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Il y a bientôt deux ans que Siriki Paré dit vieux Paré prenait les rennes du studio d’enregistrement musicale Kayira, du réseau de communication Kayira. Depuis deux ans, il est devenu difficile de dénombrer les artistes maliens, célèbres et moins célèbres, qui ont sollicité les services de ce génie de la programmation musicale assistée par ordinateur.

Dans le domaine de la programmation musicale assistée par ordinateur, Vieux Paré, chanteur, guitariste et arrangeur, est de la catégorie de ceux qu’on désigne sous le vocable de «self made man». En dehors de toute structure de formation formelle, il a appris ce métier dans lequel il excelle aujourd’hui, sur le tas.

Rien ne le destinait à flirter avec le clavier d’un ordinateur. Malgré qu’il soit aujourd’hui maître de la programmation musicale assistée par ordinateur, Vieux Paré, en plus d’être chanteur, est un multi instrumentistes rares sur la place malienne.

Il joue la guitare solo, la guitare basse, le piano et la batterie acoustique. Sûrement, c’est cette qualité qui l’a conduit à se mettre au service des autres artistes en les épaulant dans la réalisation de leurs œuvres qui ne manquent pas d’impressionner les mélomanes maliens.

Celui dont le travail est aujourd’hui apprécié de tous, a eu un parcours un peu atypique. Siriki Paré dit Vieux Paré est né à Bamako après les indépendances. Mais, il n’eut pas le temps de passer toute sa tendre enfance dans la capitale malienne.

Quelques années après sa naissance, il perd son père. Et se voit contraint, en 1971 de rallier le village de Kologotoumou, dans le cercle de Macina, pour des raisons scolaires. C’est dans ce village situé au cœur de l’office du Niger que Vieux Paré sera piqué par le virus de la musique. Zone de production rizicole par excellence, Kologotoumou exerçait une attraction particulière sur les orchestres de l’époque.

«Quand nous étions élèves, il ne se passait pas de week-end qu’un orchestre de renommé nationale ne vienne s’y produire. Dès ma tendre enfance, j’ai eu la chance d’y voir jouer régulièrement des orchestres comme le Bronkoni de Niono, le Falé star de Macina, le Koulé star de Koutiala et quelques rares fois le Super Binton de Ségou», se souvient Vieux Paré.

Avant d’ajouter que toutes ces prestations d’orchestres ont développé en lui une forte envie de faire la musique. Et comme, il n’était pas le seul gosse chez qui les orchestres venaient de faire naître la passion de faire la musique, avec un certain nombre d’enfants de sa génération, ils vont s’y investir à leur manière.

Du «Tassakoloni Jazz» au «Santoro Band»

Une vieille guitare récupérée par-là et une vieille batterie par-ci, l’orchestre «Tassakoloni Jazz» pouvait voir le jour. Si au départ, cela faisait rire les habitants de Kologotoumou, le sérieux et le talent naissant des enfants, vont imposer le «Tassakoloni Jazz» dans les esprits. Malgré son sous équipement, mais bourrer de talents, comme Vieux Paré, l’orchestre «Tassakoloni Jazz» sera pour animer des soirées dans les villages environnant.

«Nous étions devenus l’attraction d«e la zone», a-t-il révélé. En 1980, au moment où le Tassakoloni Jazz» devenait très sérieux, vieux Paré, titulaire du certificat d’étude primaire, devait rallier Bamako pour fréquenter une classe de 7e.

Mais, déjà piqué par le virus de la musique, le jeune Vieux Paré qui avait déjà des fans sera recommandé par Léopold Alexandre Diarra, à l’époque directeur de l’école de Kologotoumou, à son jeune frère Casimir Diarra de la direction régionale de la jeunesse de Bamako.

Très jeune, il se trouve à squatter la salle de répétition des «Bamba Saba», l’orchestre du district. «Dès que je quittais l’école, je courais dans la salle de répétition des Bamba Saba, malgré l’on m’y prêtait pas une grande attention.

Mais, je ne me suis jamais découragé et un soir on m’a passé le micro pour voir ce que j’avais dans le ventre», a-t-il expliqué. Avant d’ajouter que malgré ma belle prestation, l’attitude du groupe n’a pas changé à mon égard.

«Ils m’ont apprécié, sans me dire si je pouvais intégrer le groupe», a-t-il indiqué. Et sans qu’il ait eu l’opportunité de jouer avec les Bamba Saba, des congés scolaires vont le diriger vers Koutiala où résidait sa grande sœur de lait et son époux.

Et comme son destin était celui d’un artiste, coïncidence pour coïncidence, sa sœur partageait la même cour avec le musicien Aldjouma Tamboura du «Koulé Star». Les présentations faites, ce dernier est allé le confier au responsable de la deuxième formation du «Koulé Star», qui en avait trois, selon lui.

Comme si tout avait été mis en œuvre pour que son chemin rencontre celui de trois autres musiciens de talents, le même jour qu’Aldjouma Tamboura allait l’inscrire dans la 2e formation du «Koulé Star», a coïncidé avec l’arrivée d’Ibrim Cissé, le mari de l’artiste Molobaly et de celle de feu Papa Dembélé qui allait quelques années plus tard faire les beaux jours de l’orchestre de Papa Gaoussou Diarra. Après quelques mois de répétitions avec la 2e formation du «Koulé Star», des circonstances inattendues vont mettre cette formation sur la sellette.

Des brouilles vont handicaper la 1ère formation et la 2e sera sollicitée pour la suppléer sur plusieurs théâtres d’opération. Déjà tous talentueux, cette opportunité va permettre aux trois mousquetaires de s’imposer dans l’esprit des mélomanes de la capitale malienne de l’or blanc.

Et comme à cette époque,

tous les cercles maliens voulaient avoir le meilleur orchestre, celui de San qui venait de perdre un grand nombre de ses musiciens et qui avait rangé les instruments dans un magasin, ne va pas lésiner sur les moyens pour débaucher les trois mousquetaires de la 2e formation du «Koulé Star».

Le Commandant de cercle de San de l’époque avait vu juste, car à la semaine régionale de 1990 à Tominian, l’orchestre de San, le «Santoro Band», avec l’apport de Vieux Paré et ses compagnons, se classait premier devant les autres orchestres de la région de Ségou.

En bon artisan de cette victoire, Vieux Paré, pour sa voix exceptionnelle sera retenu pour faire partir de l’orchestre qui devait défendre les couleurs de la 4e région à la biennale 1990. Mais, il était écrit quelque part qu’il n’allait pas avoir l’opportunité de participer à une phase finale de la biennale.

Barou Bléni et le studio«Yeelen» le met sur la piste du studio
Au moment où Vieux Paré retenu comme chanteur de Ségou, se battait aux côtés des chanteurs comme Sabou Doréthian, Papa Gaoussou Diarra et Toussaint Siané pour être digne de défendre les couleurs de Ségou, les autorités mirent fin à l’internat qui avait déjà démarré depuis un mois à San.

«On venait de suspendre la biennale à cause de la crise du nord», a-t-il indiqué. Avant d’ajouter que c’est dans la gestion de cette déception qu’il a quitté San, avec ses deux collègues pour répondre à la sollicitation du «Bronkoni de Niono».

Mais, il n’y est pas resté pour longtemps, car, il avait une forte envie de regagner Bamako pour donner un coup d’accélérateur à sa carrière en mettant sur le marché un album solo. Et, c’est en 1993, qu’il est parvenu à mettre sur le marché son premier album.

Intitulé «Moussow a ni bara» et composé de 8 titres, cet album eu un franc succès. Pendant longtemps, il fut utilisé pour illustrer toutes les campagnes en faveur de la promotion de la femme.
C’est dans la foulé de la promotion de cette cassette qu’il a fait la connaissance de Oumar Diallo dit Barou Bleni, un musicien comme lui.

De cette rencontre, naquit un orchestre officieusement appelé «Dakabana band». Entre temps Barou est rentré d’une tournée en Europe avec du matériel d’enregistrement. Il mit sur pied le studio «Yeleen».

Belle occasion, pour Vieux Paré, à la faveur de la confection de son deuxième album, de s’initier à la technique du studio. En janvier 1998, il met son deuxième album intitulé «Baroni» dans les bacs. La technique du studio maîtrisée, Barou Diallo, Vieux Paré et Bayini Koïta, vont faire feu de tout bois. Ils vont se mettre au service de plusieurs artistes pour des prises de sons.

Des artistes comme Mah Kouyaté N°I pour ses volumes I et II, Amistras, Djah Youssouf pour son 3e album, Souley Kanté pour son album «Korolé», Néné Soumano, Abdoulaye Sarré, Mama Toumani Koné, Djeny et Yoro Diallo pour son album «Chaîne II Lamine», etc, sont tous passés au studio «Yeelen» à l’époque où Vieux Paré y était. Malgré son occupation à la technique de studio, il eut le temps de se consacrer à l’élaboration de son 3e album qui sorti en 2001. Intitulé «A na Kaw yena», l’album est composé de 8 titres.

Mais, deux ans après, c’est-à-dire en 2003-2004, il quitte le studio «Yeelen» pour rejoindre le studio «Farafina Sound» du groupe Farafina Lolo. Dans ce studio, il se souvient d’avoir fait des merveilles. Plusieurs artistes maliens y ont bénéficié de sa collaboration. Entre autre artistes, il cite pele mêle Deniba Sanogo pour son album «Limpin», Siné pour son album «31», Souba Togola pour le «doussoumagnon», en collaboration avec Gaoussou Koné, le précurseur du «Yapégué».

En 2005, il profite de son séjour dans ce studio pour finaliser son 4e album, intitulé «A mana Minè». Et c’est engagé dans la promotion de cet opus que Baye Boubacar Diarra va le conseiller au directeur général du Réseau de communication Kayira, qui cherchait un technicien pour l’enregistrement des albums des dix lauréats des festivals que le réseau organise à travers le pays.

Ce sont : Le fesbala à Koutiala, le festdansa à Mahina et Bafoulabé, le festival du Birigo à Kita et festbara à Ségou. «Pour ce travail, j’avais signé un contrat de deux mois.

Mais, à la fin du contrat, le directeur du réseau de communication Kayira a souhaité que je reste pour prendre le studio en main», a-t-il révélé. Il y a bientôt deux ans que Vieux Paré est le technicien du studio Kayira et depuis deux ans que d’artistes maliens sont passés par ce studio.

Coumba Tounkara pour «Djeliya ba», Assi Diarra, Shata Kouyaté pour «Gueleya», Kadiaba, Fatoumata Traoré dite Balo, Tata Mah Koné, Soumba Togola, Batoma Diallo, tous pour leur 2e album, Papa Sacko, musicien reggae et Bintou Togola pour «Demisseniw», sont entre autres les artistes que Vieux Paré a eu à accompagner. Et last but not the least, ce «self made man», est le programmateur du dernier album de Nahawa Doumbia.

Assane Koné

14 Mai 2009