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L’analyse de certains faits troublants de la crise qui avait secoué le pays de Laurent Koudou Gbagbo rappelle, avec horreur, que les guerres d’ethnie ou de clan ont la vie dure.

Et qu’au fil des années, leurs séquelles macabres déteignent sur les douces couleurs de la vie sociale, politique, économique et culturelle d’un pays, d’une sous-région, d’un continent.

Maturité et sagesse politiques

Au regard de ce rétablissement aussi subit que surprenant de la paix sociale en Côte d’Ivoire, l’opinion nationale a radicalement changé de jugement sur le Président Laurent Gbagbo.

En effet, autant l’on croyait que Gbagbo n’était pas capable de maturité diplomatique et de sagesse politique, autant sa politique de ces derniers temps a eu raison sur cette crise ivoirienne. Mieux, dans l’apaisement de ladite crise, la nouvelle collaboration Laurent Gbagbo-Guillaume Soro a été d’un apport capital. Du coup, bien des pronostiqueurs politiques donnent déjà Gbagbo gagnant de la future élection présidentielle ivoirienne à venir.

A moins que d’ici-là, un autre grain de sable politique ne vienne tout remettre en cause… Un grain de sable du genre de ce récent attentat raté qui avait visé le Premier ministre Guillaume Soro, dès les premiers jours de sa prise du pouvoir. Un attentat dont certains milieux politiques ivoiriens avaient attribué la paternité à l’ancien Premier ministre d’Houphouet Boigny, Alassane Dramane Ouattara.

Cette accusation, bien que ne reposant sur aucune preuve, a fortement fait baissé la popularité du leader du RDR, ces derniers temps. Si bien que bon nombre d’Ivoiriens ne voient aujourd’hui, en lui, qu’un “opportuniste politique”, tandis que le Premier ministre est qualifié de “patriote” et que sa popularité prend de plus en plus du galon.

Une main invisible?

Si seulement, avant de déclencher cette guerre inutile, les dirigeants ivoiriens avaient mesuré les dégâts des massacres entre Hutus et Tutsis, au Rwanda et au Burundi, ou des folies meurtrières de la Sierra Leone et du Libéria. “Pourtant, ces deux pays ne sont qu’à quelques encablures du nôtre”, avait déploré un responsable politique, au plus fort de la crise ivoirienne.

En fait, à l’époque, on aurait dit qu’une main invisible attisait, dans l’ombre, le feu entre le pouvoir et les rebelles ivoiriens. Sinon, comment admettre que “des mutins anonymes” parviennent à tenir tête à toute une armée régulière? A moins qu’en ce temps, ladite armée fut truffée de soldats ralliés inconditionnellement à la cause desdits mutins?

Mais il était facile de comprendre ces atermoiements dus à l’impuissance des forces loyalistes, dès lors qu’on comprend que l’emprise des rebelles n’avait d’égale que la force de leur suréquipement. Et au train où allaient… les pétrins du pouvoir de Gbagbo, ses lauriers étaient sur le point de se faner, et ses fans du FPI (Front Populaire Ivoirien) en passe de jeter leurs képis aux orties.

Des raisons d’assassiner

La “mise au vert” des 775 militaires, avec des motifs et des promesses injustifiés, avait-elle été une façon de mécontenter un Général (Robert Gueï) qui, pour sa perte, ne cachait plus son antipathie à l’égard du régime en place?

Le pouvoir de Gbagbo n’avait-il pas plutôt poussé Gueï dans un engrenage dont il se serait servir pour le “broyer”? Ce Général n’était-il pas plutôt “gênant”, pour avoir été retrouvé dans la rue, en tee-shirt et pantalon de sport, abattu en même temps que toute sa progéniture?

C’est dire que les thèses fallacieuses du quotidien “La voie” (un organe proche du FPI), accréditant la participation d’un pays étranger dans l’assassinat de Guéï, étaient aussi cousues de fil blanc qu’elles tenaient aussi debout… qu’un sac de cacaco vide. Dans le cadre de l’ECOMOG, cet organe avait surgi et pris du poil de la bête, tel la bête du Guévaudan, au moment où on commençait à l’oublier.

Il n’avait donc plus été question d’une rencontre des Chefs d’Etats du Gabon, du Maroc, du Togo, du Mali, du Burkina Faso, du Sénégal et du Congo, pour discuter de la crise ivoirienne à Marrakech, au Sud de Rabat. Il avait été question d’une rencontre des 15 pays de la CEDEAO à Accra, le 29 Septembre 2002, en vue d’une négociation de cessez-le-feu.


Les rebelles déposeront-ils les armes?

Mais quelle que fut l’issue de la médiation, il était incongru de penser que les insurgés lâcheraient leurs “prises de guerre” -Bouaké, Ferkéssedougou, Korhogo, Sawassou, Séguéla…- pour les beaux yeux du pouvoir de Gbagbo. Toutes ces villes du Centre, du Nord et du Sud-Ouest sont à fortes concentrations de populations aux noms à consonance “étrangère“, c’est-à-dire du Nord.

Etait-il même pensable que les rebelles consentissent à déposer les armes et à signer le cessez-le-feu, sinon l’armistice? Même si ce geste était invoqué de tous les voeux, signifiait-il pour autant la fin de la guerre?

C’est que les rebelles avait conditionné leur reddition au retrait des troupes françaises, américaines et même britanniques de ce sol ivoirien désormais tourmenté par la guerre. Cette présence de troupes occidentales est tout de même un fait atypique, sinon unique, dans la sous-région : des troupes “interventionnistes” qui se prétendaient “neutres”, mais dont la seule présence, sur les lieux, en disait long sur leurs intentions inavouées.

Pour laver le linge sale

Pourtant, ce “linge sale” ivoirien devait être lavé en famille ivoirienne, et non par d’autres pays tiers, dits “de bons offices”. Et pour cause : nuls autres que les Ivoiriens n’étaient à même de connaître les causes profondes de cette guerre et d’en évaluer les conséquences !

Compte tenu des dégâts collatéraux causés par la crise, sur l’économie des pays voisins, c’était l’éclat de la famille sous-régionale même qui menaçait d’être terni. Aussi se demandait-on ce que voyaient… ou ne voyaient pas les Ivoiriens, pour se livrer à une telle guerre dont l’issue était aussi incertaine qu’elle risquait de l’éterniser.

Et quand on pense que depuis la mort du premier Président Félix Houphouet Boigny le feu de cette crise couvait, et qu’aucun des gouvernements de Bédié, Gueï et Ggagbo n’avait levé le petit doigt pour y mettre le hola, encore moins l’éteindre. En fait, tous les Ivoiriens semblaient avoir oublié la belle image internationale que la sagesse d’Houphouet Boigny avait faite de ce pays jadis surnommé “sol béni”.

Oumar DIAWARA

13 Mars 2008.