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Gagnoa, Bongouanou, Divo, Fakobli, Abidjan, Dabou, et on en oublie. En effet, plus on s’approche de la date du scrutin du 31 octobre prochain en Côte d’Ivoire, plus les foyers de tensions se multiplient, avec malheureusement des pertes en vies humaines et des destructions de biens publics et privés. Dans la dernière ville citée où les manifestations de début de semaine ont occasionné plus d’une demi-douzaine de morts et une dizaine de blessés, les autorités locales font état d’une milice lourdement armée qui serait intervenue dans une banale confrontation politique entre partisans du pouvoir et de l’opposition, qui a viré, on ne sait trop par quelle magie, au conflit communautaire.  Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à quelques jours de la présidentielle de la semaine prochaine, les tensions vont crescendo au pays d’Houphouët Boigny où la candidature d’Alassane Dramane Ouattara (ADO) à un troisième mandat, continue de crisper l’atmosphère sociopolitique entre ses partisans et ses adversaires réunis au sein de l’opposition.

Plus la date du scrutin s’approchera, plus les tensions se raviveront et se multiplieront

Celle-ci, menée, entre autres, par l’ex-président Henri Konan Bédié du PDCI et Pascal Affi Nguessan du FPI,  essaie, tant bien que mal, de faire front commun dans ses exigences qui vont du retrait de la candidature contestée d’ADO, à la refonte et à la recomposition de la CEI (Commission électorale indépendante) et du Conseil constitutionnel, en passant par l’audit du fichier électoral et la reconsidération des candidatures de l’ex-président Laurent Gbagbo et de l’ex-chef du parlement, Guillaume Soro, invalidées pour les raisons que l’on sait. Mais dans cette campagne électorale mouvementée, où le mot d’ordre de désobéissance civile lancé par les ténors de l’opposition se traduit désormais en termes de boycott actif, la caravane du RHDP (Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix) qui porte la candidature du président sortant, Alassane Ouattara, se veut un rouleau compresseur écrasant les « aboiements » d’adversaires en manque d’arguments, avec, en tête,  pour seul objectif, la tenue du scrutin à bonne date, pour entériner une victoire qui lui tend déjà les bras. Pendant ce temps, se fondant sur on ne sait trop quoi, l’opposition qui peine véritablement à traduire en actes forts son mot d’ordre de désobéissance civile pour gripper le processus électoral, continue de soutenir qu’il n’y aura pas d’élection le 31 octobre prochain en Côte d’Ivoire. Certains de ses leaders comme Pascal Affi Nguessan, en appelant même à l’ouverture d’une transition après le 31 octobre prochain. Autant de faits qui amènent finalement à se demander où va la Côte d’Ivoire, avec une telle météo politique qui n’augure rien de bon. Car, il n’est un secret pour personne que ce regain de tensions tous azimuts, n’est pas étranger à la grave crise préélectorale que traverse le pays depuis la validation de la candidature contestée de l’enfant de Kong par le Conseil constitutionnel, doublée de l’invalidation de celles de ses plus emblématiques opposants que sont le Christ de Mama et le député de Ferkéssédougou. Et pour ne rien arranger, tout porte malheureusement à croire que plus la date du scrutin s’approchera, plus les tensions se raviveront et se multiplieront  à travers le pays.

A l’orée de cette dernière semaine de campagne, on ne peut qu’en appeler à la responsabilité des acteurs politiques

Déjà, certaines sources avancent le chiffre d’une cinquantaine de morts depuis le début de la contestation. Et l’on ne voit pas comment on pourrait en éviter d’autres si la situation continue de se dégrader de la sorte, avec des protagonistes visiblement prêts à en découdre par tous les moyens. Dans ces conditions, comment sauver encore la Côte d’Ivoire? Bien malin qui saurait répondre à cette question. D’autant plus que l’on ne sait pas jusqu’où et jusqu’à quand les forces de l’ordre pourront tenir en main la situation en évitant de verser dans la répression aveugle, pour ne pas jeter de l’huile sur le feu. L’autre motif d’inquiétude est l’instrumentalisation des électeurs en faisant glisser le débat politique sur le terrain nauséeux de l’appartenance communautaire d’une part, et, d’autre part,  la situation des milices armées qui semblent s’inviter au débat comme ce fut le cas à Dabou, sans que l’on ne sache trop pour qui du pouvoir et de l’opposition, elles roulent. Mais, rien qu’à se souvenir des conséquences de la rébellion des années 2000, l’on frémit à l’idée qu’il puisse y avoir encore en Eburnie, des individus armés organisés en bandes, qui échappent au contrôle de l’Etat. La Côte d’Ivoire n’a pas besoin de ça ! C’est pourquoi, à l’orée de cette dernière semaine de campagne qui est la dernière ligne droite vers cette élection qui n’a pas fini de faire couler encre, salive, sang et larmes sur les bords de la lagune Ebrié, on ne peut qu’en appeler à la responsabilité des acteurs politiques pour éviter d’ouvrir les portes de l’enfer au peuple ivoirien qui ne demande qu’à vivre en paix. En tout état de cause, en cas de dérapage, c’est la responsabilité de la classe politique ivoirienne dans son ensemble qui sera engagée. Mais encore plus celle du chef de l’Etat, Alassane Ouattara, qui aura manqué de sortir de l’histoire par la grande porte, en briguant le mandat de trop ; celui-là qui restera sans doute comme l’une des tâches noires de son règne.

 « Le Pays »