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jak.jpgLa nouvelle a été confirmée par l’inspecteur Macky Sissoko de la brigade de recherche et de renseignements du commissariat de police du 10e arrondissement.

Depuis 2004, ce commissariat recherchait activement un sinistre individu qui « empruntait » les motos de ses connaissances ou de ses proches pour les faire disparaître à jamais. Amadou C. alias Dou est connu des commissariats de police de la capitale. Ancien étudiant de l’École nationale d’administration (ENA), il a été déféré plusieurs fois par le passé devant des parquets bamakois. Il a même été condamné pour abus de confiance pour avoir spolié une de ses anciennes camarades de lycée.

L’arnaqueur a été arrêté et déféré, hier, au parquet de la Commune VI. Il lui est reproché d’avoir perpétré un mauvais coup il y a deux ans au détriment d’Aguissa T., un de ses camarades de promotion au lycée Askia Mohamed.

Merci, mon pote !

Les faits pour lesquels Dou a été interpellé et écroué remontent à 2005. Cette année là Aguissa T., après avoir achevé ses études, se lança dans les affaires. Il se spécialisa dans l’installation de sanitaires. Un jour, il rencontra par hasard Dou. Les deux anciens camarades de promotion se saluèrent et bavardèrent de tout et de rien pendant de longues minutes. Aguissa annonça à Dou qu’il travaillait dans la plomberie. Après l’avoir félicité pour sa réussite, Dou lui apprit qu’il n’avait pas pu tenir à l’ENA. Il faisait maintenant des affaires à travers la ville. D’ailleurs s’empressa-t-il d’ajouter, son beau-frère était sur le point d’achever la construction d’un grand immeuble à la Cité Unicef de Niamakoro. Il demanda à son camarade de l’accompagner sur le chantier. Il allait le présenter à son parent et voir si Aguissa pouvait décrocher le marché de la plomberie du bâtiment.

Dou et Aguissa enfourchèrent la moto et prirent la direction de la Cité Unicef. Ils arrivèrent sur le chantier juste au moment où un groupe d’hommes étaient en train d’effectuer la prière du crépuscule. Amadou C. désigna le plus grassouillet des prieurs et expliqua à son compagnon que c’était son beau-frère. Dou proposa à son ancien camarade de promotion d’attendre la fin de la prière pour entrer en contact avec lui. Aguissa, musulman pratiquant, lui confia la moto et alla se joindre aux fidèles. L’occasion était inespérée pour Dou. Il observa un moment Aguissa entamer la prière avant de mettre le moteur en marche et disparaître dans la nuit.

Après la prière, Aguissa attendit pendant des heures dans l’espoir que Dou reviendrait. Mais en vain. Il décida alors de partir sans véritablement se résigner au pire. Pour lui, Dou pouvait tout bêtement avoir eu des problèmes en cours de route. Il le rappellerait sûrement dans la nuit ou le lendemain, se dit-il. Mais deux jours s’écoulèrent sans que Dou ne donne signe de vie. Aguissa fit alors le tour des commissariats pour être sûr, dans un premier temps, que son camarade n’avait pas été arrêté pour une infraction. La ronde fut infructueuse. Après une semaine de recherche, il dut admettre qu’il avait été dupé. Il porta plainte contre son voleur pour abus de confiance.

Bamako est un village…

Les recherches entreprises à l’époque n’avaient rien donné. Aguissa s’en remit à Dieu. La chance allait lui sourire le 1er mai dernier, le jour où se jouait la première demi-finale aller de la Ligue européenne des champions. Tous le grands amateurs du ballon rond s’étaient empressés de prendre place devant le petit écran. Ceux qui n’en possèdent pas avaient rejoint les devantures des étals ou des boutiques dont les propriétaires avaient bien voulu sortir leurs téléviseurs.
Aguissa venait d’achever les installations d’un de ses clients. Comme beaucoup de « footeux », il avait hâte de regagner la maison pour suivre le match en famille. Sa moto filait à toute allure quand le premier but fut inscrit. La clameur envahit la rue. Aguissa eut envie de voir le ralenti du but qui occasionnait tant de cris de joie. Il s’approcha d’une boutique devant laquelle un groupe de jeunes gens était massé. Il gara sa moto et se plaça derrière tout le monde pour ne gêner personne.
Quelques minutes plus tard, sur occasion chaude, certains spectateurs assis devant lui se dressèrent pour acclamer leur équipe. L’attention du plombier fut attirée par une personne qui ressemblait étrangement à Dou.
Aguissa prit tout son temps pour ne pas commettre d’erreur. Sur la pointe des pieds, il s’approcha de l’inconnu pour mieux le dévisager.

A un mètre de sa cible, il lança : « c’est pas Dou celui-là ?« .

Instinctivement, Dou répondit : « oui, c’est bien moi. Qui est-ce ?« .

Agissa n’en crut pas ses yeux encore moins ses oreilles. Il se rapprocha davantage de Dou et lui reposa la même question. La même réponse fusa. Aguissa ajouta : « Seules deux montagnes ne se rencontrent pas. Te voilà Dou entre mes mains. Tu ne pourras pas m’échapper« . Joignant le geste au verbe, Aguissa agrippa son voleur par le collet de la chemise et lui demanda de le suivre à la police. Sans aucune résistance, Dou lui emboîta le pas jusqu’au commissariat de police le plus proche.
Devant l’inspecteur Macky Sissoko, Dou avoua le vol dont on l’accusait et, dans la foulée, reconnut d’autres forfaits au dépens de plusieurs personnes qui sont venues déposer contre lui. Tous les plaignants sont des anciens camarades d’école ou des parents. Au total ce sont 23 motos qui ont été retrouvées après dénonciation des receleurs.

Au passage de notre équipe hier, Dou qui s’apprêtait à rejoindre la prison continuait encore d’égrener ses abus de confiance. Dans l’espoir peut-être de mettre à l’épreuve l’adage qui dit qu’une faute avouée est à moitié pardonnée. Mais il y a tant de fautes que l’addition des demi-pardon va l’expédier tout droit par le fond.

G. A. DICKO / Essor – 10 mai 2007