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Le Président de la République du Mali, Ibrahim Boubacar Kéita, au cours de sa visite à Paris a rencontré les Maliens de France, le 29 septembre. Beaucoup d’entre eux n’ont pas eu leur carte électorale lors de l’élection présidentielle et vivent cette situation (la non-rétention de cette carte) « comme une exclusion de la nationalité ». Ces Maliens de France attendent avec impatience la reprise du processus d’enrôlement et la correction de cette anomalie : confection et la remise de la carte NINA à chacun de ceux qui ont déjà sacrifié à cette formalité. Ils ont dit leur disponibilité « payer le prix fort pour bâtir notre pays », mais exigent de nos gouvernants autant de sollicitudes et de sacrifices dans leurs missions. Ils ont besoin d’assurance à travers « un nouveau contrat de confiance scellé avec l’Etat », de soutien au Maliens sans-papiers et plus de participation sur les grands sujets qui les concernent. Nous publions ici l’intégralité de cette adresse à IBK, lors de sa rencontre avec les Maliens de France le 29 septembre 2013. A lire !

Excellence Monsieur le Président de la République,

Mesdames, Messieurs les Ministres,

Monsieur le Consul général,

Mesdames, Messieurs les responsables d’associations maliennes en France,

Mesdames, Messieurs, chers compatriotes

Au nom de tous les maliens de France, nous voudrions tout d’abord remercier très sincèrement le Président de la République, Son Excellence Ibrahim Boubacar Keïta.

Monsieur le Président, cette rencontre, qui se tient moins d’un mois après votre investiture à la magistrature suprême est la preuve, s’il en est besoin, de votre haute considération pour notre communauté malienne de France.
Votre disponibilité pour écouter et comprendre notre engagement pour le Mali, mais aussi pour recueillir nos attentes, nous satisfait et renforce nos espoirs pour le rayonnement futur du Mali. A ce moment précis nos pensées vont vers nos compatriotes de Tombouctou, où la horde barbare et criminelle continue sa basse besogne de sabordage des efforts des maliens et de la communauté internationale. L’attentat d’hier dans un camp militaire n’altèrera nullement notre détermination.

Conscients des défis énormes à relever pour notre vieux pays, nous voudrions profiter de cette rencontre d’échanges pour vous assurer de notre entière disponibilité à œuvrer pour un avenir radieux de notre Mali.
A cet effet, nous disposons d’un large éventail d’organisations à vocations diverses, notamment des associations de : doyens, femmes, jeunes, sportifs, presse et communication, culturelles, diplômés, étudiants, délégués de foyers, développement communautaire, entrepreneurs, élus d’origine malienne, défense des droits, libertés et paix.

Depuis janvier 2012, toutes ces associations ont mis en synergie leurs efforts pour gagner la paix et le respect de la Constitution de février 1992.
Tout au long de la crise profonde que nous venons de traverser, les Maliens de France n’ont jamais désespéré de la victoire sur les forces d’inertie qui concouraient à entraîner notre pays dans le gouffre. En effet, depuis le déclenchement du conflit armé suivi du coup d’Etat, ils ont démontré leur pugnacité, et leur détermination à se battre pour la sauvegarde de la République, de la Nation indivisible.

Cette épreuve difficile nous a valu beaucoup d’imaginations et de créativités pour mobiliser la communauté française et internationale au chevet du Mali. L’aide de nos amis africains et français a été précieuse et déterminante. Nous sommes reconnaissants envers tous ceux qui nous ont soutenus, accompagnés durant cette crise ; qu’ils en soient remerciés très sincèrement ! Encore une fois : Merci à la France et à son Président, François Hollande !

Monsieur le Président,

Une étape difficile s’amorce avec la sortie de crise, d’autant plus que les défis à relever sont nombreux et déterminants pour l’avenir du Mali. Nous avons l’obligation de réussir pour mériter la confiance du Peuple malien et celle de la communauté internationale encore présente à nos côtés.
Nous, Maliens de France, en sommes conscients ; nous savons que nous devons jouer notre partition en assumant notre devoir citoyen. Nous comprenons aisément que tout n’est pas possible, tout de suite. Toutefois, Nous sommes prêts à payer le prix fort pour bâtir notre pays. Aussi, nous exigeons de nos gouvernants autant de sollicitudes et de sacrifices dans leurs missions. D’autant plus que, les Maliens de France ont besoin de l’Etat pour les rassurer, pour leur montrer le chemin, pour cadrer leur contribution à l’action de l’Etat. Car, en ce 21ème siècle, la gouvernance se fonde, aussi et davantage, sur l’exemplarité, la probité et la concertation. Nous ne saurions garantir un engagement sans faille et une participation durable à la construction de la Nation que sur la base d’un nouveau contrat de confiance scellé avec l’Etat, ainsi la prise en compte de certaines de nos préoccupations.

A cet égard, les Maliens de France attendent avec impatience la reprise du processus d’enrôlement et surtout la confection et la remise de la carte NINA à chacun de ceux qui ont déjà sacrifié à cette formalité. Car, beaucoup vivent la non-rétention de cette carte comme une exclusion de la nationalité. Nous pensons qu’il faudrait corriger cette anomalie pour satisfaire notre sentiment d’appartenance à la Nation malienne.
Nos services diplomatiques et consulaires devraient s’inscrire dans cette nouvelle dynamique du Mali sorti de crise, en améliorant encore plus leurs services rendus aux usagers et dans un cadre d’accueil et de respect mutuel. En effet, il persiste beaucoup d’incompréhensions entre notre administration diplomatique-consulaire et nos compatriotes. Malgré des efforts consentis aussi bien par les services consulaires et que par les usagers, il est indéniable qu’il y a un malaise certain, auquel il faut remédier rapidement. Des mesures urgentes doivent être prises afin d’améliorer la qualité des services et des relations entre les maliens de France et leur Ambassade et Consulat, gage d’une confiance renouvelée.

Monsieur le Président,

A la faveur de la reprise de la coopération internationale, beaucoup d’associations s’apprêtent à démarrer des projets d’infrastructures divers en partenariat avec des Collectivités maliennes.
De même plusieurs projets de création d’entreprises pourraient voir le jour dans notre pays où tout est à faire. Pour cela les Maliens de France militent pour la création d’un cadre d’investissement assaini et plus juste. Nous comptons beaucoup sur l’accompagnement de l’Etat malien pour la réussite de tous ces projets.

Au vu de la situation actuelle du pays, les Maliens de France souhaitent être impliqués davantage dans la gestion des affaires publiques à travers des mandats électifs et aussi des postes de responsabilité dans l’administration à tous les niveaux. Nous disposons d’un vivier important de ressources humaines compétentes et de qualité : des jeunes comme des adultes prêts à servir le Mali. Ils méritent qu’on leur fasse confiance, d’autant plus que le pays a besoin d’eux.
Nous souhaitons vivement que le gouvernement du Mali plaide la cause des maliens sans-papiers auprès de son homologue français en vue d’une régularisation de leur situation administrative.

Pour terminer, le maître mot de notre participation des maliens de France à l’action du gouvernement, reste la consultation et la concertation sur les grands sujets qui nous concernent ; et nous vous assurons que nous avons des idées sur beaucoup de problèmes qui nous concernent.

Monsieur le Président,

Vous commandez aux destinées d’un pays dont les citoyens sont prêts à assumer leur part des responsabilités, pour que le Mali se relève et brille au firmament des grandes Nations dans le monde. Si vous commencez le travail, il est certain que le temps nécessaire pour le redressement du pays sera un allié ; et nous bâtirons ensemble et patiemment ce beau pays que nous aimons tant !

Notre engagement vous soutient, nos prières vous accompagnent.
Je vous remercie.

Paris, le 29 septembre 2013.

Le Républicain du 2 Octobre 2013