Partager

Dr Hamed Sow contraint de démissionner une semaine avant

A une semaine de la visite à Bamako de Louis Michel, Commissaire européen au développement et à l’aide humanitaire attendu le lundi 6 octobre, Dr Hamed Sow a été contraint à la démission par le Président ATT.

Pourtant, aucune preuve n’est venue étayer à ce jour les insinuations de l’Office de répression de la fraude (OLAF) sur un supposé «conflit d’intérêts» dont le désormais ex-ministre de l’Energie, des mines et de l’eau se serait rendu coupable du temps où il était Directeur général du Centre de développement des entreprises (CDE) à Bruxelles. Il est vrai que le combat entre le pot de fer (l’Europe) et le pot de terre (l’Afrique) a toujours été inégal.

Le compagnonnage entre le docteur d’Etat en économie et diplômé de physique nucléaire, Hamed Sow et le président ATT, n’aura donc duré qu’une année, peu s’en faut.

L’oiseau rare, qui a abandonné son poste très juteux de Directeur Général du Centre de développement des entreprises (CDE) à Bruxelles, en juin 2007, contre la promesse de devenir Premier ministre au pays natal, a été contraint à la démission, le lundi 29 septembre 2008.

Le motif de ce départ forcé n’est que trop connu : le contentieux qui l’oppose à l’Office de répression de la fraude (OLAF) lancé à ses trousses par un ressortissant britannique, Terry Batterby, qu’il avait renvoyé de son poste de chef du département informatique du CDE pour «incompétence avérée».

A en croire Hamed Sow, le rapport rédigé à l’issue d’enquêtes menées au Sénégal et au Mali entre octobre 2007 – le mois même où il est entré au gouvernement formé par Modibo Sidibé – et février 2008 et qui aurait coûté la bagatelle d’un million d’euros (656 millions de FCFA) ne contient rien de compromettant à son endroit.

A peine suggère t-il qu’il se serait rendu coupable d’un «conflit d’intérêts» en ce sens qu’il aurait profité de ses fonctions de Directeur Général du CDE pour faire bénéficier FITNA-SA de subsides importants. Non seulement Hamed Sow rejette ce grief, mais convaincu qu’il est attaqué à tort et soucieux d’en faire la démonstration, il a demandé à plusieurs reprises, par le biais de ses conseils dont Me Mamadou Konaté du barreau de Bamako, que le rapport d’enquête soit intégralement publié par voie de presse et sur internet.

Il n’obtiendra jamais gain de cause, ses adversaires s’abritant derrière ‘’une confidentialité’’ qu’eux mêmes violeront par la suite en rédigeant une synthèse dudit rapport, largement diffusée et dont une copie sera remise au président ATT.

En plus de ce que l’OLAF et la Commission de l’UE ont violé leur propre règle, c’est un lieu commun qu’on peut faire dire à une synthèse ce que l’on veut.

ATT, qui a compris le manège grotesque, a su garder la tête froide et maintenir son ministre aussi longtemps qu’il a pu. Mais on ne le sait que trop, le combat entre le pot de fer et le pot de terre est impossible.

Comme la plupart des Etats africains, le Mali a choisi de compter d’abord sur l’Europe et non sur lui-même pour son propre développement (on est bien loin de la première République modiboïste).

Cet état de fait a ceci de fâcheux que l’Europe obtient facilement tout ce qu’elle veut du Mali. Ce que Bruxelles veut, Dieu le veut. Et puisque Bruxelles voulait la tête de Hamed Sow, ATT a fini par la lui donner. Que vaut un Malien seul face à l’intérêt de 14 autres millions ?

Ce n’est sûrement pas un hasard si la décapitation de Hamed Sow a lieu une semaine, jour pour jour, avant l’arrivée à Bamako de Louis Michel, le Commissaire européen au Développement et à l’Aide Humanitaire. Celui-ci est attendu, en effet, le lundi 6 octobre.

Reste à savoir maintenant que va devenir Hamed Sow qui, en plus d’avoir été un bon ministre, s’est imposé, ces derniers temps, comme le principal animateur du PDES cher au président ATT. Sera-t-il relégué aux oubliettes de l’histoire ou va-t-il resurgir lorsque «les informations complémentaires», demandées par la Commission de l’UE aux justices belge et française, auront révélé leurs secrets ?
Seul le temps, qui est toujours le meilleur juge, nous édifiera.

Chahana TAKIOU

02 Octobre 2008