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La science, définie par l’autre, est non seulement une démarche intellectuelle particulière, mais également un ensemble organisé de connaissances qui en découlent, a comme toutes les autres disciplines, des hauts et des bas, des avantages et des inconvénients, des facilités et des complications. De ce fait, l’un des grands dangers du développement de cette science aujourd’hui, est le progrès sans faillite du système de piratage et de contrefaçon.

A cause de ce perfectionnement scientifique, de nos jours, beaucoup de nos artistes n’arrivent pas à vivre de leur art, de leur création, de leur œuvre. Ce qui constitue une grosse épine dans les pieds de nos artistes et dévoile pour le cas de notre pays, un mal vivre parfois hallucinant de la majorité de nos stars de musique même si par pudeur et respect aux pouvoirs publics, ne veulent pas en parler ou même piper mot.

Ce mal vivre constaté ça et là, cause chez certains, une mauvaise condition de vie, souvent exécrable car, ils n’arrivent même pas souvent à payer leurs ordonnances ou loyers. Chez d’autres, ça va, ça va d’ailleurs beaucoup mieux. Bien entendu, ces stars qui sont rares et dont la majorité sont des femmes, vivent dans de bonnes conditions. Surtout les stars issues de familles de griots. Comme dit l’autre, l’art peut faire vivre son auteur, à condition qu’il soit protégé.

Et justement dans un pays où les produits de la piraterie ont pignon sur rue et se vendent comme de petits pains, sans que leurs auteurs ne paient un Radis à l’auteur et ne soient réellement punis, c’est normal que l’artiste subisse le revers de la médaille. Ainsi, après avoir définie l’art en général selon la compréhension de tout un chacun, les artistes et leur département de tutelles se prononcent sur le sujet. Y a-t-il une solution définitive à ce ganglion (piraterie massive) qui ronge nos artistes? Pas totalement, selon les propos des uns et des autres.

Mais, ils essayent de vivre avec ce mal devenu incurable. Ce qui nous rappelle cette pensée de Robert Nadeau à propos du progrès de la science : «On ne peut apparemment formuler un critère qui exclut tout ce qu’on veut exclure, et conserve tout ce qu’on veut conserver ». Récit de témoignages souvent poignants mais révélateurs de la situation qui prévaut au Mali en ce concerne nos stars de la musique nationale, ambassadeurs de notre pays.

M. Idrissa Soumaoro, artiste musicien, éducateur,
professeur de musique spécialisé dans l’enseignement aux aveugles.

En tant qu’inspecteur général de musique, il s’occupe de la suivie pédagogique des professeurs de musique dans les lycées et les Instituts de Formation des Maîtres sur toute l’étendue du territoire national.

« Les pouvoirs publics commencent à se rendre compte que la culture est un facteur et demeure, un facteur important de développement et font ce qu’ils peuvent. »
« Si je dois définir le mot artiste, je dirais tout simplement qu’il a le même le sens que le ‘’Djéli ». Car, le Djéli, est un artiste qui est là pour sensibiliser, éduquer, critiquer.

Quant à la place qu’occupe notre Ministère de tutelle dans notre vie, je dirais que le ministère de la Culture fait beaucoup de chose pour les artistes, parce que les artistes auteurs compositeurs qui sont affiliés au Bureau Malien de Droit d’Auteur, reçoivent chaque année, une certaine redevance selon leur qualité de production.

Egalement, les festivals se comptent maintenant chaque année par dizaine et dans toutes les parties du Mali. En résumé, j’affirme que le ministère de la Culture, le pays ou encore l’Etat même en général, sont entrains de faire beaucoup de chose pour les artistes parce que, tout simplement, ils se sont rendus compte qu’au jour où nous sommes, la culture est un facteur et demeure, un facteur important de développement.

« Il n’est pas facile de vivre de son art… »

En ce concerne les causes du mal vivre des artistes, je dirais que ce n’est pas seulement au Mali, généralement, il n’est pas facile de vivre de son art. Surtout actuellement avec l’allure atteinte par le piratage. Aujourd’hui, avec un téléphone, les gens peuvent enregistrer des chansons qu’ils veulent. Ce qui fait qu’ils n’achètent plus ni des cassettes, ni de CD comme au paravent.

Je trouve que c’est le développement de la technologie qui est entrain d’aller contre les artistes et personne n’y peut faire quelque chose. Actuellement, il y a des magnétophones qui peuvent enregistrer les deux phases d’une cassette en quelques minutes. Et dans le pays aujourd’hui, il y a des gens qui ne vivent que de ce système c’est-à-dire, ils vivent sur le dos des artistes. Donc, en un mot, c’est le progrès technologique qui est entrain d’aller contre les artistes.

De ce fait, je pense que la solution de ce problème est que tout d’abord quant un artiste produit, que ça soit un bon produit et que le producteur soit très bien organisé pour faire sortir le produit avec un bon système de distribution parce que, quand une cassette sort à Bamako, avant les autres régions, le pirate peut prendre la cassette, la pirater et aller la vendre dans les autres régions où la cassette originale n’est pas encore arrivée.

De plus, il faut signaler que les gens accordent peu d’importance à la qualité, ils ne voient seulement ce qui est moins cher. Mais, le problème sera plus grave encore chez les artistes qui n’ont pas de bon produit. Dans ce cas, ni l’artiste, ni le producteur ne gagneront de l’argent.

Car, il faut le dire, aujourd’hui, les jeunes artistes au lieu d’attendre qu’ils soient murs, en répétant pendant des années, en jouant avec d’autres artistes pour s’expérimenter, ils veulent tout d’abord se montrer, se faire connaître avant de faire une cassette. Puisque, la vision de certains artistes est qu’ils soient sortis à la télévision. Alors, en tant qu’éducateur, je demande aux jeunes qui veulent se verser dans la carrière de musicien comme discipline, comme profession, il faut qu’ils apprennent d’abord avant d’être sur scène ».

M. Nanpé Sadio, jeune artiste malien, originaire de Ségou mais, né et grandit dans la première région, Kayes. Il a deux albums à son actif.

« La cause du mal vivre de nos artistes est la vente des cassettes piratées… »
« Un artiste pour moi, c’est quelqu’un qui fait de bonnes choses. Les artistes sont comme des sociologues. Ils donnent des remèdes à travers leur chanson, ils éduquent, sensibilisent. A travers leurs propos, leur manière de faire, ils font développer la société.

Un artiste dans la société, c’est comme un griot dans les mariages, les baptêmes, dans la gestion des conflits, des crises, des problèmes de famille. Comme vous le savez, les griots ont un rôle prépondérant dans la société. Et je vois le même volet pour un artiste, qui sensibilise, réconcilie, rassemble, réunit.

Par ailleurs, si je doit me prononcer sur ce que notre ministère de tutelle fait pour nous, je dirais qu’il est entrain de faire mieux pour nous les artistes à travers le Bureau Malien de Droit d’Auteur. Mais, le problème qui touche un peu et que je considère que le gouvernement ne s’implique pas, c’est la piraterie. Parce que, tout le monde sait qu’on vent la drogue mais, pas légalement.

Par contre, nous les artistes on vent nos cassettes piratées légalement. Souvent, les pirates arrivent même à nous proposer nos propres produits, nos propres cassettes piratés. Ce qui me touche profondément car, je trouve que c’est un manque de respect. Et je me dis tout le temps que si l’Etat à travers le Ministère de la Culture s’implique dans la lutte en arrêtant toute personne qui vent les cassettes piratées tout en les faisant payer des amendes, la piraterie va beaucoup diminuer.

S’agissant du mal de nos artistes, la cause est la vente des cassettes piratées. Parce que tous les artistes n’ont pas la chance d’avoir des concerts, des « Soumou ». On peut aimer la cassette d’un artiste mais pas l’artiste lui-même en concert.

Je parle de tout cela, pour montrer aux gens, quel avantage nous les artistes avons si nos cassettes originales sont achetées. Mais, en achetant les cassettes piratées, les artistes ne gagnent rien. Au contraire, ça nous fonce dans la boue, et se sera difficile pour nous de nous en sortir. C’est à cause de la piraterie que les artistes maliens disent qu’au Mali, il n’est pas possible de vivre de son art, de ses œuvres. Ce qui est vrai aussi avec le système de piratage, on y gagne rien.

« Les artistes maliens ont beaucoup d’avantage… »

En même temps, je dirais aussi que nous avons une chance parce que, le Mali est un pays de culture où il y a beaucoup d’ethnies, de races, nous avons une diversité de culture. Tout simplement, pour signaler que la musique malienne se porte bien et se portera toujours bien, c’est au cours des grands festivals en Europe, en Amérique. Là-bas, l’artiste ou les artistes maliens qui jouent remplissent les salles.

Et je pense aussi qu’il y a la relève avec des jeunes artistes comme Doussou Bagayoko, Baba Sala Cissé, pour ne citer que ceux-ci. Avec un peu de soutien, je pense que nous parviendrons à relever le défi comme nos aînés. Mieux encore, le public malien aime beaucoup les artistes et il les respecte. Ce qui est un grand avantage pour nous.

Par exemple, nous les artistes, pouvons rouler dans les voitures non dédouaner et les policiers ne nous sifflent pas comme tant d’autres. Les artistes maliens ont beaucoup d’avantage. En dehors de cela, il y a des gens qui t’aiment, qui t’estiment et qui t’appellent pour te donner de l’argent, des cadeaux. Le fait même d’appeler un artiste pour dire que tu l’aimes, cela fait chaud au cœur.

S’agissant des difficultés, je pense qu’elles commencent dès le jour de la naissance. Le jour où nous venons sur terre c’est ce jour même que les difficultés commencent jusqu’à la mort. La vie ne nous réserve pas de cadeau. Il faut toujours se battre. C’est pour cette raison qu’on dit que la vie est un combat. Et le combat commence depuis le jour de la naissance de l’homme.

Aujourd’hui si j’ai un appel à lancer, je le ferais à l’endroit des jeunes. Je viens de faire une chanson sur ‘ «Sènè» (la culture de la terre) pour le quel je demande à tous les jeunes, même les diplômés sans emploi, qu’ils retournent à la terre, parce qu’elle ne ment pas. Je leur demande également de se protéger contre le mal du ciel qui est le SIDA. C’est bon de vivre, mais il faut être prudent ».

M. Siriman Dembélé dit Contan, plasticien autodidacte
Il fait des tableaux, travaille avec des matières comme le cendre, le charbon, la boue, mixe un peu les éléments naturels avec de la peinture. Plus généralement, c’est sur des tissus en djinn ou des talibans que cet artiste peintre fait ses tableaux.

« L’avantage que nous avons aujourd’hui, est que les gens commencent à connaître la valeur de l’art »

En tant qu’artiste, si on me demande de définir le mot artiste, je dirai c’est quelqu’un qui sensibilise, éduque, à travers ses œuvres. Le rôle d’un artiste, c’est de faire progresser son pays.

En ce qui concerne le rapport entre les artistes et notre département de tutelle, je ne peux rien dire, car je n’ai aucune relation avec le Ministère de la Culture. Je ne me suis jamais rendu là bas ou dans un autre lieu réservé aux artistes. Tout ce que je peux dire, c’est le soutient de l’Association Culturelle et Artistique « Acte SEPT », qui me fait participer à des festivals, des ateliers de formation et autres. Je les remercie infiniment.

Pour ce qui est du mal vivre d’un artiste, cela dépend de tout un chacun. En prenant l’exemple sur à moi, je peux dire que je vis de mon art. J’apprécie beaucoup l’art malien. Seulement, il faut avoir, chercher la manière pour s’en sortir. L’avantage que nous avons aujourd’hui, est que les gens commencent à connaître la valeur de l’art.

Enfin, je demande à tous les artistes de bien travailler, car une œuvre bien faite, n’est jamais perdue ».

Djènèba Diakité dite Djéni, artiste musicienne

« Nous les artistes, avons un rôle dominant dans la société… »

« La profession artiste c’est comme tous les autres. De la manière dont le médecin console les gens avec des traitements, un artiste aussi console ses fans et admirateurs avec ses propos. Nous avons un rôle dominant dans une société, une ville ou même dans un pays. Et je pense que la malienne fait de plus en plus de progrès.

Par ailleurs, je n’ai aucun rapport avec le ministère de la Culture. Mais je sais qu’il fait beaucoup de chose pour les artistes. C’est l’occasion de remercier le Directeur de « Acte Sept » (Sensibilisation – Education – Promotion Théâtrale), M. Adama Traoré pour son soutien inconditionnel. Acte Septe est une association qui aider à professionnaliser les jeunes artistes maliens, intégrer la culture dans l’économie nationale et donner de l’opportunité aux jeunes maliens dans la création artistique. Notre problème, demeure la piraterie ».

Ibrahim Diarra, allias Radia, artiste musicien du club ‘’Doudou Soul », un des premiers groupes africains qui fait de la RNB manding

« Un artiste pour moi c’est le représentant de toute une société, toute ville, ou tout un monde.

Le ministère de la Culture chaque année, offre 100 millions de FCFA aux artistes maliens, plus précisément, ceux qui ont la carte du droit d’auteur.

Mais, je ne pense pas qu’un artiste a une chance en restant totalement au Mali. La chance qu’on peut avoir c’est lorsqu’on a été découvert par un étranger. Sinon personnellement, je ne vois aucun avantage dans l’art malien. On ne peut pas vivre de son art dans notre pays. L’un des problèmes vient de la famille parce que certains pensent que quand on est griot, on ne doit pas chanter. Alors qu’on n’a pas besoin d’être forcement griot pour être dans le monde la musique.

Il doit toujours avoir quelque chose à faire en dehors de la musique. Sinon, la musique seulement au Mali ne peut pas nourrir une personne. Je profite de cette occasion également pour lancer un appel aux jeunes, en leurs demandant de ne pas trop imiter les européens ou les américains, de rester eux et de rester ici dans leur patrie pour travailler, créer. Qu’ils ne comptent pas sur père ou sur mère mais, qu’ils cherchent à voler de leurs propres ailes ».


Maïmouna Hélène Diarra, comédienne, artiste interprète, assistante de presse et réalisation à l’Office de Radio Télévision du Mali (ORTM)

« Il y a plusieurs genres d’artistes à savoir, les artistes interprètes c’est-à-dire, des gens qui font de l’interprète dans le cinéma ou bien dans le théâtre comme moi. Il y a également des artistes chanteurs ou chanteuses, des choristes, des humoristes, des comédiens, des plasticiens, des designers, des décorateurs, des peintres, des architectes, des sculpteurs, des ornemanistes, des acteurs, des dessinateurs, des caricaturistes, pour ne citer que ceux-ci.

En ce qui concerne l’art en général, je ne peux pas dire grande chose mais, sur le plan de la comédie, je peux parler un peu. Comme j’ai eu à le dire, très souvent, depuis un certain moment, l’art sur le plan de la comédie, régresse. Cette régression, est dû à un manque de professionnalisme ; parce que tout simplement, il y a un certain nombre de genre dans le domaine qui fait que tout le monde est devenu comédien.

Je constate qu’il y a beaucoup de comédien actuellement, mais malgré tout, ce domaine ne progresse pas. Au contraire, il régresse par un manque de professionnalisme. Je pense qu’on ne doit pas rentrer d’une chose parce que tout le monde est dedans ou par un simple plaisir mais, il faut tout d’abord chercher à comprendre les règles du jeu, connaître le devoir et la nécessité du métier.

« Quelle que soit la popularité, un homme doit rester soi-même… »

Aujourd’hui, lorsqu’on me demande si les artistes maliens on un avantage, je dirais oui et non. Oui, sur le plan moral. Car, supposé qu’un comédien ou une comédienne est connu (e), tout d’abord c’est un avantage moral que nous avons. Par exemple, prenons mon cas, quand je vais quelque part aujourd’hui partout au Mali, de la manière dont on me reçoit, dont on m’accueille, me donne une satisfaction morale. Ce qui fait que, de nos jours, personnellement, je ne me plaigne pas dans ce métier.

Evidemment, d’autres me diront le contraire. Mais cas même, au moment où je suis, je ne peux pas parler d’inconvénient dans ce domaine. Dieu merci, je me sens bien dans mon métier et je rends grâce au tout puissant. Bien sur, il y a des difficultés qu’on peut rencontrer lorsqu’on est débutant, mais j’ai déjà dépassé ce stade et je ne peux pas dire grande sur les problèmes. Peut être, ceux qui viennent de commencer maintenant rencontrent des obstacles, des complications, comme le début de toute chose.

Pour revenir un peu dans le passé, je dirais qu’il y avait un manque de compréhension entre nous et le public. Les gens ne nous comprenaient pas du tout. Mais comme nous avons été les pionniers, je peux me permettre de le dire que le début de toute chose est difficile. Mais, on est dedans, moins on rencontre des difficultés.

Par ailleurs, parlant du rapport entre l’Etat et les artistes, je précise tout d’abord, qu’il y a des artistes publics et des artistes privés. Les artistes publics sont des artistes qui sont payés par l’Etat, qui vivent au compte de l’Etat comme, le Groupe Dramatique, l’Ensemble Instrumental du Mali, le Ballet National, et autres. A ces côtés nous avons également des artistes privés. Ils sont des individus ou des groupes de personne qui exercent dans le domaine de l’art à leur compte personnel.

« Les artistes ne doivent pas se plaindre, nous vivions à l’image de notre pays… »

En quelque sorte, je dirais que l’Etat fait beaucoup de chose pour les artistes. Parce que, dans les pays développés, un artiste quand il commence à jouer, il a des rémunérations, et il doit payer l’Etat en acquittant des impôts. Or, ici dans notre pays, on ne nous demande rien.

C’est pour cette raison que j’ai dis que, l’Etat fait quelque chose pour nous. De plus, quand un artiste tombe malade, l’Etat fait de tout son possible pour lui venir en aide en le soutenant financièrement. Je pense que sur le rapport entre l’Etat et les artistes, nous ne devons pas nous plaindre. Je trouve que nous vivons à l’image de notre pays.

Je rappelle avant tout, qu’un artiste est un être humain comme toutes les autres personnes ordinaires. Il n’est pas une personne extraordinaire que les gens imaginent souvent. Pour la question de gérance, je dirais qu’à chacun lui revient de gérer sa vie cela lui convient.

Par contre, si certains pensent qu’après un numéro ou deux, c’est déjà la célébrité, et qu’ils baissent les bras en se laissant emporter par la réputation, c’est autre chose. Je pense que, quelque soit la popularité d’un homme, il doit rester soi-même. Essayer de mieux faire pour bien gérer sa vie afin d’améliorer sa condition de vie en évitant de tomber dans une crise financière ou dans la galère. »

Kora Dembélé, Directeur National de l’Action Culturelle (DNAC)

« Un artiste c’est quelqu’un qui a choisi une profession artistique et qui vit du métier. C’est également quelqu’un qui est dans le domaine de la création parce qu’il faut faire la différence entre l’exploitation simple du patrimoine folklorique ou artistique et celui qui crée pour arriver à une production artistique c’est-à-dire, une cassette, un film, une œuvre d’art plastique autrement dit la peinture, etc.

« L’art malien se portant tant bien que mal aujourd’hui »

De cette base, je dirais que l’art malien se portant bien que mal aujourd’hui. Bien, parce qu’en apparence on voit par exemple sur le secteur de la musique, le progrès que notre pays accomplit dans le domaine depuis l’avènement de la démocratie, depuis la libération des initiatives privées. Donc, on peut dire que le secteur de la musique a pris de l’envol selon des études au niveau de la Banque Mondiale. Il y a des chiffres qui sont avancés dans l’ordre de plusieurs milliards. Par ces propos, je veux dire tout simplement qu’en ce qui concerne le domaine de la culture, l’art malien se porte bien.

Par contre, je dirai aussi de l’autre côté que ça ne va pas tellement. Parce que, si on essaye de prendre d’autres secteurs de la culture comme les arts plastiques qui ne sont pas connus du grand public, il y a des difficulté à faire écouler les produits.

Si je reviens sur le même secteur de la musique, je dis également qu’elle se porte mal parce que les artistes n’arrivent pas à vivre de leur métier à cause de la piraterie. C’est une sorte de censure qui est là, pour minimiser, anéantir l’effort des créations de nos artistes. C’est pour cette raison que j’ai dit que l’art malien se porte bien et mal à la fois.

« La piraterie ne peut être combattue par la volonté d’un seul service, d’un seul pays, d’une seule nation mais, il faudrait conjuguer tous les efforts au niveau international… »

Mais, il faut le dire, la solution de la piraterie ne se trouve pas uniquement sur le plan national. Elle se situe à une échelle mondiale. Parce que si on prend le domaine de l’informatique, les Bill Gates sont l’objet de la piraterie. Aussi, si on prend d’autres secteurs tel que le cinéma, c’est le même cas. Parce que quand on parle de la piraterie, les gens pensent directement à la musique. Alors que ce n’est pas la musique seulement mais, tous les domaines. Par exemple, dans le domaine du commerce, il y a les produits contrefaits qui sont également une forme de piraterie.

Ce qui me fait dire que la piraterie ne peut être combattue par la volonté d’un seul service, d’un seul pays, d’une seule nation mais, qu’il faudrait conjuguer tous les efforts au niveau international pour minimiser le danger. Parce que je ne vois pas avec quel mécanisme de développement de la technologie, nous pouvons avoir une solution pour mettre fin totalement à la piraterie.

Par ailleurs, dans le cadre de notre soutient et
d’assistance de nos artistes, je dirais qu’à notre niveau qui est la Direction Nationale de l’Action Culture, avons un rôle d’appui conseil. Donc tous les artistes de tous les domaines peuvent venir à notre niveau pour prendre des conseils dans le cadre du développement de leur secteur ou de leurs initiatives ou encore avoir des conseils sur comment mettre en valeur leur idée de créativité qui est notre première forme d’appui. Sans compter qu’au niveau du département de la culture, il y a une prolifération de demande de toutes sortes qui vont de l’organisation des festivals, de la production des cassettes, de

l’organisation des soirées artistiques et culturelles et j’en passe. Le ministère tant bien que mal s’emploie à accompagner financièrement toutes le associations ainsi que GIE culturelles et même la société civile, les mairies. Je veux dire par là, les communes et des tierces personnes pour que l’art puisse faire vivre son nom parce que le Président de la République dans sa lettre de cadrage nous a développer d’orienter les industries culturelles et de faire en sorte que ceux qui ont choisi ce métier puisse vivre dignement de leurs activités.

« Il faut travailler à la pédagogie générale, à l’éducation artistique du peuple, de la population pour que les gens puissent comprendre que l’art est un produit comme les autres… »

Mais, malgré tout cela ; s’il y a des artistes qui disent qu’ils ne peuvent pas vivrent de leur art dans notre pays, je leur demande de mettre de l’eau dans leur verre. Il faut nuancer un peu. Quand ils le disent c’est vraiment un cris de cœur et du découragement. Et je comprends cette position de découragement qui est principalement dû à la piraterie.

S’il faut voir tous les efforts fournis par un artiste pour créer une œuvre et à la seconde, des pirates qui viennent anéantir ces efforts, c’est une des raisons pour laquelle certains artistes disent qu’on ne peut pas vivre de son art au Mali.

Mais, de l’autre côté, il faut travailler à la pédagogie générale, à l’éducation artistique du peuple, de la population pour que les gens puissent comprendre que l’art est un produit comme les autres, tel que le coton, le pétrole, l’or peuvent développer le pays, le domaine de l’art aussi peut contribuer au développement du pays.

Par exemple, si on prend l’activité de l’art plastic, la population a du mal à comprendre qu’est ce que c’est qu’une œuvre d’art, ce qui veut dire une peinture et ils sont étonnés de voir un prix des artistes en plus, ils préfèrent mettre cet argent ailleurs que dans ces tableaux, ces bois, ou ces papiers. Donc à niveau, il y a une perception, nous devons travailler beaucoup à l’éducation artistique de la population. Ce qui est un grand handicape. Cette partie fait parti également du côté du découragement de nos artistes. Même si nous faisons la programmation des

artistes pour dire que le caché de tel artiste est 250 000 FCFA ou 1 million de FCFA, les gens cris mais, alors qu’il y a une journée de télévision ou de radio sans la musique se rendront compte de la place de la musique. Il faudrait avec vous les journalistes essayer de faire comprendre à la population que l’art n’est pas que folklorique. Parce que, quand on parle du Ministère de la Culture, d’élément de l’art, les gens voient premier lieu l’amusement.

Alors que les industries cinématographiques du niveau des américains sont les premiers dans ce secteur. Et personne mieux que les américains ne peut pas affirmer que l’art ne peut pas faire vivre son homme. Donc, travaillons ensemble pour enlever de la mentalité des uns et des autres, l’idée folklorique de l’art, de la création artistique ou du Ministère de la culture.

Il faudrait que les gens s’emploient à valoriser chacun dans son domaine. Nous vivons avec l’art et nous devrons compter avec. C’est peut être parce que nous vivons au quotidien cette culture qui fait que nous l’accordons pas d’importance. Et chacun se dit capable de faire une création artistique.

« La population doit fournir un effort pour cesser de stigmatiser le secteur de la culture comme de l’amusement »

Si j’ai un appel à lancer, je dirai que le Ministère de la Culture s’emploie à apporter un appui à tous les artistes de tous les domaines. Mais je dirai également que la population doit fournir un effort pour cesser de stigmatiser le secteur de la culture comme de l’amusement.

Qu’elle cesse de le considérer comme un secteur tertiaire c’est-à-dire, un secteur non productif. Donc, je voudrais réellement, qu’on considère la culture comme un facteur de développement tout en se disant, qu’il n’y a pas de développement sans culture.

Nous devons tenir compte de la dimension en toute chose que nous allons entreprendre. De ce fait, je voudrais vraiment qu’on oeuvre ensemble à la pédagogie c’est-à-dire, à l’éducation artistique de notre population à tous les niveaux. Je veux que la population malienne comprenne que l’art est un secteur de développement comme les autres».

Propos recueillis par Bintou Danioko


Mali Demain du 29 Août 2008