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La Société des ciments du Mali (Socima) de Diamou était une fierté nationale même si elle ne couvrait pas tous les besoins nationaux en ciment. Elle a été liquidée par le Programme d’ajustement structurel (Pas).

La Socima de Diamou a ouvert ses portes en septembre 1969. Elle est le fruit de la coopération entre l’ancienne Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) et notre pays. Sa capacité initiale était de 50 000 tonnes qu’elle a rarement atteintes.

L’avantage, pour la Socima, était qu’elle produisait sur place la matière première locale, le clinker, de très bonne qualité, exploitée dans la zone de Sélinkégni à quelques kilomètres de Diamou. Cette matière indispensable à la fabrication du ciment est importée d’Europe par d’autres pays producteurs de ciments comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Togo et qui sont à ce jour les grands fournisseurs de notre pays.

Un autre avantage de la Socima, selon un de ses anciens travailleurs, Sory Diakité, était qu’elle « régulait le marché malien du ciment même si elle ne parvenait pas à couvrir les besoins nationaux ». Jusqu’à sa fermeture, les prix de ce produit n’ont jamais dépassé les 80 000 F CFA la tonne et les risques de pénurie ne se sont jamais fait sentir.

La fermeture de ce fleuron de notre économie a été exigée par les institutions de Bretton Woods, (Banque mondiale et FMI) en 1991 dans le cadre du Programme d’ajustement structurel (Pas), qui a touché à l’époque toutes les sociétés et entreprises d’Etat de notre pays. La Socima est morte de sa belle mort entre les mains de la Société Alou Kouma, qui l’a rachetée.

Le Mali est devenu le marché des pays de la sous-région. Selon un des principaux fournisseurs installés à Abidjan, il a exporté vers le Mali 100 000 tonnes de ciment sur la période 2006-2007. Depuis plus de quatre mois, le prix de la tonne, vendue à 150 000 F CFA, a battu tous les records. Le prix a chuté ces derniers temps à 140 000 F CFA la tonne.


Promesse floue de cimenterie

La tension n’est pas prête à baisser de sitôt, selon Karim Yattabarry, un quincaillier, qui ajoute que « la baisse ne pourra pas excéder les 130 000 F la tonne pour le moment ». Il soutient que plusieurs facteurs justifient la hausse. Il cite, entre autres, le prix fournisseur et le transport qui coûtent chers.

Les espoirs de création d’une nouvelle cimenterie ou de réouverture de la Socima sont voués à l’échec. Lors de sa question orale à l’Assemblée nationale, le 22 mai 2008, le ministre du Commerce, de l’Economie et de l’Industrie, Amadou Abdoulaye Diallo, a déclaré tout cru devant les députés, qu’ « il n’est pas possible de faire revivre Diamou ».

Selon lui, « pour des questions de rentabilité, une usine de ciment doit, obligatoirement, atteindre ou dépasser les 50 000 tonnes ». Ce qui ne serait pas le cas de Diamou, qui serait aussi confrontée à un problème d’électricité.

Son prédécesseur, Ousmane Thiam de la Promotion des investissements et des PME, avait pourtant promis une cimenterie au Mali entre 2008-2009 avant d’être contrarié par Choguel Maïga, l’ancien titulaire du portefeuille du Commerce et de l’Industrie, qui soutenait à l’époque les mêmes arguments que le ministre Diallo.

De promesse en contradiction, le président ATT, de retour d’une visite courant 2007 chez le Guide libyen, Mouammar Kadhafi, avait parlé de la construction d’une cimenterie dans un bref délai.

L’installation d’une cimenterie est une décision hautement politique, qui dépend de la volonté des décideurs. Au moment où le boom immobilier est confronté à la montée vertigineuse du ciment qu’est-ce qui leur coûte de monter une cimenterie ?


Abdrahamane Dicko

06 Juin 2008