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1-19.jpgAmadou Telly est un Dogon à la cinquantaine révolue. Il vit à Bamako depuis près de 5 ans, après avoir séjourné en Côte d’Ivoire. A Niamakoro, il dirige un petit restaurant, genre fast food. Aidé par deux bonhommes de son village natal, Koro, il ne passe pas toute la journée dans son restaurant qui reçoit des clients à tout moment de la journée et même tard dans la nuit.

Mais si la gargote de Telly ne désemplit pas, ce n’est pas que les affaires marchent pour lui. La flambée des prix a joué négativement sur ses revenus. Dans un bambara à l’accent fort dogon, il commente : « Toutes les denrées ont subi une augmentation de prix. Pourtant, à part le plat de viande, mes tarifs n’ont pas beaucoup changé. C’est dire que je gagne moins qu’avant. Je dois accepter cette situation car je n’ai pas tellement le choix ».
Pour Mohamed Doumbia, commerçant à Hamdallaye, l’heure est au sauve-qui-peut. « Moi personnellement, je pense que chacun doit se défendre comme il peut. Le changement de cette donne est difficile. Il ne faut plus surtout compter sur les dirigeants. Ceux qui nous gouvernent sont nuls et c’est sûr que leurs successeurs ne feront pas mieux », a rapporté le commerçant.

Devant la boutique de Mohamed, il y a des réparateurs de motos. Un groupe de 4 personnes, apprentis et patrons confondus, s’attelle au travail autour du thé. Mais la cherté de la vie est une question qui agace le patron, Adama Coulibaly. Il n’a pas été loin à l’école mais il cultive une sorte de colère, qu’il ne cache pas, contre les autorités d’abord, ensuite contre les intellectuels. Il commence son réquisitoire par des critiques contre la presse qu’il considère comme la complice des autorités, puis il vire à des attaques ciblées. « Il arrivera un jour où nous allons prendre des armes vous tuer tous…Je ne suis pas fâché mais je dois dire ce que je pense des problèmes du pays. Je ne dois rien aux autorités, c’est au contraire elles qui me doivent quelque chose. Je paye mes taxes qu’elles prennent pour s’enrichir. C’est sûr que ça va arriver car les choses s’amélioreront partout sauf au Mali », s’est défoulé le réparateur de motos. Comment Adama Coulibaly fait-il pour joindre les deux bouts ? A cette question, il refuse tout commentaire : « Je n’en sais rien ! »

Toutefois, tout le monde ne réagit pas de façon aussi épidermique. Idrissa Tapily est vigile la nuit et s’occupe de la gestion d’une cabine téléphonique dans la journée. Avec un revenu bas, il est censé subir de plein fouet les conséquences de la hausse des prix. « Les gens en parlent beaucoup, mais moi je n’en sais pas grand-chose. Ce qui est certain, c’est que ça doit faire mal aux chefs de famille, particulièrement ceux qui ont la charge d’une grande maisonnée », a dit M. Tapily. Et c’est avec la même sérénité que Sidiki Dembélé, menuisier, raconte : « Tant que je peux avoir sur le marché du riz, je ne m’affole pas. Mais si la crise dépasse les bornes, nous allons tous retourner à la terre pour cultiver ».

En somme, la hausse des prix a contraint la majeure partie des Maliens à être moins dépensiers. Diahara Touré, étudiante, trouve qu’il lui est difficile de trouver de l’argent auprès de ceux qui lui en donnaient (ses parents) jadis. « Comment vivre dans ces conditions ! Tout est cher, on est obligé de renoncer à la satisfaction de beaucoup de besoins », a-t-elle déploré.

Soumaila T. Diarra

Le Républicain du 09 mai 2009