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La quasi-totalité des occupants des lieux ont pris part à ladite assemblée dans l’après midi de ce samedi 30 août dernier. Et comme le veut la formule consacrée, «vue l’importance de l’ordre du jour, aucune absence n’aurait été tolérée ».

Premier sujet évoqué : leur déguerpissement des lieux envisagé par les autorités du District. Il est en effet question de faire évacuer tous les occupants anarchiques sur cette bretelle dénommée «Silicon Valley » ou « Wall Street » à cause du commerce très florissant d’appareils téléphoniques et des activités connexes. Ici, le passage est constamment bloqué. Alors, conformément à son projet d’embellissement de la ville et dans le but de rendre la circulation plus fluide, la Mairie du District a pris la décision de faire évacuer les lieux. La principale résolution adoptée par les participants à la réunion du Samedi dernier, fut de demander un autre site aux autorités si elles mettaient leur projet en exécution.

Le second thème débattu par les participants était relatif à la Brigade de Recherches du Commissariat de police du 3ème Arrondissement, laquelle procède régulièrement à des descentes et à interpellations en ces lieux. Des projets, il y en a eu à l’issue de cette réunion : faire des «propositions concrètes» à l’intrépide chef de Brigade, Papa Mambi Keïta ? Lui lancer un mauvais sort ou le mettre hors d’état de nuire de quelque manière que ce soit ? Ou tout simplement, approcher sa hiérarchie avec des «arguments convaincants» ? Fort heureusement, ils ne sont pas parvenus à un consensus.

Qu’est ce qui expliquerait ce besoin ardent de se débarrasser d’un Inspecteur de Police ? Leur motivation a une explication rationnelle. Les investigations menées par ce flic le conduisent généralement aux revendeurs de téléphones portables. Plusieurs cas de délits et même de crimes ont été élucidés à partir des téléphones portables des victimes ou même des auteurs eux-mêmes. Ces appareils permettent un traçage ne laissant subsister le moindre doute sur toutes personnes les ayant utilisés en un moment donné. Le cas le plus illustratif est celui de Bane Keïta, lequel, au mois d’octobre 2007 abattait son camarade sur la route de Kati, pour s’emparer de sa moto Jakarta et de son téléphone. Grâce au concours très précieux des sociétés de téléphonie mobile (en l’occurrence ORANGE), les enquêteurs se rendirent compte que l’assassin avait utilisé le téléphone portable de sa victime seulement pendant 5 secondes. C’était largement suffisant pour le coincer.

D’autres suspects sont pris en flagrant délit de mensonge pour avoir indiqué n’avoir jamais été en contact avec leur victime alors que les données fournies par les sociétés de téléphonie attestent du contraire.

Suite à des cas de vol qualifié, des cambrioleurs emportent très souvent les téléphones de leurs victimes.

Aussi, ayant finalement compris que les relevés d’un téléphone portable constituent désormais de sérieux indices contre eux et pour des enquêteurs chevronnés de la trempe de l’Epervier du Mandé, certains délinquants plus malins, se débarrassent de l’appareil après leur forfait.

Et c’est là qu’interviennent les revendeurs de téléphones de seconde main. L’occasion, le bon marché et ils n’hésitent pas. Ils payent au bas prix dans l’intention de le «replacer». Certains sont conscients du risque et se prémunissent d’un minimum de garantie (établissement de facture avec nom et adresse de leur vendeur), d’autres non, le business étant pour eux la chose la plus importante… Ils parviennent très souvent à revendre le produit. Mais voilà que surgissent les enquêteurs qui, grâce aux données fournies par les sociétés de téléphonie, sont parvenus à localiser avec précision, le dernier utilisateur de l’appareil et à l’arrêter. Cet acheteur, souvent de bonne foi, n’hésite pas à les conduire chez son vendeur devant Malitel. Dans le meilleur des cas, ce dernier est alors considéré, aux yeux de la loi, comme le principal receleur d’un produit vol avec, circonstances plus ou moins aggravantes. Nul n’est censé ignoré la loi. C’est connu.

L’histoire s’est plusieurs fois répétée et n’est pas prête de s’arrêter là. A moins que les participants à la réunion du samedi dernier ne réussissent leur plan consistant à se débarrasser définitivement de ce satané inspecteur de police. Et même là…

B.S. Diarra

01 septembre 2008