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En organisant une marche dite de soutien au Premier ministre, les femmes maliennes ont exigé leur implication dans la recherche d’une solution aux questions cruciales de la nation malienne : l’éducation, la question du nord, les accidents de la circulation, la vie chère… Face à l’incapacité des autorités à trouver une solution à ces problèmes récurrents, les femmes ont décidé d’agir. La marche de ce 3 avril 2008 est partie du siège symbolique de la lutte des femmes, le centre Aoua Kéita, destination la Primature où elles ont lu leurs déclarations.

« Cet appel est un cri de cœur des mères maliennes réunies ce matin autour d’un idéal commun, celui de l’unité nationale, de la cohésion sociale, et du devenir de notre nation ». La présidente de la Coordination des Associations et ONG féminines (CAFO), Oumou Touré ne croyait pas si bien dire, s’adressant au Premier ministre Modibo Sidibé, à l’heure où une menace sans précédent pèse sur l’unité et le devenir de la nation malienne.

L’heure est grave : d’une part, l’école est de nos jours, loin d’offrir un cadre qui garantit un meilleur avenir pour les enfants maliens. D’autre part, l’usage des armes comme moyens de revendication par certains fils du pays a fait planer une menace grave sur la cohésion sociale et l’unité nationale. Sur l’un ou l’autre front, le Mali connaît à ce jour, une turbulence sans précédent et la situation semble être aussi compliquée qu’on ne le croit.

Les femmes ont-elles vu venir un drame sans précédent qu’elles se sont levées, comme par le passé, pour dire attention aux tenant du pouvoir. Après avoir dit leur soutien aux efforts déployés par les autorités pour gérer les difficultés que traverse notre pays, les femmes à travers leur porte-parole ont assené leurs vérités.

«Les femmes réunies ce matin, après une décennie de crise scolaire, exigent l’implication des familles pour redonner à l’école son éclat d’antan. Aucun argument ne pourra expliquer la privation de ce droit fondamental pour nos enfants… Nous sommes disponibles pour entreprendre tout ce qui peut l’être pour sauver l’école», a déclaré Oumou Touré.

Les femmes ont invité les syndicats d’enseignants, les élèves et étudiants, les parents d’élèves à observer le moratoire proposé par le Premier ministre.
La crise du nord n’est pas demeurée en reste : «nous sommes les premières victimes du déficit de paix et c’est encore nous qui pâtirons des effets de l’instabilité politique et de tout conflit armé interne », a déclaré Mariam Djibrilla Maïga, présidente du Mouvement des femmes pour la paix et l’unité nationale du Mali.

« Pendant que nous portons le fardeau de la pauvreté, de la mondialisation, nous ne cautionnerons pas que nos enfants, nos frères, nos époux et nos pères du même Mali, du même terroir, unis par des liens sociohistoriques, s’adonnent à une guerre fratricide, en lieu et place du dialogue, de la concertation et du développement durable », a-t-elle poursuivi.

Les femmes du Mali ont condamné la recrudescence de la violence et l’utilisation de mines antipersonnelles. « Nous invitons le président de la République, Amadou Toumani Touré, à poursuivre la concertation et le dialogue pour le règlement pacifique du différend », a-t-elle déclaré.
Les femmes ont dit leur soutien à toute initiative de prévention, de renforcement de la cohésion nationale dans la diversité, comme facteur d’un développement durable.

Elles ont lancé « un appel pressant à tous les pays amis, à soutenir le Mali dans la dynamique de concertation et de dialogue dans le cadre strict du Pacte national et des Accords d’Alger ». Les femmes veulent s’impliquer dans les missions de médiations en cours pour un retour définitif de la paix et de la stabilité dans notre pays, souligne Mariam Maïga.

La recrudescence des accidents de la route qui touchent la frange jeune de la population, donc l’avenir du pays, n’a pas échappé aux femmes qui en font leur préoccupation. Face à l’incapacité du gouvernement, elles veulent s’imposer, et s’emparer s’il le faut de la mission de « sensibilisation, d’information et de communication pour un changement de comportement des usagers de la route».

En réponse, le Premier ministre a indiqué que le gouvernement est fermement décidé à mettre tout en œuvre pour sauver l’année scolaire et pour engager résolument le système éducatif dans la voie de sa reforme. Le forum national en préparation est le cadre qu’il propose où toutes les contributions vont s’exprimer. Concernant l’augmentation des prix, «je vous donne l’assurance que le gouvernement va poursuivre et intensifier les efforts engagés pour soulager les ménages».

En ce qui concerne le nord, ce qui se passe dans la région de Kidal est assimilé par le Premier ministre Modibo Sidibé à «un véritable drame». Selon lui, «le gouvernement entend privilégier la voie du dialogue pour la restauration de la paix et de la sécurité dans cette partie du territoire national et poursuivre la mise en œuvre des conclusions du Forum de Kidal».

B. Daou

04 avril 2008.