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Les Maliens, sans doute, ont ras-le-bol de la hausse généralisée du coût de la vie. D’où partout des frondes et des grincements de dents contre la gestion solitaire du pouvoir.

Jeudi dernier 22 novembre, lors du meeting de la CSTM tenu au siège de cette confédération syndicale au quartier du fleuve, un militant indigné, s’est exclamé : «même pour les droits les plus élémentaires, il faut faire la rébellion pour être pris au sérieux dans ce pays».

Comme pour dire que les vertus du dialogue et de la concertation ne servent plus à rien. En un certain sens, on peut lui donner raison. Les Bahanga et autres Fagaga ont tellement compris une telle situation qu’une fois le robinet coupé ils se livrent au chantage sur l’Etat malien. On entend souvent dire en pleine rue qu’avec nos autorités, il faut taper du poing sur la table pour arracher quelques miettes.

Les Maliens, à commencer par les corporations et les syndicats, ont compris que face à l’incurie, l’irresponsabilité et le manque de clairvoyance au sommet de l’Etat, il faut aller en guerre. Un Etat qui ne tient pas ses promesses vis-à-vis des compressés et des partants volontaires à la retraite. Qui laisse les problèmes s’accumuler et qui mieux est, nargue les syndicats.

Aujourd’hui, la gestion du Mali est caractérisée par le manque de dialogue et de concertation sur les grands sujets de préoccupation nationale comme l’école, le nord, la hausse du coût de la vie, la peine de mort, le code de la famille, etc. Ce n’est pas de gaieté de cœur que le Président de la République a reculé sur des dossiers impopulaires et qui vont à l’encontre de nos valeurs morales et religieuses.

Il s’était mis à dos toute la communauté musulmane majoritaire dans ce pays. Et si le débat est reporté, c’est pour dégager un large consensus autour de ces questions. Cela permettra au moins de faire passer une pilule déjà amère à avaler. Cette triste expérience prouve, en tout cas, que la gestion solitaire du pouvoir a ses propres limites.

En prenant de façon solitaire des décisions aussi graves dans la vie d’une nation, l’apôtre du consensus semble avoir oublié la recette miracle qui lui a permis de museler le peuple et ses dirigeants pendant cinq ans. Il s’est livré, lui et ses généraux, au même «one man show» lors de la signature des accords d’Alger. Même là aussi échec et mat. Bahanga et Fagaga sont toujours dans le maquis avec leurs otages.

S’il faut se féliciter du retour à la normale du prix du pain, le riz, le lait et même l’huile coûtent toujours chers sur le marché sans que personne ne crie au scandale. Le riz est l’aliment de base des Maliens. En 2004, lors de la crise des criquets, il était même vendu à 500 F Cfa le kilo. Personne n’a bronché. Allons-nous continuer de boire le calice jusqu’à la lie alors qu’on clame partout que le Mali est un pays à vocation agro-pastorale avec d’immenses potentialités comme l’Office du Niger ?

Ne parlons pas de l’école qui va à vau-l’eau malgré la signature en juillet 2005 au palais présidentiel de Koulouba d’un pacte pour l’instauration d’une école performante et apaisée. Cette fois-ci, ce ne sont pas les enfants mais les enseignants qui sont dans la rue. Sous la poussée de leurs syndicats, ils prennent en otage les notes d’évaluation des élèves et on ne sait pas par quel miracle le gouvernement va résoudre leurs nombreux et multiples problèmes.

A cela s’ajoute le problème des élèves titulaires du DEF non orientés. Ils sont 14 000 cette année contre 12 000 l’année dernière. Les syndicats des travailleurs ne sont pas en reste.
Si Siaka Diakité, le secrétaire général de l’UNTM se dit plus au moins satisfait de l’issue de ses négociations avec le gouvernement, il n’en va pas de même avec Amadoun Amion Guindo de la CSTM, qui brandit une menace de grève pour les 27, 28 et 29 novembre prochains.

Ça fait dix ans que la CSTM n’est pas allé en grève. Cette fois-ci avec des revendications maximalistes portant sur 58 points que le gouvernement ne peut évidemment pas satisfaire, on ne voit pas comment cette grève pourra être évitée. D’autant plus que, dès le départ, les négociations piétinent. Les uns accusant les autres d’être de mauvaise foi.

Sans doute que le front social est en ébullition. Sans qu’on s’en rende compte ou presque partout le feu couve sous la cendre. La marmite est en effervescence même si le couvercle n’a pas encore sauté.

Mieux vaut prévenir que guérir, c’est pour qu’il ne saute pas que des leaders du Front pour la Démocratie et la République sous la conduite de Tiébilé Dramé ont pris langue avec les diverses sensibilités du pays en vue de recueillir leurs sentiments, suggestions et avis sur les problèmes brûlants de l’heure.

C’est, munis de ces conseils qu’ils feront eux-mêmes leurs propres recommandations. Comme aimait à le dire l’ancien Président Alpha Oumar Konaré, le bateau Mali peut tanguer, mais ne sombrera jamais. A condition qu’il ne soit pas commandé par un capitaine ivre.

Mamadou Lamine Doumbia

26 novembre 2007.