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« Il arrive à l’aigle de descendre aussi bas que la poule mais, et au grand jamais, la poule ne saura s’élever à la hauteur de l’aigle ». Ces mots sont de Lénine, parlant de Rosa Luxembourg. Cette vérité-là, s’applique très bien au regard de ce qui fait l’actualité au Mali, quant au vacancier national qu’est le Vérificateur général du Mali.

Cet homme, un retraité de l’on ne sait exactement quoi, se comporte en poule de Lénine. En effet, cet homme-là, est en deçà de la mission que lui a confiée, certainement de bonne foi le président ATT.

Mais demander à ce monsieur de s’occuper d’une si exaltante tâche, c’est comme si on mettait de l’or au cou d’un porc, tout naturellement, il irait indubitablement à la fange, ignorant la qualité du métal qu’il porte. Telle est la situation de Sidi Sosso Diarra, une personne atypique, sans aucune mesure, sans aucun sens de l’Etat, qui traîne un viscéral instinct vindicatif, le conduisant à toujours vouloir prendre une revanche sur l’Histoire.

Il faut désormais, que pour une telle fonction, en plus du mérite professionnel, d’une enquête de moralité très poussée et sérieuse, un passage sur le canapé du psychiatre, complète la procédure de recrutement. On se rappelle avec quel cynisme il jubilait pour avoir fait mettre en prison des chefs de famille, notamment à l’Office du Niger.

On se rappelle comment il était aux anges d’avoir fait commettre au ministre de la Justice un acte répréhensible dans toute démocratie. En effet, il s’extasiait de l’immixtion d’une ancienne garde des Sceaux dans la gestion d’un dossier, tout en lui rendant hommage pour cette forfaiture.

Dans toute République digne de ce nom, c’est une faute pour laquelle l’autorité de nomination devrait assumer toutes ses responsabilités. On se souviendra encore pendant longtemps, comment méprisant l’écrasante majorité des Maliens qui triment, il s’esclaffe à tout moment sur sa rémunération hors de mesure pour un pays comme le nôtre : 4 millions de F CFA par mois.

Comment ne pas alors s’étonner et s’indigner du déballage actuel sur la place publique, pièces à l’appui, de sa gestion, une des plus scandaleuse qui soient ? Quand on est si bien payé, il n’y a aucune excuse pour avoir piqué dans les ressources publiques. C’est là où le crime est odieux.

Cependant, il y a un mal qui ronge profondément ce pays. Toutes les révélations dans la presse sont négligées. On a l’impression que tout est fait pour dénigrer les informations que la presse véhicule. On laisse le temps au temps, et par finir, les faits dénoncés au grand jour s’étiolent au fil des jours et plus personne n’y prête attention.

Dans le cas du Végal, il y a une chose qu’ATT et son gouvernement ne doivent pas oublier, le comportement de cet homme, jette assurément le discrédit sur tous les Maliens. Tout laisse à croire que l’impunité est érigée en système de gestion des affaires publiques. Dans ces conditions, à quoi sert l’Etat de droit ?

Dans le présent, il s’agit de la personne qu’ATT lui-même a investie de la mission de moraliser la gestion des ressources publiques. Aussi, le président ne doit pas oublier les discussions suscitées à l’époque par sa volonté de mettre en place un Vérificateur général. Contre vents et marées, ATT a eu ce qu’il voulait, et par-dessus tout, il a concédé au Végal un budget qu’aucune autre structure de contrôle n’a jamais possédé.

C’est pourquoi, le parfum de scandale qui secoue ce monsieur, ne doit pas laisser le président de la République indifférent, à moins que le Végal ne tienne ATT par quelque secret, et cela aucun Malien n’ose y croire. En effet, dans quel pays du monde voit-on les agents porter plainte contre le chef de la structure, avec des éléments pertinents, sans que personne ne daigne lever le petit doigt ?

Les pièces présentées dans la presse sont compromettantes, si compromettantes, que s’il lui restait encore une once de dignité, le Végal aurait démissionné pour chercher à se blanchir. Malheureusement on est au Mali, et demain ne sera pas la veille pour un tel acte de courage, qui sied aux hommes d’honneur. Combien il est vrai que la poule ne saura jamais s’élever à la hauteur de l’aigle.

Aux Etats-Unis, Bill Richardson pressenti pour être secrétaire au Trésor, du seul fait d’un zeste de soupçon de connivence de corruption, a décidé de renoncer à son fauteuil.

En Suède, pour avoir payé des friandises pour ses enfants, d’une valeur de moins de 2000 F CFA, sur les fonds de son département, une ministre a démissionné. En France, pour s’être fait loger à plus de 14 000 euros par mois, le ministre du Budget, Hervé Gaymard, a démissionné.
Indécence !

Au Mali, un Végal qui, non content de percevoir une rémunération de 4 000 000 de F CFA par mois, incluant notamment une indemnité de logement et une indemnité de communication, etc.

se permet de faire payer son loyer sur le budget d’Etat, de même que sa facture de téléphone, de plus de 4 millions pour un seul mois, fait bénéficier à autrui des avantages de plus de 48 millions de F CFA en usant d’un faux numéro d’identification fiscale, et qui en plus fait l’objet d’une plainte régulière, un tel monsieur a l’outrecuidance de se pointer chez les autres pour les vérifier. Quelle indécence !

Il revient à l’administration publique, jusqu’à preuve du contraire, de refuser de se soumettre au contrôle d’une telle personne, jusqu’à ce que les plus hautes autorités de ce pays consentent enfin à respecter les Maliens.

En tout cas, le Bureau du Vérificateur général, est totalement et absolument disqualifié à pointer désormais son nez chez qui que ce soit, pour vérifier quoi que ce soit. A persister à le faire, l’administration a sinon le droit, le devoir de le mettre à la porte. Pour donner des leçons aux autres, encore faudrait-il être soi-même irréprochable.

Quant au conflit qui oppose le Végal aux agents dont les noms sont connus, les yeux fermés, plus d’un Malien vous dira que Sidi a tort. En effet, il s’agit pour l’essentiel de cadres dont la probité intellectuelle et morale a dépassé les frontières de ce pays.

Quand des personnes de ce gabarit décident de renoncer à des millions de F CFA pour faire triompher une cause, jurons que ce n’est pas pour amuser la galerie.

Une fois, mille fois malheureusement, on est au Mali, où la devise qui a fait la fierté de nos ancêtres « plutôt la mort que la honte » a été remplacée par des hommes-poules de la trempe du Végal « l’argent à tout prix, au mépris de la dignité ».

Comme en juin 2007, je redis avec cet autre, que ce sont des hommes comme le Végal qu’Alpha Oumar Konaré a qualifié de vacanciers qui viennent jeter des OPA sur nos institutions.

Après avoir refusé de servir leur patrie, s’être fourvoyés dans des occupations les moins avouables, ils reviennent après au pays pour jouir d’une retraite, à la sueur et sur les larmes du valeureux peuple laborieux. Ils se transforment en donneurs de leçon, eux qui en toute décence auraient dû la boucler.

Le Végal, aime à jouer à l’épouvantail, car on lui en donne l’occasion. Sinon de quel haut fait peut-il se prévaloir ? En tout cas le Bureau qu’il dirige fait trop parler de lui. Si ce ne sont pas des histoires de népotisme, ce sont des histoires scabreuses, dont la presse s’est fait l’écho à abondance. Aussi tout le Mali regarde-t-il cette institution car trop de choses s’y passent, contraires à la loi, à la morale, à la décence.

Comment diantre le Végal ne peut-il pas imiter Mme le Médiateur de la République, une femme à la vie rangée qui sans vague, fait son travail, dans le respect de la loi, des Maliens et de ses collaborateurs ? Ah, j’oubliais, c’est l’aigle qui peut descendre… parce qu’il sait planer si haut.

Cependant, le Végal ne doit pas oublier que les Maliens suivent pas à pas les activités de son service qui se tape un budget de près de 3 milliards de F CFA par an, luxe que le Mali ne saurait se permettre plus longtemps, en tout cas pas pour financer ses luxes et ses excès sur l’argent du contribuable malien.

Le Végal peut-il dire combien de centres de santé, d’écoles ou de puits, on aurait pu faire avec le budget qui lui est alloué et dont il semble faire ce qu’il veut ?


Nfa Séko Coulibaly

(sociologue)

22 Janvier 2009