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Le maire d’Ansongo, Amadou Harouna Maïga, lisant la motion du syndicat inter collectivité du cercle d’Ansongo, le 3 octobre, au siège du Prodéca, (Projet de développement du cercle d’Ansongo), avait signalé : ‘’ au plus haut niveau local, tous les mots ne sont pas bons à dire, il faut les peser avant de les prononcer au risque d’un enlèvement suivi de bastonnade ou de mort et personne n’est épargné, que tu sois simple citoyen ou élu local donc tu peux mourir de simples déclarations sans que l’autre ne soit inquiété ou puni. ‘’ Il venait, implicitement, de signaler des problèmes dont les populations ne parlent qu’enturbannés, après s’être assurés d’être à l’abri des oreilles indiscrètes.

Malgré tout, lors de notre séjour à Gao, du 2 au 5 octobre, des langues se sont déliées pour expliquer certaines controverses au niveau de l’autorité régionale. Le gouverneur de Gao, Amadou Baba Touré est au centre d’une polémique feutrée. Parmi ses agissements dénoncés par certaines personnes, figurent une décision portant recrutement d’agents, datant du 30 août 2008.

L’article 1 de la décision stipule que ‘’les personnes dont les noms suivent sont recrutés à titre précaire et essentiellement révocable à tout moment et mis à la disposition des Forces armées et de sécurité en qualité de guides de renseignement et pour leur connaissance du terrain et des éléments à rechercher. Il s’agit de Mahamadou Djeri, Issouf Kessoum, Soumaïla Seydou, Abdrahamane Arouberou, Habiboulaye Ousmane Maïga, Achakam Akly, Lamine Ben Ousmane, Chida Hachim, Aimarou ag Alhousseïni et Hassane Ag Mohamed. ‘

L’article 2 ajoute que les intéressés, en guise de rémunération, acceptent de servir la cause de la patrie malienne sans exigence en matière de rétribution.

Le 2 septembre 2008, le Gouverneur de la région de Gao écrit au commandant du 7ème groupement de la gendarmerie de Gao, la lettre suivante : ‘’ J’ai l’honneur de vous demander de vouloir bien mettre aux arrêts le maréchal de logis-chef Talaha Maïga détaché à la brigade territoriale de Gao, outrage au maire de Tin-Hamma et présumé complice du mouvement Ganda-Izo. ‘’ Décidément, le gouverneur de Gao, à défaut d’avoir droit de vie et de mort dans sa région, détient de sacrés pouvoirs sur les populations, allant de la possibilité de mettre des gens aux arrêts jusqu’à celle de recruter des agents mis à la disposition des Forces armées et de sécurité. Toutefois, ces actes ne sont que le reflet de l’immobilisme de l’Etat face aux démembrements régionaux.

A l’occasion de la mission du ministre de l’Administration territoriale et des collectivités locales, Kafougouna Koné, à Gao, Ansongo et Fafa, le président de l’Association des ressortissants du cercle de Gao, Arboncana Boubeye Maïga, avait souligné : ‘’ c’est vrai que nous avons un problème, l’incapacité de notre Etat à répondre à l’évolution de notre société, surtout en terme de chômage des jeunes. C’est aussi vrai que certains connaissent un parcours terrifiant, ils vivent de petits boulots, dans la galère. Croire que le gouvernement du pays accorderait tel ou tel privilègeaux jeunes de Kidal est illusoire. Il n’y aura aucun privilège qui serait consacré sur la base de la couleur, de la race, du sexe, de la naissance, de la fortune.

S’il y aura un privilège, ce serait sur la base du mérite. Attention ! Que Hassan Fagaga et tous ceux qui lui ressemblent le comprennent. C’est vrai qu’ils ont intégré l’armée avec des grades mais mon fils et moi-même n’accepterons plus jamais que leurs enfants intègrent notre armée avec des grades comme eux.

Nous devons nous garder de créer des problèmes dans le souci de régler d’autres problèmes. Nous devons serrer les coudes et ne pas surtout croire que notre Etat est froid, inaffectif et insensible aux douleurs des victimes de la situation présente. ‘’ Les salves d’applaudissement qui ont ponctué cette partie du discours du président de l’Association des ressortissants du cercle de Gao sont suffisamment éloquentes et résonnent comme un témoignage d’approbation. Autant dire que la tension couve toujours dans la région et que les remèdes tardent à venir.


Baba Dembélé

10 Octobre 2008