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Membre fondateur du Fdr, Me Kassoum Tapo qui ne dissimule pas ses idées, n’est pas passé par quatre chemins pour expliquer aux journalistes les raisons de sa démission de son poste de porte-parole de ce regroupement sociopolitique. En effet, sans détour ni circonvolution, il a mis à nu les coups bas de certains camarades politiques qui n’ont pas hésité un seul instant à le couvrir de pou et de boue uniquement pour le discréditer. C’est ainsi qu’ils ont poussé l’animosité et la calomnie à l’extrême, allant jusqu’à remettre une copie du fameux décret de février 1997 autorisant la Ceni de l’époque (qu’il présidait) de passer de gré à gré les marchés des opérations électorales. La manœuvre, trop grossière, vise uniquement à nuire à son image.

Au cours d’un déjeuner de presse dans sa résidence de Titibougou, le 8 septembre 2012, Me Kassoum Tapo est revenu sur les raisons de sa démission du poste de porte-parole du Front uni pour la démocratie et la République (Fdr). «Pour certains adversaires et camarades politiques, j’étais devenu l’homme à abattre. Voilà pourquoi des tentatives de dénonciations calomnieuses ne manquent pas à mon encontre depuis un certain temps».

C’est en ces termes que le célèbre avocat a commencé ses explications sur son départ du regroupement sociopolitique dont il est membre fondateur. Il continue, en précisant que c’est suite au communiqué du Fdr du 14 août 2012 désavouant son intervention sur Rfi par laquelle il faisait le compte rendu de leur rencontre avec le président de la République. Cette intervention qui n’a pas plu à certains membres du Fdr n’était ni plus ni moins que la confirmation d’une information dont disposait le journaliste de Rfi, Guillaume Thibault.

«Après l’audience avec le président de la République, j’ai déclaré sur Rfi effectivement que c’est un gouvernement de 30 membres. Pour moi c’était juste une confirmation de l’information. Certaines personnes de mauvaise volonté ont interprété ma démarche comme une volonté délibérée de dévoiler le secret d’Etat.»

Informé du communiqué du Fdr, le journaliste de Rfi, Guillaume Thibault, a exprimé sa stupéfaction au premier vice-président du Front, Iba N’diaye, sur le fait que deux responsables du même regroupement ayant participé à la rencontre lui avaient livré les informations de l’audience.

Pour Me Tapo les choses sont claires : il est victime de coups bas de la part de ses propres camarades du Fdr dont certains, obnubilés par le désir de rentrer dans le gouvernement, ne reculaient devant rien pour l’écarter. «Sinon, comment comprendre un tel comportement de la part de responsables? Le lundi 13 août dernier, aux environs de 18 heures, entrant chez le président de la République, Amadou Koïta, secrétaire politique du Fdr, m’a informé qu’un journaliste de Rfi me cherchait.

J’ai répondu que cela était normal à un moment où tous les journalistes couraient vers l’information sur la formation du GUN, puisque j’étais toujours le porte-parole du Fdr. A la sortie de l’audience, il a insisté encore afin que je rappelle Rfi avant de prendre mon avion pour Atlanta. Il m’a donné le numéro de Rfi en présence du chargé de communication, M. Cissé. J’ai été estomaqué d’apprendre que le même Amadou Koïta a soutenu, lors de la réunion du Fdr qui a fait mon procès par défaut, que j’avais prémédité d’appeler Rfi.

Mais je pense que l’honnêteté intellectuelle doit le conduire à confirmer à nos camarades du Front ce que je viens de révéler. Je suis tranquille avec ma conscience. Ma seule volonté a toujours été de servir mon pays.» Voici donc les raisons de l’indignation de Me Tapo. A y regarder de très près, il n’y a pas de quoi créer un tollé. Mais puisque quand on veut accuser son chien on l’accuse de rage…

Parlant du fameux dossier de la Ceni de 1997 sur lequel il a gardé le silence depuis 15 ans, malgré les agissements et allégations de certains adversaires politiques qui brandissent le décret autorisant la Ceni de l’époque, qu’il présidait, à passer de gré à gré les marchés des opérations électorales.

Ce décret constituait pour certains un élément de preuve de culpabilité ou de présomption de malversation contre l’ancien président de la Ceni de 1997. Pour Me Kassoum Tapo, ce décret initié par Ibk, Premier ministre dans les circonstances d’urgence, constitue pour lui un moyen légal pour se mettre à l’abri de toute incrimination ou de poursuite éventuelle relative à la passation des marchés de la Ceni.

Malgré ce décret et l’exigence du questeur de l’époque, Madani Traoré, tous les marchés de la Ceni sont passés par appel d’offres et aucun d’eux n’a fait l’objet de contestation de la part d’un soumissionnaire. S’il y avait eu malversation ou surfacturation, les adversaires politiques de Me Tapo n’allaient pas lui faire de cadeau sur la scène politique depuis 15 ans.

Au contraire, l’ancien bâtonnier de l’ordre des Avocats qu’il est, a eu à scinder certains marchés dont celui des bulletins, des cartes et des imprimés électoraux attribués sur appel d’offres à Graphique industries pour un montant de 2 800 000 000 de nos francs ramené à 2 milliards, en obligeant le Pdg de cette entreprise à signer un nouveau marché de gré à gré.

La régionalisation du fichier électoral a été ramenée de 500 à 250 millions FCFA. «Le coût exorbitant de ces élections n’est pas étonnant parce que c’étaient les premières élections organisées par une commission nationale indépendante dans notre pays. Mais je comprends difficilement aujourd’hui qu’on puisse encore s’en étonner en toute bonne foi, au vu des élections de 2002 qui ont coûté 26 milliards FCFA, de celles de 2007 qui ont coûté près 30 milliards FCFA et celles de 2012 qui étaient prévues pour plus de 40 milliards FCFA contre 19 milliards pour les élections 1997 étalées sur deux ans. Ces élections, au jugement des observateurs, n’ont pas été plus catastrophiques que celles de 2002 et 2007».

Mais pourquoi donc à la veille de la formation du gouvernement d’union nationale, certains camarades politiques ont envoyé par malveillance une copie du décret autorisant la Ceni de l’époque de passer de gré à gré les marchés des opérations électorales ? Même s’ils pensaient que Me Kassoum Tapo avait déposé son CV pour postuler à un fauteuil ministériel, cela ne devait pas justifier une telle pratique qui donne raison, en partie, à ceux qui disent que le Mali est d’abord malade de ses politiciens.

Nouhoum DICKO


Propos préliminaires au déjeuner de presse du 08 septembre 2012 offert par Me Kassoum Tapo :

Mes chers amis de la presse,
Je vous remercie d’avoir accepté de partager avec moi ce déjeuner qui me donne 1’occasion d’apporter quelques précisions complémentaires sur les circonstances qui m’ont conduit à démissionner de mon poste de porte-parole du FDR d’une part, et de fournir quelques éclaircissements sur les tentatives de dénonciation calomnieuse dont j’ai fait 1’objet pendant mon absence, d’autre part.

Je voudrais tout d’abord vous dire, que dès mon arrivée à Atlanta le 14 août dernier, lorsque j’ai été informé par le journal InfoMatin du communiqué du FDR désavouant mes propos de la veille faisant le compte rendu sur RFI de notre rencontre avec le Président de la république, j’ai aussitôt rappelé le journaliste de RFI Guillaume Thibault à qui j’avais accordé 1’interview.

Il a exprimé sa stupéfaction dans la mesure où dit-il, deux responsables du FDR ayant participé à la rencontre avec le Président, lui avait déjà livré les informations qu’il voulait me faire officialiser tout simplement en ma qualité de porte-parole. Il a promis de rappeler aussitôt le Premier-vice président du front. Monsieur Iba N’diaye pour lui manifester son indignation, ce qu’il a fait effectivement.

Par ailleurs, ce lundi 13 août dernier aux environs de 18 h, en rentrant chez le Président de la république, Amadou Koita, secrétaire politique du FDR, m’a informé qu’un journaliste de RFI me cherchait frénétiquement depuis quelques heures, j’ai répondu que cela était normal à un moment où tous les journalistes courraient vers 1’information sur la formation du GUN puisque j’étais toujours le porte-parole du FDR. À la sortie de 1’audience avec le Président de la République il a insisté encore afin que je rappelle RFI avant de prendre 1’avion. Il m’a donné le numéro de RFI en présence de Monsieur Cissé chargé de communication.

J’ai été par la suite estomaqué d’apprendre qu’il a soutenu lors de la réunion du FDR qui a fait mon procès par défaut que j’avais prémédité d’appeler RFI puisque je lui avais rappelé que j’étais toujours le porte-parole.

Je comprends aujourd’hui ses motivations réelles et, je partage volontiers son amertume et sa frustration de n’avoir pas été appelé au gouvernement d’union nationale, mais je pense que 1’honnêteté intellectuelle doit le conduire aujourd’hui à confirmer à nos camarades du FDR ce que je viens de révéler.
Je voudrais ensuite vous dire que j’ai été stupéfait d’apprendre que certains de nos camarades, qui pensaient peut-être que j’avais envoyé mon CV pour quelque strapontin ministériel, ont poussé la malveillance jusqu’à aller remettre au Premier ministre la copie du décret de Février 1997 autorisant la CENI de 1’époque que j’ai eu 1’honneur de présider à passer de gré à gré les marchés des opérations électorales.

Ce fameux décret que certains leaders du défunt COPPO, opposants de toujours devant 1’Eternel, brandissent depuis plus de 15 ans maintenant, constituait-il à leurs yeux, quelques éléments de preuve de culpabilité ou de présomption de malversations à mon égard?

Ledit décret ne constitue-t-il pas plutôt un moyen légal pour moi de me mettre à l’abri de toute incrimination ou de toute poursuite éventuelle relativement à la passation des marchés de la CENI? L’ai-je jamais invoqué ? IBK, premier ministre de 1’époque, homme d’État s’il en fût dans ce pays, aurait-il jamais initié ce décret si les circonstances d’urgence exceptionnelle de 1’époque ne 1’eussent exigé pour la réussite de notre mission dont dépendait la survie même de nos institutions ?

Mais malgré le bénéfice de ce décret et, sur 1’exigence du questeur de l’époque, Madani Traoré, Inspecteur des Finances émérite respecté par ses pairs au ministère des finances, tous les marchés importants de la CENI ont été passés par appel d’offres. Ils ont tous été attribués aux mieux disants et je n’ai pas souvenance d’avoir enregistré une seule contestation de la part des différents soumissionnaires. Croyez bien que, s’il y avait eu malversations, surfacturations, ou autres procédés malhonnêtes dont je ne suis pas familier n’ayant jamais eu auparavant à gérer de marchés publics, nos adversaires ne nous auraient jamais fait aucun cadeau.

Or, tous les marchés de la CENI ont été attribués par sa plénière avec la participation de tous ses membres y compris ceux de 1’opposition de l’époque, et je ne me souviens pas d’une seule désapprobation.
Bien au contraire, en tant que président, j’ai eu à rescinder certains marchés, dont celui des bulletins, des cartes et des imprimés électoraux attribués sur appel d’offres à Graphique industrie pour un montant de 2 800 000 000, que j’ai ramené à 2 milliards en obligeant le PDG de Graphique industrie à signer un nouveau marché de gré à gré pour ce montant, celui de la régionalisation du fichier électoral que j’ai ramené de 500 à 250 millions. Qui dit mieux ?

Si je peux comprendre qu’à l’époque beaucoup à commencer par moi même, aient pu être étonnés par le coût exorbitant de ces élections, parce qu’elles étaient les premières élections pluralistes jamais organisées par une commission nationale indépendante dans notre pays, je comprends difficilement aujourd’hui qu’on puisse encore s’en étonner en toute bonne foi, au vu des élections de 2002,qui ont coûté 26 milliards, de celles de 2007 qui ont coûté près de 30 milliards et de celles de 2012 qui étaient prévues pour plus de 40 milliards contre 19 milliards pour les élections de 1997 qui se sont étalées sur deux ans avec un personnel rémunéré de plus 4800 membres de la CENI. Et ces élections, au jugement même de nos détracteurs d’hier, et de certains observateurs avertis de la scène politique et même de la Cour constitutionnelle, n’ont pas été plus catastrophiques que celles de 2002 et 2007.

Je n’ai pas souvent répondu aux attaques dont j’ai fait l’objet pour la gestion de la CENI de 1997. À la fin de ma mission en 1998, bien que n’étant tenu par aucune obligation légale de déclaration de mes biens, j’avais déclaré sur 1’honneur, devant la presse nationale et internationale, que tous les biens que je possédais à l’époque tant au Mali qu’à 1’étranger, avaient été acquis avant la CENI, à la présidence de laquelle j’avais été élu en ma qualité de bâtonnier de 1’ordre des avocats élu par mes pairs, n’ayant jamais eu auparavant, à gérer de quelconques deniers publics, et n’ayant jamais exercé d’autres professions que celle d’avocat aux barreaux de Paris et du Mali depuis 1980.

Avant ma prise de fonction de président de la CENI, j’avais fait filmer ma résidence actuelle, également parue en photo dans un numéro de 1’époque de Jeune Afrique, résidence qui fait 1’objet de toutes les convoitises et me vaut toutes les jalousies de la part de ceux qui n’ont jamais connu le bonheur de construire.

Non je ne quitterai ni cette maison ni la scène politique! Que ceux qui souhaitent cela trouvent autre chose, car après 15 ans il y a prescription, car je suis en paix avec ma conscience, fier d’avoir pris toutes mes responsabilités à un moment historique extrêmement difficile où notre démocratie était aussi menacée qu’elle l’est aujourd’hui, à un moment où les institutions de notre pays auraient pu sombrer plus qu’aujourd’hui. Je le rappelle simplement pour mémoire à ceux qui n’ont pas vécu ces durs moments avec nous.

Chers amis, vous comprendrez qu’à mon retour je consacre mes propos préliminaires « aux coups de couteau » qui m’ont été plantés dans le dos.
Mais bien entendu, je reste à votre disposition, en tant que membre fondateur du FDR, en tant qu’élu national, et tout simplement en tant que citoyen, pour répondre à toutes vos questions.
Je vous souhaite un bon appétit et un bon après -midi, merci.

Kassoum TAPO

Le Prétoire du 10 Septembre 2012