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une-79.jpgLes dames dont nous parlons aujourd’hui sont jeunes mais elles n’ont pas froid aux yeux et savent démontrer le plus grand sang-froid dans leur manière d’opérer. Ces jeunes filles – au nombre de sept – possèdent toutes un physique avantageux et sont regroupée autour d’un leader, Ramata Dagnioko. Certaines vivent à Gouana et d’autres sont domiciliées au centre ville. La section de Gouana est dirigée par Fatoumata Kouyaté, une gazelle du désert qui ne laisserait aucun homme indifférent à ses charmes et surtout à son look très soigné. Celle du centre ville est conduite par Ramata Dagnioko, une fille au teint clair, à la taille moyenne qui vient tout juste de souffler sur ses 20 bougies. Elle est propriétaire d’un salon de coiffure à Kalabancoura et y emploie trois autres jeunes filles. Les enquêteurs du sixième Arrondissement qui ont mis la main sur la bande ont toutefois appris que le salon servait seulement de paravent. La jeune fille s’y rendait tôt le matin, donnait quelques ordres, puis disparaissait pour le reste de la journée. Elle allait rejoindre ses amies à un point fixé à l’avance et le petit groupe se mettait alors au travail.

Le modus operandi de celles qu’un élément polyglotte de la BR a surnommé facétieusement les «  Spice thieves  » en référence à la célèbre quintette de chanteuses britanniques des années 90 (les Spice girls) est simple. Les jeune filles possèdent toutes des tchadors qu’elles utilisent de manière très particulière dans leurs opérations de vol. Une fois qu’elles ont enfilé cet habit très ample, elles font entrer en dessous un enfant d’une dizaine d’années et de taille moyenne. Puis elles pénètrent dans une boutique et se mettent à discuter le prix des marchandises avec le propriétaire ou les vendeurs. Tout en faisant sembler se livrer à un marchandage acharné qui retient l’attention de leurs interlocuteurs, elles font glisser à terre de manière discrète des habits ou des objets de valeur. Le gosse s’en saisit et les enfourne dans un sac de plastique. Puis toujours dissimulé par les plis de l’ample tchador que la jeune fille déploie comme un vaste rideau, le gosse se faufile hors de la boutique et va attendre sa commanditaire en un lieu que sa « patronne » lui aura au préalable indiqué. L’enfant est rémunéré en fonction de ce qu’il a pu emporter. Ainsi, l’un d’eux (celui lequel le groupe a été démantelé), un élève de 5e année fondamentale a affirmé à la police qu’il lui arrivait de recevoir plus de 5 000 F par jour.

une-78.jpgDes reproches amers

Mais tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. Lundi dernier, la réussite lâcha brutalement le groupe. Ce jour là, Fatoumata avait donné rendez-vous au centre ville à son jeune « assistant » habituel qui vit à Gouana. Pour que ce dernier arrive plus vite et plus sûrement au Dabanani, elle lui avait même fait parvenir le prix du taxi qu’il devait emprunter. Une fois à destination, l’enfant s’introduisit sous le tchador et le couple pénétra dans un magasin de tissus. Ramata se mit à discuter avec le boutiquier sur le prix des basins qu’elle voulait acquérir et lorsqu’elle sentit son vi à vis bien ferré par la négociation, elle fit glisser à terre quelques pièces de tissus posées sur le comptoir. Le gamin les mit dans son sachet et voulut prendre le large pour attendre sa patronne à distance de la boutique.

Mais cette fois, les choses ne se passèrent pas comme espéré par les voleurs. Un des gardiens de la boutique qui était assis à l’extérieur avait suivi tout le manège. Il intercepta le gosse, lui fit signe de se taire et de s’arrêter de côté. Lui-même se garda de faire quoi que ce soit jusqu’au moment où Fatoumata prit congé du boutiquier. Le gardien demanda alors à son patron si la jeune femme avait payé les tissus avec lesquels le gamin était ressorti. Le boutiquier faillit tomber des nues. Pour lui, sa cliente n’était accompagnée d’aucun enfant. Il demanda donc à Fatoumata si elle connaissait le gosse que le gardien avait attrapé. La jeune fille répondit par la négative.

Elle fit là une grosse erreur psychologique. Se voyant lâché par sa protectrice et pressentant que tout allait lui retomber dessus, le garçon paniqua. Pour bien montrer qu’il connaissait la jeune fille, il appela celle-ci par son nom et lui adressa d’amers reproches. Le gosse, lancé sur le chemin des aveux, déballa tout ce qu’il savait, puis jeta le sachet plastique par terre pour tenter de fuir. Le gardien se saisit de lui sans peine et lui conseilla d’aller plus loin dans ces aveux. Pour l’élève, le conseil méritait d’être suivi. Il entra donc dans tous les détails et cita même les noms des autres filles. Conduits au commissariat, le gosse et sa patronne ont été confiés au chef BR Ibrahima Maïga. Avec son équipe le policier se rendit au marché dans les lieux d’opération indiqués par le tandem. Une première fille Ramata Dagnioko fut ainsi interceptée. Elle a été trouvée accompagnée d’un jeune enfant encore caché sous le tchador. Ramata était en train de voler à un commerçant des pièces de tissu wax en utilisant le procédé mis au point par la bande. Elle été aussitôt arrêtée et conduite avec son petit « employé » à la police. Elle ne fit aucune difficulté à avouer ses méfaits et confirma les noms de ses complices donnés par le gosse.

A partir du le lundi dernier, les Spice thieves sont tombées, les unes après les autres entre les mains de la police, chacune d’elles accompagnée de son petit adjoint. Tous les gosses ont expliqué qu’ils étaient restés dans ces opérations parce qu’ils étaient bien payés et que l’argent qu’ils recevaient leur permettait de préparer convenablement la rentrée scolaire. Les filles devraient être toutes envoyées au parquet de la Commune I. Là-bas, le procureur leur apprendra l’ampleur de leurs délits et ce qu’elles encourent. Il y aura ce jour là beaucoup de larmes dans de beaux yeux.


G. A. DICKO

Essor du 07 août 2007