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Dans deux jours, l’URD tiendra son deuxième congrès ordinaire. Si des bouleversements importants sont attendus, ces assises, confient les congressistes, se tiendront cependant dans la sérénité. Puisque les responsables du parti sont déterminés à mener proprement les débats pour opérer des changements profonds et nécessaires pour l’avenir du parti.

Le week-end prochain (les 26 et 27) avril, l’Union pour la République et la Démocratie tiendra le deuxième congrès ordinaire depuis sa création, en 2003. Ce congrès sera placé, selon plusieurs observateurs de la scène politique nationale, sous le sceau du renouveau, mais dans la continuité. Le changement est rendu nécessaire à la demande de plusieurs cadres et militants du parti qui entendent lui donner un nouveau départ. Il est devenu nécessaire pour plusieurs raisons.

D’abord, les membres fondateurs doivent s’entendre sur la place à accorder aux très nombreux responsables politiques qui ont rallié le parti, en provenance d’autres formations politiques, du Mouvement citoyen et des organisations de la société civile. Il est clair que si ces derniers ont adhéré, c’est en escomptant des postes de responsabilité auxquels ils s’estimeront plus efficaces pour contribuer considérablement à l’essor de leur nouveau parti.

Les postes de responsabilité qui pourraient donc leur échoir ne seront nullement perçus comme des récompenses mais plutôt comme procédant de la future stratégie du parti dans sa conquête du pouvoir. Ensuite, les responsables du parti doivent également se mettre d’accord sur l’angle d’ouverture à accorder à la jeunesse du parti.

Depuis la création de l’URD, la jeunesse a joué un rôle prépondérant dans son ancrage et son développement à l’échelle nationale. Elle estime aujourd’hui avoir plus de voix au chapitre de la direction nationale. Déjà, elle a fait entendre sa voix. Les jeunes, en effet, entendent participer pleinement au choix des principaux responsables du parti. En particulier, la présidence.

Celle-ci est présentement occupée par Younoussi Touré. Alors même que rien ne présageait un quelconque changement, le congrès devant se tenir sans que le président change, les jeunes ont élevé le ton pour demander que la tête du parti change. Ils ont des arguments. Selon eux, le parti a besoin de s’implanter encore plus, de se développer et de supplanter ses concurrents directs. Pour cela, il faut du sang neuf et un homme plus dynamique et novateur.

Younoussi Touré, avec ses fonctions de premier vice-président de l’Assemblée nationale et son âge avancé, ne fait plus l’affaire. En plus, sous sa direction, le parti connaît certains blocages dans son fonctionnement. Les décisions prises en Assemblée générale ne sont pas appliquées avec diligence ou bien leur application est soumise à l’approbation préalable de quelqu’un qui ne figure même pas dans l’organigramme du parti.

« Il faut que la démocratie s’instaure au sein du parti, que les décisions émanent de la majorité et non d’un seul homme. Nous ne sommes plus prêts à subir la volonté d’un seul homme qui d’ailleurs ne veut même pas sortir de l’ombre » a confié un responsable de l’URD. La jeunesse URD, en tout cas dans une large proportion, est décidée à bouleverser ce leadership.


Soumi-Oumar : l’entente retrouvée

Elle n’est pas la seule. En effet, plusieurs sections du parti ont également demandé à ce qu’il y ait plus de démocratie au sein du fonctionnement et de la conduite du parti. Comme préalable, le renouvellement de la direction est posé. Qu’on se le rappelle, il y a quelques temps, le deuxième Vice-président de l’URD, Oumar Ibrahim Touré, avait manifesté son intention de briguer la présidence de son parti.

Cela avait soulevé un tel tollé que beaucoup avaient prédit un éclatement de cette formation. Cette prétention, bien que légitime et conforme aux textes du parti, avait été perçue comme un crime de lèse-majesté, en l’occurrence un acte de rébellion contre le mentor du parti en l’occurrence Soumaïla Cissé. Les choses sont vite rentrées dans l’ordre après que le mentor et le deuxième vice-président se soient expliqués et mutuellement compris.

Cissé avait reçu l’assurance que rien ne sera fait contre ses intérêts et qu’au contraire, même après un renouvellement de la direction du parti, il aura le soutien de celui-ci. Les deux hommes, du reste, pouvaient difficilement ne pas s’entendre. Ils ont trop de choses en commun, ont beaucoup cheminé ensemble, et ont les mêmes visions et ambitions pour leur parti commun. En plus, O.I. Touré a longtemps été considéré comme le « lieutenant » de Cissé.

Cependant, dans la mesure où ses déclarations avaient suscité l’émoi, et dans un souci de ne pas nuire à l’unité de son parti, O.I Touré était résolu à reconsidérer sa décision de présenter sa candidature. Selon certains de ses proches, il serait même prêt à renoncer. Mais il faut croire que cette décision ne lui appartient plus. En effet, aujourd’hui, c’est la majorité des cinquante-cinq sections et la quasi-totalité de la jeunesse du parti qui réclament sa candidature et, bien entendu, son élection à la présidence de l’URD.

D’ailleurs cette élection semble incontournable et inéluctable car il n’aura aucun adversaire d’envergure en face de lui. En définitive, ce congrès, comme s’y attendent les observateurs avertis, ne sera ni une foire d’empoignes, ni le lieu de règlement de comptes. Un challenge que les uns et les autres sont résolus à relever. D’autres changements sont également attendus au cours de ces assises pour que la mue soit complète. Il s’agit notamment de la relecture des textes statutaires et règlementaires du parti.

Les congressistes auront également à adopter le nouveau plan de bataille du parti, plan relatif aux futures élections, notamment les communales qui se tiendront l’année prochaine. L’URD entend renforcer sa position de mastodonte politique. Actuellement considérée comme deuxième force politique du pays, l’Union ambitionne, dès 2009, de ravir la première place à son adversaire, essoufflé et empêtré dans les contradictions internes.

Elle en a les moyens, tous les moyens, et ce congrès se pose comme la meilleure occasion de baliser le terrain et de définir la stratégie payante. Mais pour cela, encore une fois, il faut l’homme de la situation. Et le peuple de la poignée de mains l’a si bien compris qu’il ne devrait se permettre aucune erreur sur le choix de la personne qu’il faut.

Cheick Tandina

24 avril 2008.