Partager

« Je suis un Martiniquais, un Africain transporté. Mais je suis avant tout un homme. Et un homme qui veut quoi ? L’accomplissement de l’humanité en l’homme ».
Peut-on rester indifférent à celui qui se soucie de réveiller l’homme dans l’homme, pour sa pleine réalisation ? L’histoire a déjà enregistré Césaire comme une des figures les plus sublimes de l’humanité. Ne pense-t-on pas déjà au Panthéon pour son ultime demeure parmi les grands de la France dont les idées lumineuses brillent sur l’univers entier ? Que fut Césaire ? Qu’a-t-il fait en parole et en acte ?

Césaire est un homme océanique. Parler de lui embarrasse quelque peu car on ne sait ce qu’il faut dire en priorité. Peut-on épuiser en commentaire tout ce qu’il a pensé ?
« Je sais qu’il y a encore beaucoup à faire… J’ai le sentiment d’avoir fait de mon mieux, c’est tout. Parfois j’ai même été au-delà de mes forces… Mais il s’agissait d’une sorte de foi intérieure ».

Césaire est un homme de foi. Foi aux œuvres de l’esprit, foi en l’homme debout, au message véhiculé sur scène, ce qu’il a découvert sur sa planète d’élection (les livres) qu’il a immensément explorée dès sa tendre enfance.

« Quand Aimé Césaire parle, la grammaire française sourit », disait son père Fernand qui avait le culte des maîtres de langue. Il leur fait lecture chaque jour de morceaux choisis de Voltaire, de Hugo, de Bossuet.

Il a passé des années studieuses. « Aux jeux, il préfère la solitude et la compagnie des livres ». Il avait déjà une vitalité extraordinaire dans le travail. « Le soir, quand toute la famille est au lit, Aimé travaille encore ». Il s’absorbait dans l’idéal que lui offraient les livres.

Césaire est né coiffé, a-t-on dit. Mais il ne suffit pas de naître coiffé pour être toujours à l’abri des bourrasques du temps. Son époque (celle de l’éveil des peuples dominés) l’a marqué et lui aussi a marqué son époque (en l’orientant par l’exemple) horizontalement et verticalement.

Communément, quand on parle d’Aimé Césaire, on pense aussitôt au « Cahier d’un retour au pays natal », à la Négritude, concept qu’il a forgé avec Léopold Sédar Senghor. Contrairement à son ami sénégalais, Césaire a une vision concrète du concept. La Négritude, c’est « la découverte de l’Afrique par les Africains et comme un refus de toute assimilation ».

Il a écrit « Discours sur le colonialisme » (1950) (réquisitoire sur le colonialisme), preuve de son courage intellectuel. Puisque l’éditeur était de droite et s’attendait à une apologie du régime colonial. Mais il a écrit aussi « Discours sur la Négritude » (1987) prononcé à la première conférence hémisphérique des peuples noirs de la diaspora, en hommage à Aimé Césaire. Il y dit simplement : « La Négritude c’est une des formes historiques de la condition faite à l’homme ». « C’est une manière de vivre l’histoire dans l’histoire d’une communauté… » « La Négritude est sursaut et sursaut de dignité ».

Cette dernière définition est fondamentale pour nous Africains du siècle de la mondialisation, qui est une menace constante pour notre dignité noire. Dans ce même discours, il indique le chemin dans l’universel en évoquant le philosophe Hegel « … l’universel bien sûr, mais non par négation, mais approfondissement de notre singularité ».

Césaire, un grand poète noir ? Sans doute. Il a beaucoup écrit et publié, pour l’Afrique et les Africains, sachant bien que… « ni la littérature ni la spéculation intellectuelle ne sont innocentes ou inoffensives ». Il avait une mission comme tout bon poète. Celle de chanter la vie et la renaissance (son poème Addis-Abeba, 1963).
« Donc gros du monde, le poète parle », écrit-il dans une communication au congrès de philosophie de Port-au-Prince, en 1944. Césaire n’a pas crié dans le désert. Cri au sens de protestation contre « … l’humiliation, l’imbécile préjugé, l’exploitation, la répression… ».

Au colloque de 2003, à La Martinique, « Aimé Césaire, une pensée pour le XXIe siècle », il y eut un concert de voix pour marquer ses 90 ans. Oui 90 ans de lutte, d’engagement et de fidélité. Pour reconnaître en lui « le plus grand auteur littéraire français vivant ». Le message de Jacques Chirac dit éloquemment ceci : « Par votre réflexion et votre action, par vos écrits et votre engagement vous avez tracé un nouvel horizon à notre destin commun ».

Pendant ce colloque du 24 au 26 juin 2003, nous avons pu remarquer la vigueur malgré l’âge (il se déplaçait sans appui), la cohérence du langage qui était toute logique toute fidélité à ses thèmes de départ. Et surtout la présence d’esprit occupé par le souvenir de l’Afrique, au Mali. Dans la multitude de conférenciers et de participants qui l’entouraient le jour de l’anniversaire, le nom du Mali que j’ai prononcé lors de la présentation a provoqué une émotion, visible reflétée sur son visage. Preuve de son attachement à la terre d’Afrique. « Je suis fidèle à mon peuple, fidèle à l’homme jouissant de son plein être ».

Césaire est mort avec la conscience d’avoir été compris de par le monde. Son message en fondamental ? « Vous avez bien entendu : c’est le voyage jusqu’au bout de soi qui nous fait découvrir l’ailleurs et le tout ».

Adama Coulibaly

21 avril 2008.