Partager

1-29.jpgA Kodougou, un petit village de la commune rurale de Doubabougou qui se trouve dans le cercle de Kati, les habitants sont encore en émoi. Tout est parti voilà presque vingt ans d’une sombre affaire de famille. Le jeune Mamoutou avait à peine 11 ans quand son père Yacou fut assassiné de manière inhumaine par son propre frère Baba. A l’origine de la mésentente entre les deux hommes se trouvait une affaire de femme. A l’époque, le village vivait renfermé sur lui-même et la plupart des problèmes s’arrangeaient sans l’intervention de représentants de l’État. Mais la mort de Yacou était une affaire trop grave pour être traitée à l’interne. L’autorité villageoise s’en était donc prudemment dessaisie. Le meurtrier Baba avait été arrêté et emprisonné. Son jugement avait été rendu devant un tribunal de justice. L’homme est resté enfermé à la prison civile de Bamako, jusqu’à la grande évasion de 1991 qui constitua l’une des péripéties particulières des événements qui avaient secoué notre pays la même année. Baba, comme des centaines d’autres de ses coreligionnaires, profita de la confusion ambiante pour se retrouver dehors sans avoir purgé toute sa peine.

Après cette évasion qui ne lui amena aucun souci, Baba avait choisi de rester vivre à Bamako où il pouvait se déplacer sans problème. Il passait le plus clair de son temps à rendre visite à de vieilles connaissances avec lesquelles il s’était lié pendant son séjour carcéral. Puis l’âge avançant et la nostalgie de son terroir s’imposant de plus en plus fort, le vieil homme décida récemment de rejoindre les siens pour passer les derniers jours de sa vie dans son village. Baba débarqua donc un matin dans son Kodougou natal, précisément le 5 mai dernier que le vieil homme, aujourd’hui âgé de 90 ans, se réinstalla dans ce village situé à 42 kilomètres de Kati.

Un informateur à la langue bien pendu

Deux jours après son arrivée dans le village, Baba croisa son neveu Mamoutou, le fils de son frère Yacou. Les deux hommes ne se connaissaient pas mais un ressortissant de Kodougou se fit un devoir d’identifier le vieillard pour Mamoutou qui a aujourd’hui atteint la trentaine. Le témoin alla plus loin. Il relata au jeune homme de quelle manière atroce le revenant avait ôté la vie à son père. Le récit des événements était tellement poignant que Mamoutou (il le dira plus tard aux enquêteurs) sentit des larmes brûlantes de colère lui emplir les yeux. Mamoutou ne fit aucun commentaire devant la description faite par son informateur. Le 8 mai, Mamoutou croisa de nouveau le vieil homme qui était en train de se promener dans le village. Une vague irrépressible de fureur monta en lui. Cette fois-ci, le jeune homme ne fit aucun effort pour réprimer la haine indescriptible qui l’envahissait et qui attisait son désir de vengeance. Il s’empara d’une manche de daba qui traînait près d’une case et se rua sur le vieux Baba et lui asséna trois violents coups à la tête. Yoro s’affaissa. Quelques minutes plus tard, il mourut de ses blessures. La scène avait été tellement brusque et inattendue que personne n’avait pu intervenir. Une foule nombreuse s’attroupa autour du vieux qui gisait dans son sang.
1-28.jpg
Les gendarmes de la ville de Kati furent informés et les hommes du commandant de brigade que dirige le major Léon Cissoko dépêchèrent une équipe sur les lieux.

Avec l’aide de la population qui comme deux décennies auparavant ne pouvait laisser impuni un tel acte, Mamoutou fut arrêté pendant qu’il tentait de quitter le village. Conduit à la brigade, le jeune homme expliqua qu’il ne pouvait pas rester là, à vivre paisiblement dans le village, et côtoyer celui qui l’avait rendu orphelin au moment où il avait le plus besoin de son père.

Le lendemain de son arrestation, le meurtrier fut placé en détention préventive à la prison de Kati. En attendant une session de la cour d’assises, Mamoutou médite sur son acte entre les quatre murs d’une geôle. Baba lui avait certainement volé son enfance en tuant son père. Mais Mamoutou a peut-être lui-même complètement ruiné sa vie en se faisant justice.

M. Soumbounou

AMA-Kati | Essor du 15 mai 2008