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La fête du Ramadan, c’est demain ou après-demain. Si cette fête musulmane n’a pas toute l’envergure de la Tabaski, il n’en demeure pas moins qu’elle est très importante pour les fidèles. A la différence de la Tabaski appelée chez nous « la fête du mouton« , les animaux en vedette lors de la fête du Ramadan sont les boeufs.

Contrairement à l’Aïd El Kébir, il n’est pas demandé aux fidèles de faire de sacrifices d’animaux. Mais les jours de fête étant des moments de communion et de retrouvailles, chaque famille s’efforce de s’offrir un copieux repas. Et la viande est un élément indispensable du dispositif culinaire. Les boeufs sont, par conséquent, très sollicités.

Pour se procurer de la viande, chacun s’organise comme il peut. La plupart du temps, on se retrouve en groupe pour cotiser afin de s’offrir un taureau. On peut se mettre ensemble parce que l’on appartient au même service. Ou entre amis. Ou encore parce que l’on est voisins.

COMME LARRONS EN FOIRE

La viande du boeuf abattu est équitablement partagée entre ceux qui ont acheté la bête. La pratique devenue aujourd’hui une tradition est jugée beaucoup plus avantageuse et moins risquée que d’aller acheter de la viande au marché, le jour de la fête.

Depuis quelques jours, une grande animation règne ainsi sur les marchés à bétail. Le marché de Niamina est l’un des principaux points d’approvisionnement de la capitale en boeufs. Dans l’enclos principal du marché, on comptait il y a deux jours plus de 700 têtes, selon le portier principal.
Les professionnels du secteur s’accordent effectivement à juger qu’il y a plus d’animaux cette année sur les marchés que l’année dernière à l’occasion de la même fête.

Mais paradoxalement, les prix restent très élevés, relève Gouro Daou, un négociant très connu au marché. Ici, le prix du bœuf va de 100 000 à 300 000 Fcfa. Mais les animaux qu’on peut acquérir à 100 000 Fcfa ne font pas vraiment le poids. C’est peu de le dire.

C’est dans un immense tohu-bohu, que vendeurs, acheteurs et intermédiaires s’entrecroisent. Comme c’est la règle chez nous, les marchandages sont très serrés. La plupart des vendeurs viennent de l’intérieur du pays. Chaque jour, des camions déversent leur contenu de bœufs sur les marchés à bétail de la capitale.

« Il y a beaucoup d’animaux. Les gens viennent aussi, mais le plus souvent, les marchandages n’aboutissent pas. Les ventes sont lentes« , constate Ali Sangaré qui a débarqué il y a quelques jours à Niamana avec une vingtaine de têtes.

Comme les autres années, à la veille de la fête, il venu vendre quelques bêtes. Histoire de se faire un peu d’argent en prévision de périodes plus dures. Boubou Dicko comme une centaine d’anciens bergers, s’est converti dans cette activité qui, avec un peu de chance, peut rapporter gros.

À leurs côtés, des démarcheurs souvent très jeunes, se « débrouillent« . Ils s’entendent comme larrons en foire avec les vendeurs. Certains propriétaires de boeufs leur laissent la latitude de marchander avec les clients qu’ils ont attirés chez eux. Maîtres dans l’art de discuter les prix, ils parviennent toujours à se ménager une marge sur les prix fixés par les propriétaires d’animaux.

L’ANIMAL BOITE LEGEREMENT

Les intermédiaires jouent aussi souvent le rôle de conseillers pour les acheteurs. « Mon frère, écoutez, il vaut mieux choisir ce boeuf. C’est une bonne race. En plus, il est bien gras« , recommandait ainsi le jeune Mamadou Diarra à un client qu’il tirait par la main. Le client en question est Abdoul Nientao, un employé de commerce au marché Dabanani.

Il explique qu’une vingtaine d’autres petits commerçants ont, avec lui, cotisé pour acheter un bœuf. « Nous faisons cela depuis plus de 5 ans » dit-il, en vantant les avantages de cette pratique : plus de viande que ce que l’on aurait pu avoir chez le boucher avec le même montant cotisé pour l’achat du boeuf, renforcement des liens sociaux etc…

Le choix de Nientao s’est finalement porté sur un bœuf à la robe tachetée. L’animal a bonne mine mais boîte légèrement. Le propriétaire explique que c’est parce qu’il a effectué tout le trajet Macina-Bamako debout dans un camion. Après d’âpres marchandages, le commerçant a accepté de céder la bête à 200 000 Fcfa.

Il faut maintenant embarquer l’emplette dans une fourgonnette garée à l’entrée du parc. Un gros boulot en perspective. Heureusement, le jeune Diarra est encore là. Lui et deux autres copains se chargent du travail moyennant 2 500 Fcfa. Il faut dire qu’autour des marchés à bétail s’est développé un univers de petites affaires : vendeurs d’aliments pour les animaux, commerçants ambulants, vendeurs de couteaux de toutes les dimensions.

À l’extérieur du marché, une vingtaine de minibus sont à l’arrêt. Madou Cissé fait partie des chauffeurs qui proposent leurs services pour le transport des animaux. Il n’exige pas moins de 7 500 Fcfa pour convoyer une bête à destination.

Aujourd’hui le bœuf est très sollicité. Les rescapés auront un an pour souffler car dans un peu plus de deux mois, c’est le bélier que le couteau menacera.

A.M. CISSÉ- L’Essor

11 octobre 2007.