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Dans le Djitoumou profond, posséder aujourd’hui un boeuf, c’est
risquer sa peau, tant les voleurs sont déterminés à tout enlever.
Si bien qu’ils n’hésitent plus à ouvrir le feu sur l’intrépide
malchanceux qui se hasarderait sur leur chemin.

Sous d’autres cieux -dans le Far West américain ou dans l’ancienne
Arabie par exemple- on appelerait cela de la “razzia ”. Sauf
qu’ici, il ne s’agit ni de l’un, ni de l’autre, mais du Djitoumou.

Dans cette contrée située à une demi-heure de route de Bamako,
autant les éleveurs peulhs et bamanans ne savent plus à quel saint
se vouer, autant les paysans -mêmes ceux qui ne possèdent qu’un
seul boeuf de charrue- ne savent avec quoi ils cultiveront la
terre, l’hivernage prochain.

Et pour cause : les voleurs ont raflé presque tous les boeufs de
Djitoumou. Et rares sont ceux qui, jusque là, n’ont pas reçu la
visite de ces reconvertis en spécialistes du vol d’animaux, qui
ne sont pourtant autres que des gens originaires de la localité.

Si les uns certains, qui se croient “bénis des dieux du vol ”, se
contentent d’accrocher les cordes de leurs boeufs à la porte de
leurs chambres, d’autres, qui ne sont guère convaincus de
l’efficacité de cette méthode, préfèrent s’enfermer tous les soirs
dans leurs chambres à coucher, en compagnie…de leurs biens en
bétail. Comme cela, celui qui tenterait d’emporter leurs boeufs
devra d’abord marcher sur leur corps, sinon sur leur cadavre…

Mais tout a changé lorsqu’à la hantise qui taraudait les
villageois est venu s’ajouter une vraie terreur. Car, depuis qu’un
paysan a eu le culot de déjouer un de leurs coups -et pas le
moindre-, les voleurs, qui opéraient jusque là dans le noir, ont
désormais décidé d’agir… à visage découvert.

En effet, un beau matin, un paysan du nom de N’kô, retiré dans son
hameau situé aux confins des villages, est réveillé par de petits
grincements de sabot. Surpris, il décide alors de sortir la tête
par l’autre entrebâillement de la porte de sa petite case. _ Et que
voit-il ? Une dizaine de boeufs savamment et solidement
attachés et abandonnés.

Mais contrairement à ce qu’il pensait, ce troupeau n’était pas
abandonné. La réalité est que les voleurs, pris de court entre les
dernières ténébres de la nuit et les premières lueurs de l’aube,
n’ont eu d’autre choix que de cacher leurs butins et lever le
camp, en attendant la prochaine nuit.

Malheureusement pour eux, ils ont mal choisi leur lieu de cachette
qui s’est avérée se trouver sur le territoire de N’kô. Ce dernier,
qui était au courant de tous les razzias de boeufs dont les
villageois sont victimes, alerte aussitôt les autorités
communales.

Les boeufs saisis sont donc conduits à la mairie de
Ouélessébougou, où un communiqué radio-diffusé permettra
finalement aux propriétaires d’entrer en possession de leurs
biens.

Mais depuis ce jour, le nommé N’kô, qui est à la base de la
découverte des boeufs volés, est menacé de mort par les voleurs
dont le chef est même connu de tous. Aussi, le pauvre N’kô est
parti déposer une plainte contre le chef de gang qui, du coup est
averti qu’il serai tenu pour responsable de toute agression contre
la personne de N’ko.

Pourtant, malgré cette restitution de boeufs volés à leurs
propriétaires, la situation qui prévaut actuellement dans le
Djitoumou ne semble pas en passe de changer. Car, autant la vie du
nommé N’kô demeure toujours en danger, autant les voleurs
continuent de sévir impunément. Les autorités compétentes sont
donc interpellées.

Adama S. DIALLO

21 Février 2008.