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A l’invitation de Sa Majesté Mohammed IV, roi du Maroc, un groupe de directeurs de publication du Mali, a effectué du 27 juillet au 7 août 2008, une visite dans le royaume chérifien.

La visite a débuté par Laayoune. De Casablanca, la capitale économique du Maroc, il faut, à vol d’oiseau, une heure trente pour rallier la capitale des provinces du Sud du Maroc. Arrivés donc à Casablanca, nous sommes accueillis par un personnage haut en couleur, mais ô combien chaleureux, Abderrahmane, ayant un grand amour pour les lettres.

Après un tour à l’hôtel et un petit repos (le vol Bamako-Casa est à 4 heures du matin et dure trois heures), direction l’aéroport. Nous embarquons encore nuitamment pour les provinces du Sud. Nous atteignons Laayoune vers les trois heures du matin. Dans la nuit qui s’achève, s’offre Laayoune, « les yeux » ou « les sources ».

Elle a été au cœur d’un grand conflit. Quand les Marocains, après avoir chassé l’occupant espagnol, grâce à la marche verte qui avait drainé des autres régions du pays plus de trois mille marcheurs vers la ville en 1975, l’Algérie a orchestré une rébellion par l’intermédiaire d’un mouvement, le Polisario… La ville n’en garde aucune séquelle.

Sur le tarmac de l’aéroport Hassan Ier, (grand-père d’Hassan II, père de l’actuel souverain, Mohammed VI) qui n’a rien à envier à Bamako-Sénou, il y a d’ailleurs deux avions immobilisés, estampillés « NU », rappelant la présence, depuis 30 ans maintenant dans le pays, de la Minurso, la Mission des nations unies pour le référendum au Sahara occidental. Créée en avril 1991 par la résolution 690 du Conseil de sécurité, ce détachement de 230 militaires (dont 25 Français répartis sur 11 sites) « prépare » le référendum sur le statut final.

Le visiteur ne manquera d’ailleurs pas de croiser dans la ville des agents de cette force tampon, chargée d’organiser le référendum et de veiller sur le cessez-le-feu, qui roulent les mécaniques et qui ont leurs habitudes à l’hôtel Massira, certainement le second plus grand hôtel de la ville avec le Comodor, où descend Sa Majesté et où nous allons rester cinq jours.

Malgré l’heure, nous avons un bon comité d’accueil. Le temps de déposer les bagages et de dormir une petite heure, nous faisons connaissance avec cette ville.

Laayoune : la Cité de la Source

Le visiteur qui s’attendait à une ville post-conflit, de surcroît aux confins du Sahara, est surpris : Laayoune étrenne fièrement ses nouveaux quartiers, ses projets pharaoniques et futuristes. La ville, avec sa couleur ocre, rappelle Marrakech. En compagnie du gouverneur et du wali (le wali est au Maroc, le premier responsable politique et administratif dans une ville, puisqu’il représente à la fois le roi et le gouvernement), nous visitons des projets de construction de villages, de réhabilitation de quartiers, d’adduction…

D’ailleurs, Sidi Saleh Daha, le jeune et dynamique directeur pour Laayoune de l’Agence pour la promotion et le développement économique et social des provinces du Sud du royaume, nous expliquera tous les projets dans son pipeline. Le 30 juillet est la fête du trône. A Laayoune, ce fut une grande fête. Le wali, en compagnie de tous les dignitaires, fera cette fête.

Vendredi 1er août. Après 5 jours mémorables dans la Cité de la Source, nom donné en référence à la source de nombreux oueds qui s’y trouvent, nous reprenons l’avion, direction, Rabat, après une escale à Agadir.

Rabat est la capitale politique du royaume. La ville se modernise à vive allure. Le palais royal, impressionnant, trône au milieu. Arrivé tôt ce vendredi matin, nous continuerons directement au siège de la Maghreb Arabe Presse, l’agence de presse marocaine. D’abord un building impressionnant et une ambitieuse organisation qui voudrait couvrir le plus de pays possibles, avec déjà plus de 40 bureaux à travers le monde.

Le directeur général adjoint, Mohamed Anis, qui nous fera visiter, réaffirmera du reste sa disponibilité à collaborer et appuyer les agences africaines, une tradition de la maison. Cette journée se terminera par une rencontre avec le ministre de la Communication, Khalid Naciri.

Samedi 2. Réveil tôt le matin, direction Tanger. Contrairement à beaucoup de villes marocaines, Tanger est restée longtemps une « ville internationale ». Elle a donc encore visibles ses « héritages » espagnol, français, anglais… Tanger est dotée d’une histoire riche et d’une géographie unique. Si l’on se fie à la mythologie berbère et grecque, la ville de Tanger aurait été fondée par le géant Antée, fils de Poséidon et de Gaïa et devrait son nom à Tingis (ou Tinga), femme du fondateur.

Au centre des rivalités internationales

Antée trouvait sa force au contact de la terre, Hercule l’étouffa en le maintenant en l’air. Le tombeau d’Antée serait une colline proche de Tanger, le Charf. Sa position géographique, exceptionnelle et stratégique, a fait pendant longtemps de Tanger un lieu de convoitise où se sont succédé plusieurs civilisations et cultures.

La France , l’Espagne, le Royaume-Uni, l’Allemagne multiplient les missions diplomatiques et commerciales pour placer leurs pions mettant la ville au centre des rivalités internationales. Le 24 juillet 1925, le statut définitif de Tanger est signé par le Royaume-Uni, l’Espagne, la Belgique, la Hollande, les Etats-Unis, le Portugal, l’Union soviétique et la France, auxquels se joindra l’Italie un peu plus tard.

La distance entre Rabat et Tanger est la même que Bamako-Ségou. Tanger est une ville touristique, une grande station balnéaire qui s’étire au bord de la Méditerranée. D’ailleurs, à Ksar-Sgir, une bourgade distante d’une dizaine de kilomètres, c’est le va-et-vient incessant, en cette période estivale des touristes espagnols.

En effet, Ksar-Sgir qui signifie petit palais est un souvenir du passage portugais, dont les vestiges des palais sont visibles au bord de la mer. Le ferry charge et décharge les voyageurs entre l’Europe et l’Afrique à cet endroit. Tanger est la pointe la plus proche de l’Europe. Les cotes espagnoles sont d’ailleurs visibles à vue d’œil et se situent à 15 km.

A côté de Tanger, un projet futuriste, Tanger Med, un projet du royaume, qui a créé le plus grand port en Afrique et en Méditerranée et parmi les 15 premiers ports au monde. Selon le directeur commercial de l’entreprise, Omar Kadmiri, à l’horizon 2010, le projet devrait créer 130 000 emplois directs.

Le dimanche 3 fut un jour de pèlerinage, musulman et profane à Fès. En effet, le matin, nous avons pris la direction de cette ville située à 180 km de Rabat. Sur place, nous prendrons nos quartiers à l’hôtel Wassim, avant de déjeuner chez l’habitant. Un copieux déjeuner marocain. La Médina de Fès est le lieu où Moulay Idriss II venait à la fin de VIIIe siècle achever l’œuvre de son père : la création du royaume du Maroc.
A la confluence de civilisations

A tous les moments et depuis sa création, la médina de Fès se para de maisons d’habitation, d’équipements de cohésion et d’autres d’intégration, d’infrastructure (depuis le Xe siècle) à savoir un réseau d’assainissement et d’autres relatifs aux eaux de sources et de rivières, d’une superstructure pour le développement du commerce et de production, de portes monumentales établissant les échanges avec l’arrière-pays et des murailles confirmant l’existence de la ville et assurant sa protection.

Fès a connu un développement successif et une expansion croissante et ce, en raison de ses potentialités propres et des relations qu’elle a tissées avec les villes et les contrées avoisinantes ou lointaines. Elle est redevenue, grâce à la mairie, un pôle d’attraction pour les immigrés et les voyageurs et une destination pour les étudiants et les savants, un marché lucratif pour les commerçants et les artisans.

Elle est restée un lieu de rencontre des idées, des expériences et des courants civilisationnels provenant d’Orient, du Nord de la Méditerranée et de l’Afrique noire. En effet, en plus du grand pèlerinage annuel qu’organise Royal Air Maroc, la mairie organise le célèbre festival des musiques sacrées. Un grand constructeur automobile s’installant à Tanger, les responsables de Fes ont convaincu ses équipementiers de s’installer chez eux, ce qui fera une opportunité d’emploi.

Piaffant d’impatience, les uns et les autres se ruent sur la Médina. Fez est la capitale mondiale de la Tijania. C’est également là qu’est enterré Moulaye Idriss, l’ancêtre des Haïdara… C’est d’ailleurs sur sa tombe que commence le pèlerinage, après une visite de la médina. Le mausolée de Cheikh Tidiane trône fièrement au milieu. Nous ne pourrons pas décrire l’intérieur, n’y étant pas admis (les non musulmans ne peuvent que l’admirer de l’extérieur), mais, la mine de mes compagnons, à leur sortie, en dit long sur leur rencontre avec ce saint.


Tour de piste avec une danseuse du ventre

Le soir est déjà avancé. La chaleur dans laquelle baigne la ville s’estompe. Les Fassis qui ont désertés les rues, sortent et apprivoisent les multiples jardins publics et les terrasses, en amoureux, en couple ou en famille, se mêlant aux nombreux touristes. Nous choisissons un restaurant marocain. Un choix qui se révélera judicieux par la suite. En effet, le dîner est servi au son de la musique arabe et andalou, avec des prestidigitateurs et des danseuses du ventre à moitié habillées. Nos confrères Sambi Touré (Info-Matin) et Cheickna Hamalla Sylla (L’Aube), qui venaient de se débarrasser de leurs péchés au mausolée Cheikh Tidiane ont fait d’ailleurs un tour de piste avec la danseuse de ventre…

Le lendemain, retour à Rabat. Encore l’hôtel Mercure, qui devient d’ailleurs le QG, puisque de là, nous allons désormais de ville en ville, de rencontre en rencontre, mais en revenant toujours dormir à Rabat, à Mercure.

Mardi, nous avons une journée « professionnelle » : rencontre avec la direction du quotidien « L’Economiste », le plus grand quotidien francophone privé ; nous nous entretenons avec le président de la fédération des éditeurs de presse du Maroc et visitons les locaux du plus grand distributeur de presse du royaume.

Le mercredi, rencontre à Rabat avec le directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères. Ensuite, nous visitons la mosquée Hassan II, la plus grande mosquée au monde après celle de La Mecque. Elle présente la particularité d’être érigée sur la mer…

Dans l’après-midi, nous nous rendons au mausolée Mohammed V, un monument impressionnant. En compagnie du directeur, nous avons l’honneur de nous incliner sur leurs majestés Mohammed V et Hassan II qui ont obtenu d’être inhumés dans le mausolée, à côté de son père et de son frère.

Ce que l’on peut retenir, c’est que le Maroc a amorcé le chemin du développement et le pays impressionne par son dynamisme.

Alexis Kalambry

04 Septembre 2008