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Ils squattent les trottoirs et chaussées de la capitale au grand dam des usagers. Les agents chargés de la répression mènent des opérations en trompe-l’œil

Après l’accalmie apparente imposée par les opérations de déguerpissement initiées de concert par les autorités administrative et politiques de Bamako, les voies publiques de la capitale sont de nouveau colonisées par les vendeurs ambulants et autres commerçants. Sur les trottoirs et même les chaussées, ils exposent leurs marchandises. Certains installent même leurs kiosques, empêchant ainsi les usagers de circuler normalement.

Un tour suffit pour se rendre à l’évidence de cette réalité jugée alarmante. Le marché à condiments appelé «Wonida» ouvre sur le boulevard du Peuple. Cet axe est pour les habitants de la rive droite la voie d’accès la plus courte à l’hôpital Gabriel Touré, en passant par le Dabanani du Grand marché de Bamako. Il faut s’armer de courage et de patience pour l’emprunter. Vendeurs ambulants, à la sauvette, pratiquants de petits métiers ont colonisé les deux voies. Seuls les transports en commun Sotrama osent s’aventurer sur cette double voie.

D’autres voies publiques, rues ou servitudes sont dans la même situation, notamment le boulevard de l’Indépendance et l’Avenue Modibo Kéïta. Il n’est pas rare d’assister à des scènes de chasse ou de course-poursuite entre les éléments de la Direction urbaine du bon ordre et de la protection de l’environnement (Dubope), ex-Brigade urbaine pour la protection de l’environnement (Bupe) et les squatteurs.

Certains à l’image de Camara s’insurgent contre cette situation. Pour lui, la responsabilité est partagée et chacun doit s’assumer. « Vous avez beau dénoncer ce phénomène, tant que ceux qui doivent appliquer la loi ne le font pas, c’est peine perdue », dénonce-t-il, estimant que ces marchands ne mesurent pas les risques auxquels ils s’exposent en occupant les voies publiques. Bakary Coulibaly, un passant, préconise des mesures draconiennes. La solution, insiste-t-il, c’est de déguerpir tout le monde et prendre des mesures répressives pouvant les dissuader de se réinstaller.

Pourtant, les textes sont clairs en la matière. Les articles 1 et 6 de l’arrêté n° 014/M-DB du 9 août 2001 dont nous nous sommes procurés une copie, stipulent que l’occupation anarchique du domaine public dans les limites du District de Bamako est formellement interdite. « Tout contrevenant à ces dispositions s’expose aux contraventions et ou sanction notamment le paiement d’une amende de 3.000 Fcfa au moins et 18.000 Fcfa au plus, à la confiscation et la liquidation des matériels et matériaux saisis », explicite le texte.

CONTRAVENTION- Son application est réservée aux agents de la Dubope. Ceux-ci réalisent, conformément à la règlementation en vigueur, des opérations de confiscation et de saisie de marchandises et d’articles de personnes anarchiquement installées sur les voies publiques. «Après la confiscation de ta marchandise, tu négocies avec eux », confie Fatimata Diallo, vendeuse de friperie installée non loin de l’Assemblée nationale.
Plusieurs voies de circulation sont encombrées, rendant difficile la circulation routière

Ce qui fait dire à certains comme Mohamed Diarra, commerçant ambulant, que ces agents sont des prédateurs qui les rackettent et les dépouillent de leurs marchandises avant de se les partager au cas où ils refusent de glisser quelque chose sous la table. «Quant ils ramassent la marchandise, tu es obligé de payer une somme forfaitaire qu’ils appellent contravention. Lorsque tu refuses, ils amènent la marchandise à la mairie du District où tu devrais verser la contravention réelle», déplore le marchand.

Pour éviter ces tracasseries, les gens privilégient un arrangement à l’amiable, explique une vendeuse de chaussures. Pour elle, tout le monde n’a pas les moyens de louer un magasin au Grand marché ou au bord des voies publiques. Ce qui expliquerait, selon elle, cette «indiscipline et incivisme» des vendeurs et revendeurs ambulants qui prennent tous les risques auxquels ils s’exposent en occupant illégalement les voies de circulation afin de subvenir à leur besoin.

Le directeur adjoint, Seydou Ousmane Diallo, réfute les allégations de racket et de perceptions indues de contraventions dont on accuse ses agents. Toutes marchandises, matériels ou articles saisis sur les voies publiques sont déposés à la mairie du District et enregistrés, en attendant que les propriétaires se présentent pour les récupérer. En cas de non respect du délai de retrait par les propriétaires des marchandises, les produits périssables comme les légumes, fruits et autres sont envoyés au jardin zoologique pour servir de nourriture aux animaux.

Les marchandises non périssables (chaussures, habits et articles divers) sont distribuées aux pouponnières, se défend Seydou Ousmane Diallo.

Interrogé au niveau du Rail-da, un vendeur ambulant confirme que les agents de la mairie se font de plus en plus rares sur le terrain. Une absence que le directeur adjoint explique par le manque de moyen et de personnel. La réussite de cette mission nécessite des moyens matériels, une prise de conscience et un changement de comportement de la part de tous, rétorque le directeur adjoint.

« Pour toute la ville de Bamako, il n’y a qu’une camionnette obtenue dans le cadre d’un jumelage. Cette camionnette vétuste acquise depuis 15 ans, est sur la route tous les jours », regrette-t-il, ajoutant que sa structure dispose également de peu de moyens humains pour faire face au problème. Aussi, suggère-t-il, il faut revoir les textes régissant l’utilisation du domaine public. Car, pense l’administrateur, ils ne sont plus adaptés aux réalités du moment.

Anne-Marie KEÏTA

SOURCE : ESSOR