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Autant les personnes diffèrent l’une de l’autre, autant les couples le sont. De ce fait, ce qui convient à un couple n’est pas bon forcément pour un autre.

Un adage de chez nous dit : « Personne ne peut être au secret de l’intimité d’un couple ». Ce qui signifie littéralement en bambara « Moko si tè tchè na mousso tchèla don ». Inutile donc de rappeler qu’à chaque famille ses réalités, fantasmes et mode de vie.

Cependant, il faut juste reconnaître que la réussite d’une vie de couple repose sur des règles de base, une feuille de route des deux époux imaginés dans le respect mutuel. Ce que les uns et les autres ne doivent surtout pas oublier c’est le fait que ce qui convient à un couple ne l’est pas bon forcément pour un autre. Il revient aux conjoints dans leurs différences d’établir une conduite à tenir et surtout à respecter. La vie à deux a ses réalités et contraintes.

On le sait tous que la vie de foyer n’est pas fait que de bonheur. Dans tous les couples, il existe des problèmes. Cette vérité est répétée indéfiniment par nos mères et nos grands-mères pour que toutes les jeunes femmes mariées affrontent les écueils avec patience et sagesse.

En effet, il existe de nombreux sujets qui fâchent : la jalousie, l’argent, la routine, l’infidélité, la famille, etc. Une meilleure communication est nécessaire pour faire face à toutes ces difficultés. s’écouter et se comprendre. Les solutions de sagesse sont les compromis ainsi que les concessions. Ses deux principes sont nécessaires pour la cohésion et l’entente dans le couple. Le dessein de toutes les femmes est d’avoir une vie de couple harmonieuse.

A cet effet, elles développent toutes les stratégies nécessaires pour faire non seulement durer leur vie de couple, mais aussi pour maîtriser toutes les situations. Dans cette quête, il faut reconnaître que les femmes ne manquent pas d’astuces et chacune d’entre elles a sa petite idée pour amadouer ou faire raisonner son conjoint. Chaque femme réagit, en effet, selon l’attitude de son mari.

Les comportements des uns et des autres diffèrent. Par conséquent, les manières de les traiter divergent également. Il n’y a pas de théorie en la matière. Pas de solution toute faite pour tous les couples. Une solution pour un couple, ne peut servir pour un autre.

La conduite à tenir diffère selon le problème posé et dépend du caractère des uns et des autres. Quand bien même les caractères paraissent identiques, il arrive que les conduites à tenir pour se faire entendre diffèrent aussi. Cela dépend généralement de la sensibilité de tout un chacun. En effet, les situations peuvent varier, en fonction notamment de l’âge, du lieu de résidence ou encore du niveau d’études. Chaque famille a sa propre recette pour instaurer la paix et la cohésion en son sein. Les exemples qui suivent argumentent ces pensées citées plus haut. Mme Tall Oumou Dicko est en couple depuis 20 ans.

Elle explique qu’elle et son conjoint ont fixé des règles ainsi que des limites à ne pas franchir pour la bonne marche de leur petite famille. Cependant, elle souligne que l’attitude qu’elle peut avoir envers son mari, peut souvent choquer ceux qui ne sont pas au parfum de leur réalité de couple. En effet, le mari de notre interlocutrice lui interdit formellement de se faire remarquer quand il se réunit avec ses amis. « Je n’ai même pas le droit d’échanger des civilités d’usage avec eux », dit-elle.

L’une des règles de base de cette famille est aussi de « bouder » pour manifester son mécontentement. Sur cet aspect notre interlocutrice se dit intraitable. Elle se souvient d’une scène qui a choqué un cousin de son mari qui était en séjour chez eux. Ainsi pour manifester son mécontentement, Mme Talla a boudé son homme. Elle affichait une mine renfrognée dès que son mari rentrait à la maison. « A la maison, il y avait une atmosphère de deuil. Je ne lui parle, ni ne sourit plus. Je ne le regarde même pas à plus forte raison le saluer ou lui proposer à manger », explique Mme Tall Oumou Dicko. Propos embarrassants.

Gêné par cette attitude qu’il juge incompréhensible, le cousin de son mari a fini par se plaindre tout en menaçant de quitter la maison, si elle ne révise pas son attitude vis-à-vis de son mari. Oumou se souvient que le cousin a hurlé sur son époux en le traitant d’incapable et d’irresponsable. Elle se souvient que leur visiteur a lancé à la figure de son mari des mots embarrassants en ces termes : « Il faut te faire respecter par ta femme. Comment peux-tu prendre une personne en charge et qu’elle te méprise comme ta conjointe le fait.

Cette situation est embarrassante et inacceptable pour moi ». L’époux a expliqué à son cousin que « bouder » est une des femme2règles de base de leur famille. Les deux conjoints préfèrent cette pratique que de s’engager dans des petites querelles et discussions sans fin. L’ironie du sort dans cette histoire est que le cousin qui se plaignait, accepte de vivre chez lui dans une posture de « dominé ». Notre interlocutrice souligne que ce dernier vit avec une femme acariâtre qui lui fait voir de toutes les couleurs. Amadi ne peut rien décider dans sa famille. Il explique à qui veut l’entendre que sa réaction face à sa femme n’est pas due à la peur, mais résulte d’une solution qu’il a trouvé pour ne pas tomber dans le piège des incompréhensions sans fin. «Qu’a cela ne tienne ! Toujours est-il qu’il accepte que sa femme lui crie dessus et ose pousser plus loin le bouchon, souvent en présence des témoins », affirme notre interlocutrice. Qui ajoute que jamais son mari n’accepterait pas qu’elle lui crie dessus à plus forte raison en présence d’un témoin. « Quel paradoxe !

Autant, il n’acceptera pas d’être boudé par sa femme, autant mon mari ne voudra pas que je lui crie dessus », ainsi, vont les couples. Chacun édicte un code de conduite qui ne marchera jamais chez un autre, fait observer notre interlocutrice. Un autre cas, une autre histoire. L’enseignant Issouf Guindo explique le cas d’un ami. Avant de comprendre ce qui expliquait le comportement de l’épouse de son ami, il était sidéré. « J’étais tellement écœuré que j’avais décidé de ne plus mettre le pied chez lui », martèle notre instituteur. Que se passait-il donc et qui sortait de l’ordinaire dans cette famille ? Le chef de famille est un grand cadre qui aime recevoir ses amis pour manger et discuter.

Cependant, l’attitude de sa femme lors de ce service dégoute et gène les convives. Et pour cause. Madame réserve la part du lion du repas aux amis de son mari. « Pour un poulet entier déposé dans les assiettes des invités, le chef de la famille s’en sort avec une cuisse et quelques pièces de la volaille », explique Issouf. Très mal servi par sa femme aux yeux de ses amis, ces derniers le traitaient comme un incapable qui n’a pas pu s’imposer à sa femme. Petit à petit, ses amis qui ne pouvaient plus supporter cette situation humiliante et gênante à leurs yeux, ont décidé de ne plus manger chez lui. L’hôte a bien voulu comprendre la volte-face de ses amis. « C’est là que nous avons su réellement pourquoi sa femme se comportait ainsi », explique notre enseignant.

En réalité le problème vient tout simplement du fait que l’ami de notre interlocuteur n’aime pas manger et laisser le reste du repas dans les assiettes. Il est également du genre à grignoter. Connaissant bien son époux, la maîtresse de maison n’a d’autre choix que de lui servir la portion congrue. « Il nous a dit qu’il savait que la situation nous gênait et qu’il allait vite clarifier les choses », souligne notre interlocuteur.

Ainsi, il expliquait que sa famille a son mystère, son histoire, ses réalités et secrets. Selon lui, c’est cette particularité qui crée la différence et qui fait le charme des familles. C’est pourquoi, il n’est pas prudent de s’immiscer dans la vie de famille d’autrui, car à part Dieu, personne d’autre ne peut être au parfum du deal entre un homme et sa femme, a-t-il sagement conseillé.

M. A. TRAORE

Essor du 25 Octobre 2013