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Plus d’un an après le vol de plus de 260 millions de francs sur un Malien résidant en Guinée de passage à Bamako, la justice est passée aux actes en arrêtant le principal suspect. Une affaire qui pourra éclabousser la Banque régionale de solidarité (BRS-Mali) dont un haut cadre est suspecté d’avoir blanchi l’argent volé.

En avril 2007, Ousmane Yara, un homme d’affaires malien vivant à Conakry en Guinée a séjourné pendant quelques jours à Bamako avec son épouse et un de ses amis un certain Mamadou Lah qui est en même temps son coursier. Il devait mettre son séjour à profit pour prospecter l’environnement économique national avant de poursuivre son chemin sur l’Europe. Il n’a jamais tiré profit de ce voyage dans son pays à cause du vol dans sa chambre d’hôtel de 400 000 euros en coupure de 500 euros soit plus de 260 millions de F CFA.

Dans sa plainte au commissariat du 3e arrondissement, Ousmane Yara accuse a priori son ami Mamadou Lah et un autre de ses amis de Bamako du nom d’Iba Koïta dit Ila. Ses soupçons sont fondés sur le fait que dans la nuit de dimanche 22 au lundi 23 avril, il a ouvert sa mallette remplie de devise et de F CFA en présence de ses deux individus pour remettre la somme de 100 000 à Ila Koïta en guise de cadeau à son père et 10 000 pour son prix de taxi. En plus, Ila et Mamadou Lah (ce dernier occupait une autre chambre de l’hôtel) ont été les dernières personnes à quitter sa chambre à une heure tardive de la nuit.

Les deux suspects y compris un taximan et un autre visiteur qui était venu voir Yara mais qui était resté dans le hall de l’hôtel ont été tous interpellés à l’époque par Papa Mambi Kéita de la brigade de recherche du 3e arrondissement. Ila et Lah ont été déférés au parquet de la Commune II non sans nier les faits de vol ou de complicité de vol dans leurs dépositions.

Les témoignages de l’épouse de Yara sont cependant accablants contre Ila Koïta. Mme Yara a avoué à son époux qu’elle a eu son sommeil perturbé par Ila qui s’était frauduleusement introduit dans leur chambre. Ces accusations réfutées par le suspect n°1 qui ne reconnaît être revenu à l’hôtel dans la même nuit que dans l’intention de pisser et de reprendre son talisman qu’il avait oublié dans la douche d’une autre chambre où il était rentré pour prendre un bain.

Argent sale

D’avril 2007 à septembre 2008, le juge d’instruction près le Tribunal de la Commune II en charge du dossier et qui vient d’être muté de son poste à la suite du Conseil supérieur de la magistrature tenu la semaine dernière s’est hâté lentement d’appréhender Ila pour ensuite le remettre en liberté provisoire.

C’est ce dossier sulfureux que vient d’ouvrir le procureur général près la Cour d’appel. Ila a été mis sous mandat de dépôt le 9 septembre 2008. Son arrestation a été dictée par le travail de filature que la brigade de recherche du 3e arrondissement continuait d’abattre à sa trousse. Ila, qui broyait du noir et qui ne subsistait que grâce aux actes de solidarité de ses amis et principalement de Yara, s’est subitement retrouvé multimillionnaire.

Cette fortune tombée du ciel lui a semble-t-il donné une folie dépensière. Il aurait fait venir certains de ses frères partis tenter leur chance en Europe et en Afrique centrale. Sa troisième épouse a eu droit à une voiture haut de gamme pour 16 millions de F CFA, des filles sont gratifiées de motos Jakarta. Le casino était devenu son passe-temps favori.

Ila qui a pris un bureau à l’ACI-2000 qu’il a mondainement équipé justifie l’origine de sa richesse par un prêt de 500 millions de F CFA auprès de la BRS Mali. Or, il se trouve que cette banque a son nom mouillé dans pas mal d’affaires d’argent sale. L’argent d’origine douteuse y est planquée et il sert généralement à son propriétaire d’avoir des prêts avec la complicité d’un de ses hauts cadres. Sinon comment ce genre de découvert qui doit être payé rubis sur ongle en l’espace de six mois tout au plus peut servir à son propriétaire pour faire le bon samaritain ? Il revient à la justice de faire son travail.


Abdrahamane Dicko

18 Septembre 2008