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Sur ces visages angéliques, on décèle une grande souffrance. Elles sont nombreuses ces petites filles à couver leur douleurs en silence. Vendeuses ou «machines humaines à laver » ; exploitées précocement, elles passent inaperçues dans ce monde d’adultes, ploient sous les tâches qui dépassent leur réelle compétence, en tout cas au dessus de leur âge. Rémunérées ou non ces petites aides ménagères dont il est question font objet de cette forme de violence qui détruisent leur vie dans un silence coupable général.

jpg_une-1095.jpgDe ces cas de violation des droits de la petite fille qui nous interpelle !
A peine 13 ans, Awa Diarra, employée comme aide chez un couple de quatre enfants dont le dernier à 3mois, raconte. «Je suis arrivée avec mes sœurs de Djenné, une ville située au nord du Mali. Nous avons une grande sœur qui vit à Bamako avec son mari, chauffeur de Sotrama. Lorsque nous sommes arrivées chez la grande sœur à Bamako et après deux semaines, elle nous «plaçait» chez des gens comme ‘Bonne’, avec comme fonction principale la garde des enfants.

Djénéba, est la plus âgée a 14 ans et moi 13. A en croire Awa, notre interlocutrice, s’occuper des enfants ne dépasse pas leur force. Au village, nous nous occupons de nos frères pendant que Maman est entrain de préparer, affirme-t-elle. Seulement à Bamako, placée comme Bonne devant s’occuper des enfants, ne se raconte pas. Mais Awa y tente. «Je fais plus que m’occuper du bébé de ma patronne. Elle me réveille très tôt le matin dès que son mari revient de la mosquée, je dois aider l’autre bonne à faire la bouillie de mil. Et cette dernière m’oblige à faire son travail quand la patronne est absente». Djénéba, la sœur à Awa, voit sa fonction de Bonne de garde d’enfant s’étendre à tout boulot de la famille, à l’ordre de sa patronne, une grande dame de la place qui a trois enfants dans une grande cour. Aussi affirme- t- elle.

« Moi, je suis employée chez une grande dame de la place, elle vit avec ses 3 garçons dans une grande cours. Je devais m’occuper du bébé de sa petite sœur qui vit avec elle. Mais moi aussi je fais plus que mon travail, je ne me réveille pas tôt comme ma patronne ne travaille pas. Je me lève avec elle, je balaie la cours, essuie les meubles et la maison. C’est aussi moi qui pars au marché, ma patronne m’apprend à faire la cuisine. Et lorsque Tonton vient je lui réchauffe le repas et le sert à manger».

Violentées, quand elles osent broncher !

Awa et Djénéba ont chacune leur souffre douleur dans leur fonction. Si Awa exécute les tâches de la seconde bonne de la famille à l’absence de la patronne. Djénéba est obligée de supporter les caprices de Papi, un des fils de Tanti, sa patronne. Elle raconte. «Ce qui me fait mal, c’est le comportement de Papi, un des fils de Tanti, il m’embête très souvent et lorsque l’on se bat Tanti me gronde, elle m’a même une fois battue. Papi est méchant, il prend les fruits et le lait de Tanti dans le frigo, et quand Tanti demande qui l’a pris, il m’accuse et c’est toujours lui que Tanti croit. Une fois je me suis révoltée, je voulais laisser le travail. Mais je me rappellerai toujours de cela car lorsque la patronne est allée le raconter à notre grande sœur. Celle là m’a frappée avec des fils de courant (la petite Djénéba en garde encore des trace sur son dos). Depuis je ne me suis plus rebellée, je pense très souvent à ma mère au village, elle me manque beaucoup ».

La bravoure de Djénéba aura été stoppée par la sortie violente de sa grande sœur, celle normalement qui doit la défendre. Elle n’a que ses yeux pour pleurer, elle souffre dans un silence qui n’a pas de nom. Awa n’a même pas le courage de protester. L’exemple de sa sœur Djénéba n’incite pas à la révolte. Et dire que le cas de Djénéba et d’Awa n’est pas isolé. Elles viennent comme cela des petites filles de nos campagnes pour Bamako. Elles travaillent au dessus de leur compétence et ne bénéficient d’aucun traitement humain. Mais elles n’osent pas en parler. Perdre le boulot dans ce cas constitue la meilleure récompense. Sinon, elles sont accusées de vols, remerciées sans salaire. Une violence insidieuse faite aux petites filles au vu de tous. Une violence dans un silence qui détruit leur personnalité, les transformant en femme soumise. L’épanouissement de la petite à de beaux jours devant lui.

Pauvreté des parents et non scolarisation comme motifs !

Si, le dur à comprendre réside dans la motivation de la présence des petites filles à Bamako. Elles acceptent cette souffrance pour venir en aide à leurs parents, pauvres, restés au village, tout en comptant sur l’envoi des enfants, celles là même qui gagnent à peine trois mille francs par mois. Awa et Djénéba n’ont pas été à école et les parents leur ont demandé de venir en ville pour «avoir quelque chose». Ma sœur, kadia a été mariée, quand elle a eu son examen de 6e année », témoigne Djénéba.

Le cynique constitue la motivation des patronnes de Bamako, à employer les petites. Aminata, une de ces patronnes explique. «Je préfère les petites filles au plus 16 à 17 ans car elles au moins elles obéissent. Nous les rendons du reste services. Au moins elle peut manger à sa faim, ce n’est pas comme au village où elle serait obligée à toujours manger du Tô et à aller au champ, à 14ans, elle sera mariée à un vieux et va faire des marmailles d’enfants. Non nous les Bamakoises, nous les apprenons à faire de la bonne cuisine et nous les éduquons à la vie. Et si les propres parents les laissent venir, je n’ai rien à me reprocher ». Aminata, assise dans son salon de coiffure, est employeuse de deux petites « Bonnes » de 15ans et 13 ans.

Selon une étude des Nations Unies, il y a quelques 75 millions de filles qui ne sont pas à l’école. Ceci à cause de la pauvreté sur notre continent, une étude menée en 2009 par l’Unicef et du Ministère malien de l’Économie et des Finances démontre que plus de 4,3 millions d’enfants de moins de 15 ans ont une privation sévère. Rappelons que le code du travail interdit le travail des enfants de moins de 14 ans. Cependant, le Décret no 96-178 du 14 juin 1996 interdit le travail avant l’âge de 12 ans et autorise le travail des enfants entre 12 et 14 ans, à condition toutefois qu’il s’agisse d’un «travail léger», c’est-à-dire 2 heures par jour pour les enfants scolarisés, 4,5 heures pour les enfants non scolarisés, source ( BIT).

Et pourtant, elles souffrent dans un silence !

Malheureusement, la réalité nous prouve, qu’il s’agit plus de discours politique que de réalité. De nombreuses jeunes filles viennent de la zone rurale, âgées entre 11 à 15 ans, elles sont placées comme aide-ménagères dans des foyers dans la capitale. La fin du calvaire pour de ces enfants, trop tôt sevrée d’une affection maternelle nécessaire pour leur évolution psychologique et physique, n’est pas pour demain. Le code du travail interdit l’emploi des enfants de moins de 18 ans à des travaux excédant leurs forces, présentant des causes de danger, ou qui par la nature et par les conditions dans lesquelles ils sont effectués sont susceptibles de blesser. Alors que dire du cas de ces aides à peine âgées de 11 à 15ans qui puissent de l’eau aux puits trop profonds et non protégés dans les foyers où elles sont employées en longueurs de journée. Les larmes sont le quotidien de ces petites filles qui vivent le même calvaire que la petite Awa Diarra.

Actuellement, elles sont nombreuses, ces petites filles à souffrir le martyre au nord de notre pays, elles subissent des sévices sexuellement et autres brimades. Dans le quartier ACI200 de la commune IV, erre depuis quelques jours cette jeune fille âgée entre 15 à 17 ans, dans sa robe rouge, pied nue. Elle a des traits Songhaï et son bambara a l’accent de ceux du nord, elle sillonne le quartier et répond aux questions, qu’elle cherche sa maison. Chacun la renvoie, par peur d’endosser sa charge. Sur son passage, on s’imagine le film de sa vie, a-t-elle été traumatisée par les groupes rebelles, a-t-elle été victime de viol ou autre violence ?

Le Projet du Plan «Parce que je suis une fille», un planche de salut !

On le sait la souffrance faite aux petites filles mobilise la communauté internationale et les partenaires au développement entièrement dédiés à la cause de la petite fille. Parmi ceux, le Plan International qui vient de lancer une initiative novatrice, dénommée «Parce que je suis une fille ». Une campagne de Plan de lutte contre l’inégalité des sexes, la promotion des droits des filles et pour aider des millions de filles à sortir de la pauvreté.

On rappelle que depuis 2007, Plan produit un rapport global annuel sur la situation des filles dans le monde avec un thème différent chaque année. Et cette année Plan a réalisé une recherche approfondie sur le progrès et les obstacles à l’éducation des filles en Afrique. Ce explique le projet. Enfin, fondée il y a 75 ans, Plan est l’une des plus anciennes et importantes organisation au monde centrée sur l’enfant et opérant dans 68 pays à travers le monde, il travaille avec 58000 communautés et a atteint plus de 56 millions d’enfants. Par ailleurs les politiques nationales ainsi que de nombreuses autres structures comme l’Unicef, l’Unesco, le parlement des enfants, ont tous fournis des efforts pour améliorer le sort des enfants et singulièrement celui de la petite fille avec la lutte contre la pratique contre l’excision, l’exploitation sexuelle des enfants et les pires formes du travail des enfants.

Seulement d’énormes efforts restent à faire pour permettre à toutes les enfants de jouir pleinement de leur droit. Il est essentiel que leur avenir ne soit pas hypothéqué par l’égoïsme des adultes.

Khadydiatou Sanogo

Le 15 Octobre 2012, 8: 20′


Madame Kéïta Mariam Coulibaly, responsable genre à Plan-Mali : «Les aides ménagères subissent une exploitation commerciale»

La coordinatrice de la Campagne «Parce que je suis une filles», s’exprime dans un entretien qu’elle nous a accordé.

Madame Kéïta, qu’est ce que c’est qu’une exploitation des enfants ?

Kéïta Mariam Coulibaly : L’exploitation d’un enfant est l’utilisation de l’enfant au travail ou dans des activités auxquelles d’autres personnes tirent profit. Elle inclut le travail et la prostitution enfantine.

Quelle est la situation des petites aides ménagères dans nos sociétés ?

Les aides ménagères constituent une couche exploitée au regard de leur âge et du travail de «bonne» qu’elles font. Elles subissent une exploitation commerciale. Les conséquences sur elles sont très graves et vont des viols, aux grossesses non désirées. Le corolaire est qu’elles sont souvent abandonnées avec des enfants de pères inconnus.

En quoi la Campagne « Parce que je suis une fille », initiée par Plan-Mali, peut servir ces petites filles dites « Bonnes » ?

Dans le cadre de cette campagne, nous sommes en train de développer des projets qui devront leurs permettre d’accéder à l’école et de travailler à leur propre promotion. Un vaste programme de sensibilisation est envisagé en vue d’assurer une éducation de qualité pour toutes les catégories de filles.

Quel appel avez-vous à l’endroit de la population ?

Tout le monde doit se mobiliser en faveur de l’éducation des filles car le meilleur accompagnement d’une fille se trouve dans sa scolarisation.

Propos recueillis par Khadydiatou Sanogo