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Après avoir refusé le cantonnement et le désarmement, les rebelles, visiblement, se préparent à la guerre en s’approvisionnant en armes. Un jeune intégré, sergent-chef de la police nationale et convoyeur d’armes, a été victime d’un accident de la route à Konna (Mopti) dans la nuit de samedi à dimanche 29 octobre 2006. Son chauffeur a trouvé la mort. La hiérarchie policière est indignée.

Le drame s’est produit à Konna, à une centaine de kilomètres de Mopti sur la route Sévaré-Gao. Il est 22 heures environ. La Mercedes 190 ayant à son bord le sergent-chef de la police en service à la Brigade anticriminalité (Bac) Oumar Ali et son chauffeur (le jeune frère d’un capitaine déserteur de l’armée) fait plusieurs tonneaux. Le chauffeur est tué sur le coup. Le sergent-chef s’en sort avec plusieurs vertèbres cassées. Il est évacué d’urgence à l’hôpital Sominé Dolo de Mopti où il suit présentement des soins.

Oumar Ali n’est vraisemblablement qu’un convoyeur d’armes à ses frères rebelles du Groupe du 23-Mai 2006, auteurs des attaques des camps de Kidal et de Ménaka. Son véhicule accidenté a été trouvé bourré d’arsenaux de guerre.

La Mercedes immobilisée à la gendarmerie de Mopti contenait des téléphones satellitaires Turaya, deux mortiers de 60 mm, 4 PM et 250 chargeurs de PM, 5100 cartouches de 7,62 semi-long, deux fusées éclaireurs et de nombreux autres matériels de combat.

Aucune de ces armes n’est utilisée par la police nationale. Il faut dire que c’est Dieu qui nous sauve encore une fois. Si l’on doit faire preuve de retenue dès qu’il y a mort d’homme, l’on ne peut s’empêcher de s’interroger sur le nombre de morts que ces armes, une fois à destination, pouvaient causer ;

Passe-droit pour les intégrés

Selon des informations concordantes, les plus hautes autorités ont beau nié l’évidence, la rébellion au nord a ses ramifications dans les services de sécurité, des eaux et forêts, des garnisons militaires et de la garde nationale.

Ces corps sont infestés d’agents intégrés acquis à la cause de la rébellion dont ils sont les éclaireurs à partir des moyens de communication sophistiqués s’ils ne les approvisionnent pas en armes.

Le cas du sergent-chef de la Bac, un cas parmi tant d’autres, en dit long sur le laxisme de l’Etat. Oumar Ali n’était ni permissionnaire, ni en mission commandée. Comment a-t-il pu se trouver dans une telle situation s’il n’est pas coutumier des faits ?

Mais, dans chacun de ces corps cités plus haut, il y a une discipline à double vitesse. Selon nos sources, quelle que soit l’indiscipline ou la faute commise par un élément intégré, son chef hiérarchique est tenu de lui « coller la paix ».

« La consigne vient d’en haut et c’est la conduite à tenir », nous a-t-on dit. Il y a un véritable passe-droit pour les intégrés de façon générale depuis l’attaque rebelle du 23 mai au nord.

Le Groupe du 23 Mai est retranché dans le désert sans grands moyens de défense. Tout porte à croire qu’il refuse le cantonnement et le désarmement prévus initialement le 28 octobre 2006.

En revanche, il se prépare activement à la guerre avec la complicité avérée de certains frères en uniformes. L’Etat, qui prône la paix, assiste au pourrissement d’une situation qu’il a créé.

Affaire à suivre.
Abdrahamane Dicko

31 octobre 2006.