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Derrière les déclarations tonitruantes et les professions de foi se cache une réalité plus sombre à l’URD. Un plan machiavélique de destabilisation du parti de la “poignée de main” se tramait. Qui tirait les ficelles ? Le ministre Oumar Ibrahim Touré a-t-il vraiment renoncé ? Est-ce la fin du conflit ?

Révélations

Après le retrait de la candidature d’Oumar Ibrahim Touré au poste de président de l’Union pour la République et la Démo-cratie, les langues se délient progressivement. De bonne source, ce consensus de façade a été douloureusement concocté. A la suite de plusieurs heures de vives négociations qui ont fait état des relations sociales et de la nécessité de préserver l’unité du parti, le ministre de la Santé a accepté d’avaler la couleuvre. Selon nos sources, Soumaïla Cissé est arrivé en catastrophe et a paré au plus pressé pour ne pas perdre son fauteuil de leader de l’URD.

Toute chose qui indique que derrière Oumar, une mobilisation grouillait sur la base de la déstabilisation de l’actuel président du parti, Younoussi Touré. Il est effectivement reproché au président du parti d’avoir ‘’ la main trop fermée‘’ envers les militants et de gérer le parti comme une institution bancaire. Face à cette rigueur dans la gestion de l’homme, Oumar Ibrahim Touré propose de modifier la donnée en assurant une plus grande ouverture à la base et en se penchant sur les préoccupations des militants, notamment celles des jeunes sans emploi. La case URD était donc chauffée à blanc contrairement à cette annonce de décrispation officielle.

D’après nos informations, Soumaïla Cissé a révélé à l’un de ses proches que la main d’ATT est derrière ce baroud du ministre de la Santé. Le président de la Commission de l’UEMOA a ajouté qu’il prépare, en conséquence sa candidature pour 2012. En fait, d’après ces conversations, la candidature de Soumaïla est ‘’ hautement ‘’ visée. Nos sources précisent qu’en réalité, l’objectif de la manœuvre du ministre de la santé était de casser le parti qui devenait de plus en plus inquiétant pour certains cadres à cause des adhésions massives de militants et de la personnalité du président de la Commission de l’UEMOA, arrivé 2ème à la présidentielle de 2002.

Pourquoi Soumaïla a-t-il été appelé à la rescousse ? Parce qu’il ne fallait pas donner à Oumar le temps de réaliser la fracture programmée. Le scénario aurait pu être semblable à celui du Rassemblement pour le Mali (RPM) qui a quitté l’Adéma, en amenant avec lui bon nombre de militants. En fait, le RPM avait pris le temps de contacter les militants à la base et de les préparer à leur départ, ce qui a provoqué une rupture du parti au niveau des comités, sous sections et sections, à Bamako et à l’intérieur du pays.

Les cadres de l’URD se rappellent de cette stratégie qui a consisté à implanter rapidement un parti fort de ses assises à la base. C’est ainsi qu’en 2002, le RPM, après une honorable 3ème place au premier tour de la présidentielle, est sorti des législatives en 2ème position derrière l’Adéma. L’inter groupe parlementaire Espoir 2002 dont le RPM était la première force politique avait finalement obtenu la majorité à l’Assemblée nationale. Les cadres de l’URD qui ont pratiquement adopté la même stratégie avant de quitter l’Adéma ont rapidement compris le danger de rupture qui les guettait et ont vite réagi en rappelant Soumaïla de Ouagadougou.

Il ne fallait pas donner au ministre le temps de mettre en pratique cette méthode qui a souri au RPM et à L’URD. Pourquoi la main invisible de Koulouba est-elle derrière ce ‘’forcing ‘’ d’Oumar Ibrahim Touré ? Parce que c’est tout simplement la même stratégie mise en œuvre par ATT pour arriver au pouvoir en 2002. L’Adéma avait été fragilisée pour la cause et une grande partie de ses militants avaient voté pour ATT. La faille dans le système Oumar, c’est qu’il n’avait pas suffisamment travaillé dans les structures de base du parti pour occasionner une profonde rupture de l’URD.

En outre, les médiations ne pouvaient se faire à son avantage puisque Soumaïla est toujours l’autorité morale du parti. C’est d’ailleurs, une des raisons qui alimentent le conflit de clan à l’URD. Toujours est-il que la gestion de Younoussi Touré est fustigée par des militants qui souhaitent un changement de présidence du parti. Face à la rigueur des technocrates Soumaïla et Younoussi, des militants souhaiteraient un homme plus sociable, plus proche d’eux et de leurs préoccupations quotidiennes. A qui profite la fracture de l’URD ? C’est, selon nos sources, au candidat que Koulouba voudrait mettre en orbite pour 2012.

Le nom de Modibo Sidibé est cité à plus d’un titre pour avoir créé un lobby pour la cause. Le Mouvement citoyen qui compte le soutenir, ne suffit pas, à lui seul, pour faire élire un candidat. Il faut une partie des militants d’un parti fort pour prétendre à la majorité électorale. L’Adéma a été cassé en 2002 et pour 2012, nos sources précisent que l’URD est la première cible, du fait de la malléabilité du ministre Oumar Ibrahim Touré. Il n’est pas exclu que des comités de soutien à Modibo Sidibé soient prévus à l’Adéma, nous a confié notre source mais le parti de l’Abeille a résisté aux tentations car il prépare une grande offensive de récupération de tous ses cadres qui ont quitté le parti.

D’après nos sources, Iba N’Diaye a été l’une des personnalités ciblées, de la même manière qu’Ou-mar Ibrahim Touré à l’URD, pour déstabiliser l’Adéma. Il s’agit d’une stratégie qui consiste à ternir l’image du ministre de l’Emploi en amplifiant les frasques de sa vie amoureuse pour discréditer la gestion des hommes politiques au gouvernement et en particulier ceux de la Ruche. En fait, la base politique des stratèges de Koulouba reste le Mouvement citoyen qui ne peut assurer, seul, la victoire de leur candidat en 2012. Il faut donc ‘‘casser pour rassembler ». C’est pourquoi, des ministres du gouvernement Modibo Sidibé ont été ciblés comme les acteurs favorables à cette grande déstabilisation des partis susceptibles de présenter des candidats gênants pour Koulouba.

Au vu de ces manœuvres, la bataille s’annonce donc rude pour les échéances 2012 car les candidats seront sûrement proches les uns des autres pour conquérir le pouvoir. En anticipant, certains pensent qu’il faut commencer par fragiliser les ‘’ grands partis ‘’ pour leur ravir la vedette, d’autant plus que la méthode a fait sa preuve en 2002. Pour Oumar Ibrahim Touré le timing a été très mauvais, car il a placé la charrue avant les bœufs. Les structures de base du parti n’étaient pas encore acquises à sa cause.

Il lui faudra nécessairement passer par la base pour prendre la tête de l’URD qui n’est pas un petit parti. Même si cette paire de manche était réussie, il lui en faudrait une seconde pour amener les militants de l’URD vers Modibo Sidibé ou le candidat secret de Koulouba. C’est un combat de longue haleine.

Baba Dembélé

26 Février 2008.