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«C’est du saupoudrage ! Même si le ministre Oumar Ibrahim Touré était à Bamako, il n’aurait pas assisté à cette conférence de presse. Younoussi Touré est arrivé de voyage, la veille seulement de cette conférence de presse précipitée. Le secrétaire général Lansana Koné est au port de Lomé, aux entrepôts maliens. Je vous le répète, cette conférence de presse, c’est de la poudre aux yeux, pour faire croire que le parti n’a pas sombré dans la léthargie. La réalité est que, depuis le 2ème congrès ordinaire, le parti ne vit plus.» Ces propos sont ceux d’un cadre de l’Union pour la République et la démocratie. Ils tranchent nettement avec les accusations proférées par le président de l’URD à l’égard de la presse. En effet, interrogé sur l’existence des clans au sein de l’URD, M. Younoussi Touré s’est offusqué en pointant du doigt les journalistes : «  les clans, a-t-il dit, c’est la presse. L’URD est une et indivisible. » Il a ajouté, d’un air de monarque vexé et blessé, qu’il n’a pas apprécié ces articles de presse.

Malgré tout, les signes ne trompent pas et les faits restent constants. D’autant plus qu’en démocratie républicaine, on ne peut museler la presse. C’est à juste titre que le président de l’URD a tenté de noyer le poisson. C’est d’ailleurs pourquoi son discours est émaillé de contradictions manifestes. En se déclarant triste de constater que la presse a parlé de clans, il s’est pour autant empressé d’ajouter : celui qui dit que dans un congrès, tout le monde pense la même chose, celui-là ment. Il y a des sensibilités, des façons de voir différentes sans être divergentes au point de mettre en cause le parti.  » Younoussi Touré a sûrement raté le coche, en voulant coûte que coûte noyer le poisson d’une division qui est la pomme de discorde capable de casser le parti. Ce n’est plus, pour certains observateurs, qu’une question de timing. A deux reprises, les velléités de cassure du parti ont été étouffées dans l’œuf. Soumaïla Cissé y a joué un rôle décisif, ce qui ne veut pourtant pas dire que les clans, ont, du coup, été écartés. Aujourd’hui, la tendance Oumar Ibrahim Touré clame que : “Younoussi ne peut conduire le parti à bon port, c’est la léthargie depuis le 2ème congrès ordinaire et que cette conférence de presse est du saupoudrage destiné à camoufler cette inertie. « A y regarder de près, il convient de se poser la question de savoir pourquoi l’URD, dans la même matinée, a organisé une conférence de presse à l’allure de meeting- il y avait plus de militants que de journalistes- et une conférence-débat qui a eu lieu dans la même salle. La presse qu’on tentait de retenir s’est vite aperçue qu’il s’agissait de créer l’illusion du nombre. Répondant à la question de savoir pourquoi le président de la commission de contrôle de l’URD a claqué la porte, le président de l’URD est revenu à la charge contre la presse : «  il ne faut pas broder, a-t-il dit, sur chaque acte qu’un militant ait à poser« . « En pleine contradiction, il a reconnu la liberté de penser et d’agir de l’ancien militant de l’URD. Il a regretté, a-t-il dit, sa démission car c’est quelqu’un qu’il connaît et respecte. Il a même été le conseiller spécial du président du parti. Ce qui, à la limite, pourrait paraître inquiétant. Younoussi Touré a toutefois ajouté : « c’est un homme qui a sa façon de voir, qui est libre dans sa pensée et ses actes. » Selon lui, ce n’est pas la catastrophe, car, a-t-il précisé : «  à un moment où à un autre, c’est évident que tout le monde ne peut suivre l’allure du parti. ‘’ N’y a-t-il donc vraiment pas de clans à l’URD ? La question, gênante, était aussi très importante pour le président de l’URD, car, c’est sur ce point qu’il s’est le plus étendu. Reconnaissant que la presse suit bien les activités du parti pour avoir posé la question de l’absence des ministres URD aux réunions du parti, il n’en a pas moins rejeté, du revers de la main, la réalité. Ils sont, a-t-il soutenu, des ministres qui vont en mission et qui ensuite leur rendent compte. Ce qui, pour le moins, reste très flou, de la part d’un gestionnaire qui revendique la rigueur et la transparence. Après la conférence de presse, un cadre de l’URD, joint au téléphone, a attiré notre attention sur le fait que le 1er vice-président de l’URD, Abdoul Wahab Berthé n’ait pas pris la parole lors de la conférence de presse. Ce cadre pense tout simplement que Wahab a, silencieusement, rejoint le clan.

Oumar Ibrahim Touré. En fait, Younoussi Touré a animé seul la conférence de presse, répondant même aux questions concernant les ministres et Mme N’Diaye Aïché Kéita qui, selon certains, a été limogée du ministère de la santé pour appartenance au clan Younoussi. Le président de l’URD révèle les signes d’un parti qui se dirige irrésistiblement vers son implosion à force d’être étouffé par les pesanteurs de sa direction. En commençant de répondre à la presse, Younoussi Touré avait affirmé : « je vais donner un point de vue, c’est un point de vue comme un autre. » La personne de Younoussi représente-t-elle l’Union pour la République et la démocratie ou un clan ? C’est pour le moins ce que ses propos traduisent. A moins qu’il n’y ait vraiment des clans à l’URD.

Baba Dembélé

11 aout 2008