vis de l’agriculture afin que cette activité soit attractive pour la couche des jeunes urbains en particulier. Dans ce secteur pullulent les caisses de la micro-finance, mais qui attire peu de jeunes diplômés. Les sites choisis : milieux ruraux et milieux urbains ont permis de comprendre la différence d’attitude des jeunes sur l’agriculture et le business. Dans le milieu urbain, l’étude des raisons et motivations qui fondent le choix des jeunes pour un emploi permet de dégager par voie hiérarchique les activités suivantes : la fonction publique ; le business, l’agriculture ; la migration interne et internationale. 

Par contre, dans le milieu rural, les jeunes portent leur premier choix sur l’agriculture et vient ensuite la migration vers les villes ou à l’Office du Niger. Une autre problématique que subit ces micro-entreprises qui démarrent, c’est que dans ces premières phases de développement de celles-ci ces objectifs peuvent-être inconciliables, car  à  trop  tirer  dans  le  cash-flow,  objet  de sollicitations  diverses,  la  micro-entreprise  fait souvent faillite.  

La non-croissance et la non-survie de beaucoup de notre entreprise sont grandement dues à une défaillance de notre conception de l’entreprenariat avec des fausses croyances du style : on cherche à me voler mes idées ; je peux me débrouiller pour monter et développer ma boite tout seul ; je dois garder 100 % de mon capital ; ne pas considérer ces employés comme des actifs dont il faut entretenir la motivation ; je n’ai pas besoin de formation supplémentaire, etc.  

Qu’est-ce qui doit être fait pour booster ce secteur au Mali ?

Y. B :Face aux diverses problématiques cité plus haut, et est évidant qu’un il y a fort travail à faire sur : la conception même de l’entreprenariat malien. Il faut absolument inculquer cette culture de l’entreprenariat dès le bas âge soit à l’école ou à la maison à nos jeunes pour qu’il ne commette pas l’erreur de penser que tout s’apprend à l’école, l’expérience et les échecs constituent les meilleurs cours s’agissant d’entreprenariat. 

Les ressources humaines  

Le développement viable des économies africaines n’est possible qu’à travers le développement de l’industrie locale, favorisant généralement l’émergence d’entrepreneurs africains et soutenant les entreprises locales innovantes. Le potentiel de développement économique est sans précédent, avec une abondance dans tous les domaines, de l’industrialisation à la commercialisation. Cependant, le Mali ne peut croître qu’en mettant le développement des ressources humaines sur la carte. Accorder une valeur sans cesse accrue à l’entrepreneuriat et au secteur privé sera le meilleur moyen de dégager des dividendes démocratiques sur le continent, les Maliens doivent s’éloigner de la théorie afin d’inculquer aux élèves des compétences pratiques, appuyer l’apprentissage, et donner un coup de fouet à l’industrie.

Une législation adaptée au monde des affaires  

Bien que cette réglementation soit nécessaire, la bureaucratie doit être minimisée autant que possible afin de ne pas être des initiatives commerciales et entrepreneuriales. Une réglementation efficace doit être simple et équitable afin que les entreprises internationales puissent facilement s’intégrer sur le marché local et s’assurer qu’elles opèrent de manière efficace et rentable.

Sur le plan financier, il convient de ne plus se borner à privilégier la perception fiscale et l’assistance étrangère, mais aussi à mettre l’accent sur la génération de ressources internes pour favoriser un développement accéléré.

Comment voyez-vous ce secteur dans 5 ou 10 ans au Mali ?

Y. B : Le Mali tout en intensifiant ses efforts de développement en maîtrisant les ressources dont il dispose, devra les diversifier, l’entrepreneuriat est de plus en plus considéré comme une clé de la croissance économique. Jusqu’à présent en Afrique, l’entrepreneuriat a produit des rendements énormes pour les entrepreneurs. À mon avis, il recèle un énorme potentiel inexploité pouvant mener le continent africain à sa prochaine phase de développement.

Jacques Coulibaly 

@Afribone