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La deuxième étape de l’évolution de l’enseignement supérieur au Mali est marquée par la création de l’Université du Mali en 1996, transformée en Université de Bamako. L’unanimité est évidente : l’Université est née dans la crise et évolue, jusque-là, dans la crise
.

Etablissement public à caractère scientifique, technologique et culturel l’Université de Bamako, selon la loi n°06-007 du 23 janvier 2006, a pour mission de contribuer à la mise en œuvre de la politique nationale en matière d’enseignement supérieur et de recherche scientifique.

Elle est chargée de la formation et du perfectionnement des cadres supérieurs et techniciens supérieurs, la formation continue, la recherche et la promotion de la recherche scientifique, la diffusion de la culture et des connaissances. Le décret afférant à la loi portant création de l’Université du Mali prévoyait trois Facultés et cinq instituts dispersés à travers le pays.

Elle a vu le jour en 1996, devenue Université de Bamako en 2002, compte quatre Facultés et deux instituts. Il s’agit de la Faculté des sciences et techniques (Fast), la Faculté des lettres, langues, arts et sciences humaines (Flash), la Faculté de médecine, de pharmacie et d’odontostomatologie (FMPOS), la Faculté des sciences juridiques et politiques (FSJP) et la Faculté des sciences économiques et de gestion (Fseg).

Les instituts sont : l’Institut supérieur de formation et de recherche appliquée (Isfra), l’Institut universitaire de gestion (IUG). Quant aux grandes écoles, elles sont au nombre de trois : l’EN Sup, l’ENI, IPR/Ifra (Institut polytechnique rural/Institut de formation et de recherche appliquée).

L’ENA a pour l’instant disparu. Sa nouvelle formule annoncée n’a toujours pas vu le jour.


Dans ses analyses le Pr. Siaka Bagayogo explore la crise de l’enseignement supérieur au Mali, sous l’angle du repérage des éléments clés constitutifs de la rupture de fonctionnement, puis de leurs effets sur la finalité même du niveau supérieur du système éducatif.

Durant ce que M. Bagayogo appelle l’ère de « l’Etat-patron », le chômage était un phénomène méconnu des Maliens, titulaires du Certificat d’aptitude professionnelle (Cap) au doctorat ou même du simple Certificat d’études primaires élémentaires en vigueur jusqu’en 1962. Cette première ère correspond à celle du développement initial de l’enseignement supérieur au Mali.

Cette période est révolue avec « la fin de l’intégration systématique de l’élite lettrée à l’élite dirigeante de l’Etat ».


Un boom de la population estudiantine

« La décennie 1980-1990 aura vu le jour suite à une mauvaise gestion amorcée dix ans plutôt. Les secteurs sociaux comme la santé et l’école accusent, les premiers, les effets de cette crise de l’Etat en Afrique subsaharienne. Pour ce qui est de notre pays, l’école malienne venait brutalement de prendre un nouveau virage durant la décennie 80-90, un nouveau sens auquel n’étaient nullement préparés jusque-là élèves, étudiants et parents. D’où la désarticulation entre l’Etat malien et sa jeunesse » .

Mais de toutes ces crises qui se sont succédé, c’est surtout la croissance de la population estudiantine malienne qui a plongé, selon de nombreux observateurs, l’enseignement supérieur dans un gouffre. En effet, de 1986 à 1995, l’effectif de l’ensemble des étudiants inscrits dans les grandes écoles n’atteignait pas les 10 000. Il est passé de 4949 étudiants en 1986 à 9749 en 1995.

Quatre années après l’ouverture de l’Université, les étudiants sont au nombre de 19 751. A la rentrée 2003-2004, l’effectif est passé à 30 965 étudiants dont 20 805 étudiants inscrits et 10 180 non inscrits. Aujourd’hui, les autorités scolaires sont incapables de donner le nombre exact d’étudiants inscrits. Face à cette pléthore, elles annoncent généralement des statistiques dépassant les 60 000.

Présentement, la crise de l’enseignement supérieur se manifeste de différentes manières. Elle se manifeste par l’affaiblissement de l’Etat, sous-tendu par une crise économico-sociale. Elle se remarque par les conflits entre l’Etat et le monde universitaire. L’autre forme de manifestation est les revendications concomitantes du mouvement estudiantin et celui des intellectuels regroupés au sein d’associations politiques et syndicales.

Amadou Waïgalo

07 Octobre 2008