Partager

L’absence de contrôle médical des ouvriers et inspecteurs vétérinaires, le manque de cuiseur pour la destruction des saisies et l’absence d’une politique de transport adéquat de viande, conformément aux dispositions réglementaires sont monnaies courantes. A tous les niveaux, le mal est infini.

La salle d’habillage et d’inspection vétérinaire est un véritable marché où s’entremêlent inspecteurs vétérinaires, ouvriers, bouchers, apprentis bouchers, marchands de tous ordres dans un désordre indescriptible où ne règnent que vacarme assourdissant, fumée de cigarette, odeurs nauséabondes.

La cour de l’Abattoir frigorifique de Bamako, quant à elle, en violation flagrante des exigences d’un abattoir moderne, est transformée en un parc à bétail où sont gardés des bovidés pour différentes spéculations.

Rappelons que l’abattoir est et demeure uniquement un lieu de production de viande et sous-produits de viande. L’absence chronique d’un cuiseur pose l’épineux problème de gestion des saisies. En effet, elle met en mal le dispositif de destruction de certaines catégories de saisies (carcasses charbonneuses ou tuberculeuses généralisées, etc. qui constituent de véritables menaces pour la santé des consommateurs). Alors comment peut-on concevoir un abattoir moderne sans cuiseur ?

Par ailleurs, fréquemment, les bovins, dans la salle de saignée, sont étourdis ou du moins assommés à coups de marteau avant d’être égorgés, car l’entreprise enregistre fréquemment des permis de cartouches étourdissantes. Comment peut-on offrir à des musulmans une telle viande ? L’incapacité notoire de l’Abattoir frigorifique de Bamako d’assurer le transport de la viande de manière hygiénique de l’abattoir au marché a amené des bouchers à utiliser des moyens de bord inappropriés.

C’est ainsi que des véhicules de transports en commun, des mobylettes, des vélos, des pousse-pousse sont fréquemment utilisés par des bouchers pour le transport de leur viande dans des conditions hygiéniques désastreuses. Comme si tout ceci ne suffit pas, le maître des lieux, c’est-à-dire le promoteur s’oppose le plus souvent aux missions d’inspections autorisées par les services techniques en charge de ces opérations au motif qu’il doit être informé quelques jours plus tôt.

Consommateurs exposés

Mais si à l’Abattoir frigorifique de Bamako (AFB), les conditions de production d’une viande saine ne sont pas respectées, à l’Abattoir frigorifique de Sabalibougou, (AFS), c’est encore pire.

D’abord, l’accès est impraticable : une route poussiéreuse en saison sèche ; très collante et glissante pendant l’hivernage sans lumière qui le lie à Missabougou est la seule empruntée par les usagers. Ce qui fait que le transport de la viande de cet abattoir aux marchés se fait dans des conditions hygiéniques très déplorables.

L’absence d’eau, les opérations d’abattage, d’inspection et de conditionnement de la viande se font dans de conditions regrettables. Aussi invraisemblable que cela puisse être, il n’y a pratiquement pas d’eau à l’AFS. Il y a qu’un petit robinet dans la salle d’habillage qu’utilisent comme lave-mains, les apprentis bouchers, les ouvriers et des inspecteurs qui travaillent dans de conditions pénibles, pataugeant dans du sang, le couteau collant aux doigts ensanglantés.

Comment peut-on envisager un abattoir sans source d’eau potable suffisante ?
Ici, compte tenu de la vieillesse des équipements, le travail à la chaîne est très souvent perturbé soit par la cassure d’une scie électrique, soit par manque de cartouche ou tout autre matériel indispensable. Ce qui conduit le plus souvent les bouchers à abattre les animaux à même le sol. L’atmosphère prend alors les couleurs d’un véritable air d’abattage.

Ce qui rend très difficiles les opérations d’inspection vétérinaire.
L’absence de contrôle médical des ouvriers et inspecteurs vétérinaires, le manque de cuiseur pour la destruction des saisies et l’absence d’une politique de transport adéquat de viande ; conformément aux dispositions réglementaires sont monnaies courantes ici à l’AFS en la matière. A tous les niveaux, le mal est infini.

Aussi, à la lumière de ces constats, on peut affirmer sans se tromper que le consommateur bamakois est dangereusement exposé aux risques sanitaires liés à la consommation de la viande provenant de ces abattoirs. Qu’a-t-il fait pour mériter une telle haine ?

Pourquoi les autorités administratives et techniques, suffisamment informées de ces anomalies, ne réagissent pas ? Quelles mains invisibles protègent ces malfaiteurs qui agissent en toute impunité au su de tout le monde en produisant de la viande dans des conditions dangereuses pour la santé des consommateurs ?

Moustaph Touré

(vétérinaire à Bamako)

16 Juin 2010