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Selon que vous soyez riches ou pauvres, les jugements de cour vous rendront blancs ou noirs”. C’est en ces termes que dans “Les Animaux malades de la peste”, l’écrivain français du 17è siècle, Jean de la Fontaine, concluait l’une de ses fables les plus humoristiques, mais combien inoubliable, puisqu’elle a survécu à travers tous les âges, pour devenir une vérité universelle.

La preuve : plus de 400 ans après, cette fable s’avère, encore aujourd’hui, une réalité tangible sous nos cieux, avec l’arrestation unanimement jugée arbitraire du Vérificateur Général, M. Sidi Sossoh Diarra. Une réalité tangible, non pas parce que le fait est unique (puisqu’ils sont nombreux, ces anonymes qui ont fait les frais de notre système judiciaire encore tributaire de la magouille et de la corruption), mais à cause du paradoxe même qui entoure le dossier Sidi Sossoh Diarra.

Depuis sa prise de fonction, cet homme intègre, investi de la confiance du Président de la République pour traquer les délinquants financiers, n’a cessé de prouver, à travers ses rapports annuels de contrôle, que c’est bien la corruption qui met économiquement l’Etat malien à genoux. Une mission noble donc, peut-on dire…

Mais le revers de la médaille, c’est que depuis quatre ans maintenant, ces rapports du VG, bien que ne se ressemblant pas, s’assemblent, sinon s’entassent. Mais toujours, point de coupable ! Malheureusement pour le Vérificateur Général, il se trouve que prouver qui est coupable n’est ni de son domaine, ni de son ressort : ce travail-là incombe à la Justice. Et c’est justement là où se situe tout le nœud gordien du problème !

Un Vérificateur Général donc qui, en plus de son statut d’Indépendant, est “bourré” d’investissement financier, tant au niveau de son budget que de celui de son traitement salarial, et placé sur un piédestal, un peu au-dessus du système existant. En voilà bien des raisons susceptibles de rendre jaloux n’importe quel juge, magistrat ou autre agent de la Justice !


Cependant, soyons clair:
aucune forme de jalousie ne saurait expliquer la mise aux arrêts, même pendant une fraction de seconde, d’un homme du statut du Vérificateur Général, même pour un banal relent de règlement de compte ! Non pas parce que le Végal est M. Sidi Sossoh Diarra, mais parce que le Bureau qu’il incarne est un non seulement un symbole fort de l’Etat malien, mais aussi sa volonté de lutter efficacement contre la corruption et la délinquance financière, gage de toute bonne gouvernance.

C’est dire que l’humiliation infligée au Végal va au delà d’une simple jalousie. La vérité, c’est que M. Sidi Sossoh Diarra dérange : il dérange la mafia et la pègre maliennes ; il dérange tous ceux qui, par cupidité, les protègent dans l’ombre.

Et quelque part, les milliards de manque à gagner pour l’Etat malien, ressortis dans ces rapports du Végal, ont mis à mal l’efficacité des structures de contrôle existantes avant le Bureau du Vérificateur Général (BVG), et du système judiciaire dont le rôle est capital dans la lutte contre la corruption.

Autrement dit, l’Etat déboursait des milliards pour assurer le fonctionnement de ces structures noyées, depuis lors, dans la complaisance et le copinage. Et la justice se contentait seulement de frapper le “menu fretin”
(comme l’avait si bien dit le Président ATT) ; et le tour était joué. L’institution du BVG signifiait donc la remise en cause de ce “folklore” savamment entretenu par ceux-là mêmes qui se devaient de traquer les corrompus.

C’est pourquoi le BVG avait été mal accueilli par certains. Et lorsque, dans sa volonté de dévoiler au grand jour tous les méfaits des délinquants financiers, M. Sidi Sossoh Diarra s’en est donné à cœur joie (pourrait-on dire) dans sa mission , il s’est, du coup, mis lui-même dans cette position inconfortable ressemblant à celle de l’âne des “ Animaux malades de la peste” de La Fontaine.

En effet, des “chacals, renards et hyènes“, qui peuvent “tuer les troupeaux” et souvent même, “manger les bergers”, devraient plutôt aller en prison. Mais même après avoir avoir volé l’Etat malien, ils continuent de circuler à l’air libre, sans être inquiétés le moins du monde…

Tout comme l’âne de La Fontaine, qui fut condamné à la pendaison pour avoir tout simplement brouté l’herbe d’un pré, le Végal a payé pour avoir “osé s’aventurer si loin”, dans sa croisade contre la pègre malienne, et pour l’intérêt du citoyen et du contribuable maliens, en dépit des menaces, intimidations et autres pressions exercées à son encontre, en vue de le contraindre à la démission.

Le ridicule ne tuant vraiment plus dans le pays, le pauvre Sidi Sossoh Diarra fut alors psychologiquement maté, traîné dans la boue, et jeté en prison, à la grande satisfaction d’une combinazione juridico-administrative, puis contraint au paiement d’une caution pour… jouir de sa liberté de mouvement.

Fait rarissime : cet acte, qui devrait mettre la république en branle, est plutôt classé au rang de simple fait banal : un fait bien insuffisant pour empêcher les autorités de dormir du sommeil du juste. Il ne pouvait d’ailleurs en être autrement, dans une “République de Juges” qui ont décidé de noircir le Végal pour… incompatibilité d’humeur.

Adama S. DIALLO

06 Avril 2009