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Le Syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup) avait décrété une grève illimitée il y a quelques mois pour que le gouvernement prenne des mesures pour la sécurité de ses membres. Un accord avait été conclu entre les deux parties, mais le vandalisme refait surface.

« Dans la nuit de jeudi à vendredi quand Djibonding Dembélé, professeur titulaire à la FSJP et militant du Snesup quittait la faculté, il a été battu à sang par des étudiants mécontents des résultats proclamés.

Grièvement blessé, il a été admis aux urgences du CHU Gabriel Touré et les militants du Snesup sont venus à son chevet jusqu’à tard dans la nuit quand il a retrouvé conscience.

Sa figure a été vraiment affectée, notamment ses dents et un œil. Vendredi après-midi, il était au CHU de l’odontostomatologie », témoigne Dr. Abdou Mallé, le secrétaire général du Snesup.

La conséquence est que « tous les cours à l’Université de Bamako sont arrêtés jusqu’à nouvel ordre. Le Snesup a aussi déposé des plaintes partout pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire », ajoute Dr. Mallé.

O. O.

Les Echos du 19 Mai 2008

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Après l’agression du Professeur Djibonding Dembélé : Le SNESUP décrète une grève illimitée


Le secrétaire général du comité SNESUP de la faculté des sciences juridiques et politiques/ faculté des sciences économiques et de gestion (FSTP/FSEG), Djibonding Dembélé, a été agressé, le 15 mai dernier, par des éléments inconnus. Hospitalisé aux urgences du centre d’hospitalier odonto stomatologie, son état de santé serait très déplorable.

Cette agression est la suite d’une série d’actes de violences perpétrés contre les enseignants (syndicalistes) et l’administration de la FSJP en moins d’une semaine. La terreur s’installe à l’université de Bamako.

Et le comité exécutif national du SNESUP a reconduit sa grève illimitée pour “insécurité du personnel enseignant et administratif de l’enseignement supérieur.”

Le jeudi vers 22 heures Mme Dembélé (la femme de Djibonding) m’a appelé pour dire que son mari est en urgence à l’hôpital Gabriel Touré.

C’est par ces termes que le secrétaire général du comité exécutif du syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESUP), Dr Abdou Mallé, en compagnie du secrétaire aux relations extérieures, Moussa Tamboura, nous a expliqué comment il a appris l’agression du secrétaire général du comité SNESUP de la FSJP/FSEG, Mr Djibon-ding Dembélé, qui serait intervenu vers 19 heures.

Moussa Tamboura, et moi, nous nous sommes rendu à l’hôpital. Là, son état était très désagréable. Il avait perdu beaucoup de sang. La figure a été gravement atteinte”, a poursuivi Abdou Mallé. De lourdes confusions entourent cette agression. Car, agressé en ville, il a été découvert chez lui où il a été probablement ramené par ses agresseurs. Il lui serait impossible de conduire son véhicule dans un tel état pour arriver chez lui. La nouvelle a circulé entre les enseignants du supérieur.

En guise de solidarité avec leur collègue, dans la matinée du 16 mai, une foule de professeurs de l’enseignement supé-rieur s’était mise à la porte des services de réanimation de l’hôpital Gabriel Touré, où était admis Djibonding Dembélé. Il a été par la suite transféré au centre d’odontostomatologie, sise au quartier du fleuve. Malgré nos efforts, aucune information n’était disponible au niveau de ce centre.

La directeur du centre hospitalier s’est opposé à ce que nous rencontrions le médecin traitant.

Toutes les dispositions étaient mises en oeuvre pour empêcher la presse de s’informer pour rendre compte. Le samedi matin, à l’heure des visites, nous avons été empêché de voir qui que ce soit à l’hôpital. Ni le médecin traitant, ni le malade lui-même. “Pour sa sécurité, nous ne vous permettons pas d’accéder à ce malade”, nous a déclaré un policier (en civil) chargé de la garde du patient.

Cette agression est intervenue à moins de 48 heures après la fin d’une grève dans la FSJP/FSEG qui avait débuté le 2 mai dernier. Elle est le couronnement d’une série de violences perpétrées contre les responsables syndicaux et administratifs de la FSJP au lendemain de la proclamation des résultats de la deuxième session de cette faculté.

Le 12 mai dernier, des étudiants avaient investi les locaux de la FSJP et empêché l’administration de travailler.

Après avoir arra-ché les clés du véhicule du Doyen de la faculté à son chauffeur, celui-là a été sommé de quitter les lieux. L’agression a attisé le feu des rapports déjà tendus entre le ministre des enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique, Amadou Touré, et le syndicat de l’enseignement supérieur.

A la suite d’une réunion d’urgence, tenue dans la soirée du 16 mai 2008, le comité exécutif national du SNESUP a engagé une grève illimitée pour “insécurité du personnel enseignant et administratif de l’enseignement supérieur”. Elle est la reprise de celle suspendue le 27 avril dernier.

Il n’y aura pas de travail au niveau de l’enseignement supérieur tant que les responsables de cette agression ne sont pas arrêtés et traduits devant la justice”, nous a souligné Abdou Mallé. Il faut dire que les comités syndicaux de différentes facultés ont devancé le comité exécutif national du SNESUP dans la condamnation de cette agression et demandé aux autorités de faire la lumière sur cet acte.

Les responsables syndicaux de l’enseignement supérieur indexent la main invisible du ministre des enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique, Amadou Touré.

Nous pensons que c’est le résultat de la gestion calamiteuse du ministre”, a souligné Abdou Mallé. Les rapports entre le département des enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique et le SNESUP se traduisent de plus en plus par une crise de confiance voire l’hostilité.

Les syndicalistes reprochent au ministre Touré de s’installer dans une logique de mépris, d’intimidation et de menaces contre les enseignants du supérieur en violation des termes de l’accord intervenu le 27 février 2008, qui avait permis de suspendre une grève illimitée.

Les termes de cet accord soulignaient que le gouvernement s’engage à prendre toutes les mesures nécessaires en vue de l’application effective du règlement intérieur de l’université de Bamako et des grandes écoles aux fauteurs de troubles, par leur traduction devant le conseil de discipline et à résolument assurer l’intervention adéquate des forces de l’ordre en cas de troubles ou de menaces troubles dans les établissements d’enseignement su-périeur.

Craignant l’escalade de la violence contre les enseignants, le syndicat avait décrété ce mot d’ordre pour réclamer le rétablissement de la sécurité dans l’espace universitaire.

Les récentes violences qui ont suivi la proclamation des résultats de la deuxième session de la faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP) ont montré les insuffisances des engagements pris par le ministère des enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique.

Le 13 mai dernier, le syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESUP) a rompu sa collaboration avec le ministre des enseignements secondaire, supérieur et de la recherche scientifique, Amadou Touré, et son cabinet concernant la gestion de ses préoccupations. Ils souhaitent avoir un interlocuteur “crédible” dans le gouvernement.


Seydou Coulibaly

Le Républicain du 19 Mai 2008