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Issa a été pris en flagrant délit de tentative de viol d’une femme mariée. L’homme n’en était pas à son coup d’essai. Le crime de viol est-il en train de prendre le pas sur les autres ? Personne ne le souhaite, mais il faut le craindre. La dernière semaine du mois d’avril a été riche en événements malheureux de ce genre.

jpg_images-9.jpgEt de mardi dernier à aujourd’hui, les lecteurs de cette rubrique n’ont eu à se mettre sous la dent que des affaires peu pudiques. En début de semaine déjà nous leur rapportions l’histoire de S.T. dont un resquilleur a abusé pendant qu’elle dormait. Hier c’était la triste odyssée de la demoiselle, B.T. sur laquelle une bande de 13 malfaiteurs avait jeté son dévolu.


Aujourd’hui
aussi c’est la mésaventure d’une autre dame qui est proposée à votre réflexion. Comme nous l’écrivions dans notre parution du mardi, à cause de la canicule actuelle, les chambres sont désertées par nombre de leurs occupants.

Les gens passent une grande partie de la nuit dans les cours ou sur les terrasses à l’étage. Les jeunes, eux, organisent des parties de thé qui ne prennent fin que lorsque la brise matinale commence à leur bercer les paupières.


Dans les quartiers populaires ou périphériques,
les malfrats exploitent la saison à leur profit. Ils sillonnent les rues à la recherche d’une porte ouverte, d’un engin moins sécurisé, d’une fille ou d’une femme solitaire.
Le sinistre Issa Traoré en est un.

L’homme est bien connu dans les différents commissariats de la place. A maintes reprises, il a été arrêté et déféré devant les tribunaux pour des actes criminels et délictueux. Mais chaque fois, il parvient à se faufiler entre les mailles de la justice. Son dernier renvoi devant le parquet de la commune VI date de moins d’un trimestre.

A l’époque, les éléments du commissariat du 10e arrondissement l’avaient conduit devant le procureur pour tentative de viol. Mais quelques jours plus tard, libéré, il se donna le plaisir de rechercher sa victime pour lui lancer à la face qu’elle perdait son temps. Il assura qu’il ne fera jamais une semaine en prison.

La pauvre fille était allée informer les policiers. Mais les agents sont impuissants devant une décision de la justice dont ils ne sont que des auxiliaires. Ils répondirent à la plaignante qu’elle pouvait faire une autre plainte et la déposer au niveau du parquet. Très déçue, la jeune fille quitta le commissariat en larmes et ne revint plus jamais.

Le potentiel violeur disparut de la circulation pendant un bon moment. Il ne réapparut que dans la nuit du 29 au 30 avril dernier. Cette nuit, Lala, une femme du quartier de Kalabancoura, sommeillait sous sa moustiquaire et son mari était couché sur un petit lit dans la cour. Le malfrat Issa Traoré qui n’avait pas fermé l’œil toute la soirée et qui rodait dans les parages, s’aventura près de la maison du couple.

Comme le mur de clôture était bas, le hibou s’approcha et observa de loin. Il constata à travers la moustiquaire transparente que la femme était dans les bras de Morphée. Son pagne avait glissé au cours de son sommeil sur une grande partie de son corps, la laissant presque nue.

Il constata que le lit du mari était inoccupé. Le chef de famille, réveillé par un besoin naturel, se trouvait à la toilette. Le malfaiteur enjamba le mur sans hésiter et piqua droit sur la dame. Il s’introduisit sous la moustiquaire. La nuit commençait à devenir douce et Lala était ivre morte de sommeil.


Roué de coups

Une fois à l’intérieur du frêle abri, les mouvements brusques de l’obsédé sexuel réveillèrent la dame. La bonne épouse regarda bien l’homme qui venait d’interrompre son sommeil pour s’assurer que c’était bien son mari. Très vite, elle réalisa qu’il s’agissait d’un intrus. Pour éviter une agression, elle rassembla toutes ses forces et bondit hors de la moustiquaire en laissant ses habits derrière elle. Elle cria si fort que son mari dans les toilettes n’eut pas le temps de prendre toutes les précautions.

Il sortit presque sans habit pour voler au secours de son épouse. Surpris par la vélocité de la femme malgré son poids respectable et l’apparition du mari, le violeur abandonna tout et tenta de repartir par là où il était entré.
Mais c’était trop tard. Le mari l’agrippa au moment où il voulait escalader le mur. L’époux furieux le ramena dans la cour en le terrassant lourdement.

Les voisins, qui avaient entendu le cri de la dame, accoururent avec des gourdins, des pilons et même des coupe-coupe pour faire la peau de l’intrus.
Tout le monde se mit à le battre jusqu’à ce que le malfrat ne bougeait plus. Il fut ensuite ligoté comme un saucisson et gardé dans un coin de la cour, en attendant l’arrivée des policiers alertés par le chef de famille.

A l’arrivée des éléments de permanence du commissariat de Niamakoro, Issa était en train de supplier les uns et les autres de le libérer. Il jurait sur la tête de ses ancêtres qu’il n’était pas venu pour voler. Mais à la vue du corps de la dame, il fut tenté de la toucher.

Les policiers l’embarquèrent dans leur fourgonnette pour le conduire au commissariat. Sur place, il répéta les mêmes propos. Son intention n’était pas de voler, ni de faire du mal à la femme. Mais il voulait juste la toucher et admirer son corps.

Lorsque les éléments de la brigade de recherche et de renseignements du commissaire divisionnaire Sékou Maïga lui rappelèrent ses « exploits » antérieurs, le jeune homme se mit à rire de façon narquoise. Il ajouta en persiflant que s’il s’est spécialisé dans les viols, c’est pour donner une leçon aux jeunes filles qui s’habillent de façon impudique et aux femmes qui profitent de la chaleur pour exhiber leur corps le soir. Issa reconnut qu’il avait violé au moins une dizaine de jeunes filles et même des femmes mariées.

L’obsédé sexuel expliqua son modus operandi pour attaquer les femmes. Il traîne dans les environs des hôtels où des femmes généralement mariées donnent rendez-vous à leurs copains. Il attend que la volage épouse et son amoureux finissent de se voir dans une chambre.

Il apparaît au moment où la femme s’apprête à prendre sa voiture ou un taxi. Il s’approche d’elle et lui murmure à l’oreille qu’il connaît bien son mari et qu’il était prêt à tout raconter à son conjoint. Celle-ci s’affole et propose d’acheter le silence d’Issa.

Lorsqu’il a besoin d’argent, il monnaye très cher son silence. Mais lorsque la femme lui plaît, il lui propose une passe en contrepartie de sa discrétion. C’est ainsi, selon le maître chanteur, que beaucoup de grandes dames de la capitale ont été contraintes de lui payer de l’argent, des habits ou tout simplement d’entretenir des rapports intimes avec lui.

Les policiers ont recueilli l’audition d’Issa. Il sera envoyé une énième fois devant le parquet. Même s’il parvenait à s’en sortir rapidement, il gardera pendant longtemps le souvenir de cette nuit au cours de laquelle il a été roué de coups. Il gardera toute sa vie des traces de la bastonnade collective.

G. A. DICKO

Essor du 07 Mai 2009