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Une crise ressentie à l’échelle mondiale et à laquelle le Mali n’a pas échappé. Mais contrairement à beaucoup de pays africains, le Mali, dès les prémices, a tenu à contrer puis à contrôler cette situation qui s’annonçait inéluctable. C’est ainsi que le gouvernement a pris un train de mesures judicieuses et opportunes, conjoncturelles et structurelles. Parmi celles-ci, la tenue d’un forum sur les denrées de première nécessité, l’instauration d’un Conseil national des prix, l’exonération sur les importations de riz, la levée des frais de douanes pour l’importation de certains autres produits, le gel des taux de taxation de l’eau et l’électricité, l’Initiative riz.

Le forum sur les produits de première nécessité
Tenu les 26 et 27 décembre 2007 par le gouvernement, en partenariat avec l’Union nationale des travailleurs du Mali, UNTM, et le Conseil national du patronat du Mali, CNPM, le forum national sur les produits de première nécessité s’était donné pour objectif de trouver des pistes pour des solutions justes et durables aux difficultés liées à la flambée des prix. Outre ses initiateurs, il a enregistré la participation des experts du ministère de l’économie, de l’industrie et du commerce, des représentants de l’administration, des opérateurs économiques, des représentants des organisations de la société civile dont les associations de consommateurs. Le forum a abouti à plusieurs recommandations qui ont été remises au Premier ministre. Parmi celles-ci, le gouvernement en a retenu douze.

Il s’agit de la création d’un Conseil national des prix ;

l’élaboration du décret d’application de l’ordonnance 07-025/P-RM du 18 juillet 2007 portant organisation de la concurrence ;

l’affichage et l’étiquetage des prix ;

la bonne tenue des indicateurs économiques et l’amélioration des statistiques relatives à leur suivi ;

la diffusion régulière des prix par les médias publics et tout autre moyen de communication dans les langues nationales et en français ;

la fixation de prix plafonds conjoncturels par produit et par localité, pour les opérateurs économiques qui auront bénéficié d’exonérations de droits et taxes sur l’importation des produits de première nécessité;

le renforcement de notre système de sécurité alimentaire;

le renforcement des capacités des structures de surveillance des marchés en moyens humains, matériels et financiers pour la collecte et l’analyse des informations sur les prix et les stocks ;

l’accélération de la mise en oeuvre des projets visant à accroître la production intérieure de riz, de blé, de lait cru local, de produits oléagineux et de sucre ;

l’intensification du programme d’économie d’eau et d’énergie ;

la création d’une Agence de promotion des exportations;
et la mise en place d’une commission de suivi des conclusions du forum composée du gouvernement, de l’UNTM et du CNPM.

Répondant aux vœux de certains acteurs qui demandaient au Premier ministre de diligenter la mise en œuvre des différentes recommandations, le gouvernement s’exécutera rapidement, notamment par la mise en place du Conseil national des prix.

Le Conseil national des prix

Le Conseil national des prix a officiellement pris fonction le vendredi 2 mai 2007, après une cérémonie présidée par le ministre de l’économie, de l’industrie et du commerce, Ahmadou Abdoulaye Diallo assisté pour la circonstance de ses deux collègues du travail, de la fonction publique et de la réforme de l’Etat, Abdoul Wahab Berthé, et des relations avec les institutions, Porte-parole du gouvernement, Mme Diabaté Fatoumata Guindo.
Etaient également présents, les représentants de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali, de l’UNTM, du CNPM, du Conseil national de la société civile, de la direction nationale du commerce et de la concurrence.

Le nouveau bureau composé de 21 membres est présidé par une conseillère technique du ministère de l’économie et du commerce en la personne de Mme Sissouma Aïda Koné. Ce bureau comprend sept membres de l’administration et 14 autres postes repartis entre la société civile et le secteur privé. Les structures représentées sont la douane, les impôts, la police, la direction nationale de la statistique et de l’informatique, la CCIM.

On note la présence, dans ce bureau, des deux principaux opérateurs économiques importateurs du riz de la place : Bakorè Sylla, PDG de la société GGB (Grand grenier du bonheur) et Modibo Keita, PDG de GDCM (Grand distributeur céréalier au Mali).

Le ministre Ahmadou Abdoulaye Diallo a présenté ce conseil comme étant un partenaire stratégique du gouvernement en matière de réglementation des prix. Il a insisté sur les circonstances ayant conduit à sa mise en place. Le conseil est intervenu, selon lui, dans un contexte où depuis deux ans le marché national enregistre « une hausse généralisée des prix des denrées alimentaires et des produits énergétiques du fait d’un déséquilibre entre l’offre et la demande ».

Le Conseil national des prix qui vient d’être installé fait partie des nombreuses mesures initiées par le gouvernement dans le cadre d’un partenariat responsable et fécond. Le rôle qu’on attend de lui est d’être pour le gouvernement un véritable dispositif institutionnel pour le suivi évaluation de la politique nationale des prix du Mali.

Les exonérations sur les importations de certains produits
La conjoncture mondiale qui se manifeste par le renchérissement des prix des produits de première nécessité a beaucoup affecté le gouvernement. Les pouvoirs publics ont eu le mérite d’anticiper le mouvement dès l’année dernière en accordant une attention particulière au riz qui est, de loin, la céréale la plus consommée dans le pays, avec une consommation estimée à plus de 55 000 tonnes par mois. Le marché international du riz est actuellement marqué par une hausse constante des prix. Cette flambée est liée, d’une part, à l’augmentation de la demande liée, elle-même, à un accroissement de la population et à l’introduction de nouvelles habitudes alimentaires dans plusieurs pays et, d’autre part, à la baisse de la production due aux conditions climatiques défavorables dans les grands pays producteurs comme la Thaïlande, le Vietnam, l’Inde et la Chine. L’affectation d’une partie de cette production à la fabrication du biocarburant est également mise en cause. A cela s’ajoute la politique de restriction des exportations de certains pays soucieux de sécuriser leur approvisionnement pour contenir l’envolée des prix et faire face aux besoins nationaux de leur consommation. Tous ces facteurs associés ont entraîné la diminution de l’offre de riz sur le marché international.

Face à cette situation, seuls les pays comme le Mali capables d’anticiper, arrivent à contenir l’inflation et la pénurie. Mais cela va-t-il durer compte tenu du fait que les stocks mondiaux du Riz pour l’année en cours sont évalués à 103,6 millions de tonnes contre 104,6 millions de tonnes en 2007, soit une baisse assez significative. Aujourd’hui la question du Riz est dominante dans l’actualité nationale aussi bien qu’internationale. C’est pourquoi le gouvernement a pris des mesures favorablement accueillies parce qu’elles permettront une disponibilité en quantité sur le marché et à des prix accessibles au citoyen moyen. Ainsi le programme, « Exonération sur le riz » fut accordé aux opérateurs économiques, importateurs de cette denrée. Tirant les leçons des précédentes opérations du même type, le gouvernement a adopté une nouvelle formule. A la différence de l’année passée, la mesure d’exonération est accordée à tout opérateur économique habilité à importer.

Il lui suffit d’être inscrit au registre du commerce et du crédit mobilier, d’avoir un numéro d’identification fiscale et une patente d’import-export en cours de validité. L’exonération porte sur les droits et taxes perçues au cordon douanier à l’exception du prélèvement communautaire (CP), du prélèvement communautaire de solidarité (PCS) et de la redevance statistique (RS). Ainsi, l’Etat renonce aux 18% de la TVA et aux l0% de droits de douanes, soit un total de 28%. L’importateur est quand même obligé de payer les taxes et prélèvements communautaires qui ne représentent que 21,5%. L’exonération concerne seulement deux type de riz “le riz blanchi en emballage immédiat” de plus de 5 kg ou en vrac et le riz en brisure. L’opération s’étend sur six mois. Ainsi, l’opérateur économique doit s’engager à travers un cahier de charges qui définit les conditions posées par l’Etat. A savoir, entre autres, l’opérateur doit s’engager à céder le riz à un prix de gros plafonné à 300 000 FCFA la tonne. En détail, le riz doit être vendu tout au plus à 310 FCFA le kilogramme. L’importateur doit aussi s’engager à maintenir ces prix jusqu’à la fin de l’opération.
Le riz importé dans le cadre de cette opération d’exonération doit obligatoirement être vendu sur le marché national. Des mesures sont prises pour empêcher la réexportation de la céréale comme ce fut le cas par le passé. Ainsi, grâce à cette mesure, des opérateurs tentent de relever le défi du ravitaillement du pays. “GGB” de Bakorè Sylla, GDCM de Modibo Keita et Amadou Djigué ont commencé par mettre à la disposition des commerçants détaillants des six communes du district de Bamako 1 000 tonnes de riz chacun.

En plus de cette mesure, il faut noter l’Initiative « Riz » du Premier ministre, chef du gouvernement, Modibo Sidibé.

L’Initiative Riz

Dans le contexte de hausse généralisée des prix des céréales, notamment ceux du riz, et aux fins d’assurer la disponibilité et l’accessibilité de cette denrée aux consommateurs, le gouvernement a décidé de mettre en œuvre l’Initiative Riz, dans le cadre de la campagne 2008-2009. L’Initiative Riz est une réponse structurelle à la crise actuelle du riz qui se développe et touche tous les pays. Le gouvernement, à travers cette initiative, vise l’objectif de production de 1,6 million de tonnes de riz aux fins de couvrir non seulement les besoins nationaux de consommation mais également de commercialiser dans la sous région les excédents de production.

Dans ce cadre, « par souci de partager l’ambiance de l’Initiative Riz », le Premier ministre a rencontré l’ensemble des acteurs de la filière et toutes les parties prenantes, le lundi 21 avril 2008. Ont participé à cette rencontre, les gouverneurs de région, les présidents d’assemblée régionale, les représentants des offices et projets de production, les représentants des associations socioprofessionnelles , les représentants de la plate-forme nationale des producteurs nationaux de riz, les représentants des banques et systèmes financiers décentralisés, les représentants des partenaires sociaux et de la société civile, les ONG, les opérateurs économiques importateurs, les fournisseurs d’engrais.

L’Initiative Riz se veut une réponse nationale à la flambée des prix, et une traduction de la volonté exprimée par le président de la République dans le Projet pour développement économique et social de faire du Mali une puissance agricole. C’est par la mobilisation et l’implication de tous que ce pari de l’Initiative Riz sera réussi.

Pour leur part, les banques et institutions du système financier décentralisé ont décidé d’accompagner le processus, notamment en finançant l’achat d’engrais et d’équipements agricoles.

Le vendredi 2 mai, les banques et d’autres institutions financières, sous la houlette de la BNDA, ont tenu « la Journée de concertation des banques et des institutions de micro finance sur le financement du Plan d’opération de l’Initiative Riz de la campagne 2008-2009 ».

L’opérationnalisation du plan d’action pour la campagne 2008-2009 s’est préparée donc dans la perspective d’apporter une réponse structurelle à court, moyen et long termes, en clair, initier une action qui aboutira à l’autosuffisance du Mali en riz et à la commercialisation des excédents de production. Tout cela ne pouvait se faire sans l’implication effective des différents acteurs de la filière, en particulier les financiers.

En effet, cette campagne de réponse nationale à une crise qui touche tous les marchés internationaux a un coût qui a nécessité des subventions de près de 11 milliards de FCFA permettant l’acquisition d’engrais et de semences ; le fonctionnement de la station de pompage de la plaine de San Ouest ; et l’appui conseil nécessaire. En outre, le financement en équipements agricoles est assuré par l’Etat à hauteur de 701 millions en plus de 5 milliards déjà débloqués pour l’acquisition d’intrants agricoles.

Le plan de financement ne pouvait donc être bouclé sans la participation des banques et institutions de micro finance dont le concours a été sollicité par l’Etat. Suite donc à la rencontre entre gouvernement et acteurs de la filière le 21 avril, mandat a été donné à la Banque nationale de développement agricole par l’Association professionnelle des banques et établissements financiers du Mali de conduire toutes les concertations et les accompagnements possibles des banques.

Sous la conduite du PDG de la BNDA, Moussa Alassane Diallo, la Journée de concertation a servi à une large information sur la problématique du financement de l’Initiative Riz à l’issue de laquelle les différentes institutions bancaires et financières ont décidé de la forme et du niveau de leur participation au schéma de financement que sa banque pilote.

Ces différentes mesures, dont l’exécution de la plupart a été diligentée par le gouvernement, témoignent de la volonté des autorités d’assurer l’autosuffisance alimentaire et d’atténuer la dépendance du pays vis-à-vis de l’extérieur pour la satisfaction des besoins locaux en denrées de première nécessité.

Cheick Tandina

05 juin 2008