Partager

Besoin de continuité dans un climat nécessitant des retouches, le tout dans un environnement économique difficile pour le pays. C’est le décor auquel le nouveau Premier ministre Diango Cissoko fait face dans la perspective de la formation du Gouvernement attendu pour ce week-end. Les circonstances du départ de son prédécesseur, Dr Cheick Modibo Diarra, impacteront les tractations pour la constitution de la nouvelle équipe gouvernementale. Une équipe, qui se veut inclusive et dont la mise en place ne saurait entraîner des ruptures susceptibles de freiner la dynamique timidement enclenchée. Plusieurs portefeuilles pourraient conserver leurs titulaires dans un effectif global de la trentaine de ministres.

Le Premier ministre Diango Cissoko est entré pleinement dans ses nouvelles fonctions hier par la cérémonie de passation de services avec son prédécesseur, Dr Cheick Modibo Diarra, dans une atmosphère de grande émotion. Mais avant même de prendre les clefs de la primature, Diango Cissoko s’est fait une idée de l’équipe gouvernementale qu’il va constituer ce week-end. De bonnes sources indiquent que les tractations pourraient jouer aux prolongations et le nouveau gouvernement ne serait pas connu avant le mardi prochain. Le chef du Gouvernement veut en profiter pour écouter, aujourd’hui et demain samedi la plupart des obédiences politiques du landernau national. Ses réflexes d’ex-Médiateur de la République inspireront sa disponibilité à échanger avec le FDR, les deux tendances de la COPAM, l’alliance IBK-Mali-2012, la CSM et les autres. Malgré l’impératif du temps, Diango Cissoko ne voudra pas rater le coche en ne rencontrant pas les acteurs politiques. Il s’ensuit qu’après ces consultations, il est peu probable que l’équipe qu’il mettra en place, ne comporte pas de cadres issus de ces regroupements politiques.

Et, en de pareilles circonstances, mieux vaut poursuivre avec des ministres qui n’ont pas démérité que de faire appel à de nouvelles personnalités issues des mêmes entités politiques. S’il est établi que la plupart des ministres du gouvernement sortant n’ont pas démérité, surtout que certains n’ont fait que trois mois, une sorte de « tacite reconduction » pourra jouer à leur faveur.

Toutefois, l’image ternie que l’ancien chef du Gouvernement aura laissée dans les consciences pourra plaider en faveur du débarquement des ministres qui lui sont proches. C’est ainsi que des noms comme Dr Yaranga Coulibaly, Adama Ouane, Dr Mamadou Sidibé, Soumana Makadji, Mme Diallo Fadima Touré, Mme Traoré Rokiatou Guikiné, sont cités pour être poliment remerciés pour services rendus à la nation.

Il s’ensuit une redistribution des cartes entre les regroupements et la société civile. On annonce des entrées comme Seydou Nourou Kéita du RPM comme nouveau ministre du Logement et des affaires foncières, Ousmane Ben Fana Traoré comme ministre de l’Agriculture et du développement rural. Plusieurs portefeuilles pourraient être reconfigurés avec jonction entre des départements. On annonce la création d’un ministère de l’Elevage, de la pêche et de la sécurité alimentaire, le ministère de l’Aménagement du territoire, de la décentralisation et de l’environnement, celui de l’Industrie, du Commerce et du tourisme, le ministère de la Culture et de l’Artisanat.

Des sources concordantes affirment que certains ministres proches de l’ex-junte et d’autres étant sur des départements stratégiques en ces périodes de crise ont toutes les chances d’être reconduits. Il s’agit de Tiéna Coulibaly, dont le nom a même été cité comme potentiel premier ministrable. Il jouit de la réputation d’être un des meilleurs ministres de l’Economie et des finances de l’histoire du Mali. D’autres ministres démissionnaires comme Tiéman Coulibaly des Affaires étrangères, Moussa Sinko Coulibaly de l’Administration territoriale, Yamoussa Camara de la Défense, Tiéfing Konaté de la Sécurité intérieure, Malick Coulibaly de la Justice, Haméye Founé Mahalmadane des sports, Demba Traoré de la Décentralisation, Amadou Baba Sy des Mines, Bocar Moussa Diarra de la Promotion des Langues, Harouna Kanté de l’Enseignement supérieur, Abdel Karim Konaté de l’Industrie et du Commerce, Marimpa Samoura du Budget seront probablement reconduits.

Certaines sources font état de permutations. Le ministre Abdel Karim Konaté pourrait quitter le monde des affaires (industrie et commerce) pour se retrouver à la tête du département des sports. Cette hypothèse est tout de même contestable dans la mesure où Hamèye Founé Mahalmadane a déjà imprimé sa marque au département des sports et, en cette veille de la Coupe d’Afrique des nations, ce proche de l’ex-junte pourrait exprimer une certaine réticence à quitter ce domaine où il n’est pas étranger (il est ancien arbitre et ancien membre de la fédération malienne de football). Il est également fait état du parachutage de Me Demba Traoré «avec» la décentralisation à la tête du département précédemment dirigé par David Sagara, le ministère de l’Environnement et de l’assainissement.

En définitive, les tractations pour la mise en place du gouvernement se feront sous la direction du président de la République par intérim, sans oublier la marge de manœuvre encore forte du chef de l’ex-junte. Ce qui suppose des bouleversements de dernière minute. Que Dieu protège le Mali!

Bruno D SEGBEDJI

L’Indépendant du 14 Décembre 2012