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web-50.jpgAgé de 27 ans à peine, Ali a déjà un casier judiciaire très lourd : cinq antécédents judiciaires qui lui ont coûté cinq peines totalisant sept ans et dix mois de prison ferme. Et voilà qu’il se tient pour la sixième fois dans le box des accusés à la chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca, poursuivi, en état d’arrestation, pour coups et blessures ayant entraîné infirmité permanente.

Ali est issu d’une famille nécessiteuse. La mère est travaille les matins comme femme de ménage et le reste de la journée, fait du commerce ambulant. Le père est travailleur journalier. Ali s’est souvent retrouvé seul comme ses cinq sœurs et frères. Personne n’était là pour prendre soin d’eux et veiller à leur scolarité. Ali finit par tourner définitivement le dos à l’école. Il passait son temps à se balader avec des copains dans la rue.

En 1995, à son 15ème printemps, un événement lui a complètement chamboulé la vie. Que lui est-il arrivé ?

Il rôdait comme à son habitude, sans but, quand il a croisé, dans un terrain vague du quartier Hay Mohammadi, deux jeunes SDF drogués. Ils l’ont appelé, mais il a refusé d’obéir. Et ils l’ont attaqué, l’ont empêché de partir et l’ont tiré de force vers un coin loin des regards. Là, ils ont abusé de lui sexuellement à tour de rôle sous la menace d’armes blanches. Relâché dans un état lamentable, il a décidé de ne plus retourner chez lui. Il ne savait pas pourquoi, mais il en a décidé ainsi. A sou tour, Ali est devenu SDF. Il s’est jeté dans le gouffre de la drogue et de l’alcool. Il a fait la connaissance d’un autre jeune SDF et sont devenus des amis inséparables. Abdelkrime, son aîné de deux ans, lui a appris comment voler les honnêtes gens. Depuis, Ali a fréquenté la prison où il est retourné à plusieurs reprises.

En mars 2007, Ali a rencontré l’un des deux acolytes qui l’ont agressé, douze ans plus tôt. Le sentiment de vengeance devient rage. Il demande à l’ami qui l’accompagnait d’inviter le type à aller fumer un joint dans un coin sombre afin de le soustraire aux regards des passants. Sans en demander la raison, Abdelkrim obtempère. Le clochard accepte volontiers le joint, puis l’alcool qu’on lui offre. Visiblement, il ne se souvenait plus d’Ali qui disparut sans dire un mot à son ami Abdelkrim. Le clochard continuait se à soûler.

Une heure plus tard, Ali revint avec un couteau et un bâton. Abdelkrime lui demanda ce qu’il voulait en faire. «Tu vas te taire, parce que tu ne sais rien de ce que m’a fait ce clochard avec un de ses amis !», lance-t-il.

En un clin d’œil, Ali s’est jeté sur son ennemi et l’a roué de coups de bâton. Le clochard criait, demandait de l’aide, tentait de s’enfuir, mais en vain. Abdelkrim, lui, regardait la scène sans réagir.

Fracturé aux mains et aux pieds, le clochard ne pouvait plus se tenir debout. Ali a demandé alors à son ami de partir pour qu’il soit seul avec lui. «Tu ne te souviens pas de moi ? Je suis le jeune dont tu as abusé, il y a plus de dix ans…Je vais te faire subir la même chose, la même torture à laquelle tu m’a condamné, toi et ton ami», a-t-il menacé.

Ali a été sans pitié, il lui a enlevé son pantalon et a abusé de lui.

Découvert par des passants, le clochard a été évacué vers l’hôpital. Interrogé par la police, il leur a indiqué l’endroit où se trouvait Ali et son ami Abdelkrim. Ce dernier a été condamné à six mois de prison ferme pour non-assistance à personne en danger. Ali a écopé de cinq ans de réclusion criminelle.

Aujourd’hui le Maroc

17 octobre 2007