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Au fur et à mesure que se rapprochent les échéances électorales, notamment les communales de 2009 et les présidentielle et législatives de 2012, certains leaders politiques commencent à s’agiter. Pendant que les uns affichent une sérénité et une assurance mal contrôlées, les autres font montre d’un malaise du à des cassures au sein de leurs partis. C’est le cas de l’Union pour la République et la Démocratie (URD).

On se rappelle que le dernier congrès ordinaire de l’URD a consacré le maintien de Younoussi Touré à son poste de président du parti. Ce que l’actuel ministre de la Santé et non moins 2è vice-président du parti, Oumar Ibrahima Touré, n’a, semble-t-il, jamais pu ni su digérer. En effet, avant la tenue dudit congrès ordinaire, on se souvient aussi que le ministre URD avait declaré qu’il allait briguer la présidence du parti, avec ou sans la “bénédiction” du fondateur du parti, Soumaïla Cissé.

L’annonce avait provoqué un tollé, sinon un vrai ramdam, tant au sein du que sur la scène politique nationale. Il avait fallu l’intervention de Soumaïla Cissé en personne, pour mettre fin à la prétention présidentielle de Oumar Ibrahim Touré. Mais selon les observateurs bien avertis en politique, le 2è vice-président du parti ne se laissera jamais faire, surtout avec le poste ministériel qu’il occupe au gouvernement.

Du reste, certains maliens ne l’avaient-ils pas surnommé le “rebelle”, depuis sa déclaration “à scandale“, lors dudit congrès de l’URD? D’ailleurs, les dernières manoeuvres opérées par le ministre Oumar Ibrahim Touré au sein de son département équivaudraient, dit-on, à des signaux forts de son ambition de diriger le parti de la “Poigné de mains“.

Rappelons que l’URD est sortie des “entrailles” de l’Adéma-PASJ en 2003. Non content du soutien des responsables et militants du parti de l’Abeille, lors de la présidentielle de 2002, Soumaïla Cissé avait décidé de quitter son parti d’origine pour créer le sien propre : l’Union pour la République et la Démocratie (URD). Dans sa défection, ou du moins, son mécontentement, il sera rejoint par Oumar Ibrahim Touré.

Après les élections générales, l’URD ralliera la mouvance présidentielle. Ainsi, le parti désignera Oumar Ibrahim Touré pour le représenter dans le gouvernement de Ag Hamani, puis dans celui de Ousmane Issoufi Maïga, en tant que ministre de l’Elevage et de la Pêche.

Cette dynamique politique de l’URD se poursuivra jusqu’aux élections de 2007, après lesquelles le parti se retrouvera membre de l’Alliance pour la Démocratie et le Progrès (ADP). Après la seconde victoire électorale de Amadou Toumani Touré, l’URD sera encore présente dans le gouvernement de Modibo Sidibé.

Ainsi, pour récompenser les efforts du 2è vice-président de l’URd en faveur de la promotion du prti, ses responsables, à commencer par le président Younoussi Touré, décidèrent de proposer de nouveau la même personne : M. Oumar Ibrahim TouréTouré sera ainsi retenu et nommé, cette fois-ci, ministre de la Santé.

C’est dire que pour ce dernier, cette nomination (pour la troisième fois consécutive) est une véritable promotion ; car après ceux du Chef du gouvernement et du ministre de l’Emploi et de la Formation Professionnelle, ce poste ministériel fait de son détenteur, comme la troisième personnalité du pays.


Les malheurs du parti

Selon certains responsables et militants du parti, depuis que Oumar Ibrahim Touré a été nommé ministre de la Santé, l’homme s’est senti devenir puissant. A en croire nos sources, il ne participait plus aux réunions hebdomadaires du parti, comme auparavant. Et il trouvait tous les moyens pour s’excuser.

Ainsi, au lieu de participer à la consolidation du parti, le ministre de la Santé n’aurait depuis lors cessé de prendre ses distances, et se méfierait même de ses collaborateurs au sein du parti. Du fait de ses prises de position vis-à-vis du parti, le Professeur d’Histoire et Géographie aurait commencé à étonner tout le monde.

Les derniers remue-ménages effectués au sein de son département ont ravivé une fois de plus les tensions nées du dernier congrès ordinaire du parti. Et depuis lors, le fossé n’a cesser de se creuser entre Oumar Ibrahim Touré et son président Younoussi Touré. Ainsi, par médias interposés, on assiste, depuis un certain temps, à une campagne d’intoxication et de diffamation orchestrée à l’encontre de Younoussi Touré.

Tout est parti après les élections législatives de Juillet 2007. En effet, après la proclamation des résultats effectifs, plusieurs candidats incrits sur la liste URD avaient décidé de quitter le parti. Les responsables du parti décidèrent donc d’ériger certains gardes-fous, en adoptant, du coup, certaines décisions importantes.

Ainsi, il a désormais été décidé que pour prétendre à des postes de responsabilité au sein des plus hautes instances du parti, il faudrait disposer d’une base solide. Toute chose qui n’a pas été du goût de Oumar Ibrahim Touré. Rappelons que le protégé de ce dernier a été battu dès le premier tour aux élections législatives, dans son fief de Goudam. Et depuis, ce fut le début d’une crise qui continue de persister.

Selon certaines indiscrétions, grâce à son statut de ministre, Oumar Ibrahim Touré était devenu le financier incontesté du parti. Ceciexpliquerait-il ses ambitions de mainmise sur le parti? Toujours est-il qu’on accuse souvent le président Younoussi Touré de ne rien dépenser de sa poche pour l’épanouissement du parti.

Celui qui met son argent et son savoir doit logiquement diriger. Il ne s’agit pas d’être uniquement président et compter sur le soutien d’un homme. Pour nous, c’est Oumar qui doit être président et pas un autre, pour l’instant”, a déclaré un membre du clan opposé à Younoussi Touré.


Le départ de Oumar Ibrahim Touré inévitable?

Aussi, face à ce lourd climat qui est en train de s’installer au sein du parti, le président Younoussi Touré a tenu une conférence de presse, le week-end dernier. Mais dans les propos du président, on a ressenti un véritable malaise, même s’il a tenté de minimiser cette polémique relative à ses rapports avec son 2è vice-président.

En tout cas, ce qui paraît aujourd’hui évident, c’est que l’actuel ministre de la Santé n’entend pas baisser les bras. Ce qui fera dira, aux observateurs avertis, qu’un congrès extraordinaire n’est pas à exclure, au regard dudit climat au sein du parti. D’ailleurs, les récentes nominations effectuées au sein du département de la Santé prouvent que Oumar Ibrahim est décidé à prendre la présidence du parti, dit-on.

A défaut de cela, son départ du parti semble inévitable. Peut-être qu’il rejoindra alors le parti le mieux placé pour gagner les élections présidentielle et législatives? En tout cas, pour les partisans de Younoussi Touré, un éventuel départ de Oumar Ibrahim Touré n’affectera en rien l’image du parti. En tout cas, lors des élections passées, l’URD avait présenté 80 candidats, dont 38 en alliance. Le parti avait ainsi obtenu 34 élus, même si 6 d’entre eux ont quitté le parti pour d’autres cieux.

On peut dire, sans se tromper, que les trois quarts des responsables et militants du parti sont derrière Younoussi Touré. On ne nie pas les qualités et les efforts de Oumar Ibrahim Touré. Mais dire qu’il est incontournable, cela n’est qu’une utopie. Peut-être à cause de son statut de ministre, il tente de semer la zizanie. Nous espérons que chacun mettra un peu de d’eau dans son vin”, a déclaré un responsable du parti, en guise de conclusion.

Sadou BOCOUM

12 Août 2008